Une erreur d'intelligence artificielle serait à l'origine d'un bombardement d'une école de filles en Iran :précisément le genre de situation redoutée par Anthropic, mais le Pentagone veut l'IA sans garde-fous
Une frappe aérienne américaine aurait tué plus de 165 élèves dans une école primaire de Minab, dans le sud de l'Iran. Selon des sources, une enquête américaine laisse entrevoir une probable responsabilité des États-Unis dans la frappe contre cette école en Iran. Les mêmes notent que le système Claude d'Anthropic, utilisé par le Pentagone pour planifier ses opérations militaires, aurait désigné la cible sur la base de renseignements obsolètes. L'affaire révèle les risques mortels d'une IA déployée dans la chaîne de commandement militaire sans garde-fous suffisants, et déclenche une crise sans précédent entre l'administration Trump, Anthropic et l'ensemble de l'écosystème de l'intelligence artificielle.
Le samedi 1er mars 2026, des missiles s'abattaient sur l'école de filles Shajareh Tayyebeh, dans la ville de Minab, au sud de l'Iran. La frappe a rasé l'établissement scolaire et tué 165 élèves et membres du personnel, dont la majorité étaient des enfants de primaire âgés de 7 à 12 ans. Au moins 95 autres personnes ont été blessées.
Selon des informations du Wall Street Journal, le Pentagone a utilisé le modèle d'IA Claude, d'Anthropic, pour planifier ses frappes militaires sur l'Iran au cours du week-end — et l'utilisait probablement encore au moment de la publication des informations.
Ce qui retient l'attention des experts n'est pas seulement le bilan humain, mais la mécanique présumée de l'erreur. Selon une source anonyme au sein du département de la Justice interrogée par This Week in Worcester, la théorie immédiate est que le programme d'IA aurait inclus la position de l'école sur la base de renseignements archivés plus anciens. La logique derrière le lancement de la frappe, et les mécanismes qui ont conduit à son autorisation, restent encore flous. En d'autres termes, l'IA aurait confondu l'école — qui occupe ou jouxte un site anciennement associé aux Gardiens de la Révolution islamique (IRGC) — avec une cible militaire légitime, sans que la chaîne de validation humaine n'ait apparemment corrigé cette erreur.
Le Pentagone a refusé de dire si l'attaque avait été suggérée par un système d'IA. Interrogé par Futurism, le commandement américain CENTCOM, qui supervise les opérations au Moyen-Orient, s'est contenté de répondre : « Nous n'avons rien à vous communiquer à ce sujet pour le moment. »
Claude au cœur de la machine de guerre
Pour frapper plus de 1 000 cibles dans les 24 premières heures de son offensive contre l'Iran, l'armée américaine a utilisé les systèmes d'intelligence artificielle les plus avancés jamais déployés en temps de guerre. Un programmeur logistique au sein du département de la Défense, cité par This Week in Worcester, a confirmé que le département avait rapidement intensifié son recours à un système basé sur Claude au cours de l'année écoulée, l'intégrant à de nombreuses décisions opérationnelles fondamentales.
Ce déploiement massif n'est pas le fruit du hasard. En juillet 2025, le département de la Défense avait attribué à des entreprises d'IA un contrat d'une valeur pouvant atteindre 200 millions de dollars pour des services d'intelligence artificielle, incluant Anthropic. Anthropic était également la première entreprise d'IA à avoir intégré ses modèles dans des flux de travail opérationnels sur des réseaux classifiés.
Le Pentagone n'a pas précisé comment exactement l'outil d'IA était déployé, mais son utilisation se poursuivait malgré l'annonce d'une interdiction gouvernementale, survenue après un différend avec Anthropic. Ce différend est au cœur de la crise politique qui a suivi la frappe sur Minab.
La rupture : Anthropic refuse de retirer ses garde-fous
Avant même que les bombes ne tombent sur l'école de Minab, les tensions couvaient entre le Pentagone et Anthropic. Le différend portait sur un point de principe : l'administration Trump exigeait qu'Anthropic modifie son contrat pour permettre une utilisation de Claude à des fins « toutes légales » (all lawful purposes). Les négociations avaient achoppé sur les deux lignes rouges d'Anthropic : l'utilisation de l'IA dans des armes autonomes, et son utilisation pour la surveillance de masse des citoyens américains — deux points que le Pentagone disait ne pouvoir accepter.
Anthropic a tenu bon. Le PDG Dario Amodei avait déclaré ne pas pouvoir, en conscience, accéder aux demandes du Pentagone. En réponse, l'administration Trump a contre-attaqué frontalement. Le Pentagone a officiellement notifié à la direction d'Anthropic que l'entreprise et ses produits étaient désignés comme un « risque pour la chaîne d'approvisionnement », avec effet immédiat. Cette désignation oblige les fournisseurs de défense à certifier qu'ils n'utilisent pas les modèles d'Anthropic dans leurs travaux pour le Pentagone.
L'étiquette est lourde de symboles : elle est historiquement réservée aux entreprises liées à des adversaires étrangers. Trump a complété le tableau en publiant sur Truth Social un post exigeant que les agences fédérales cessent immédiatement d'utiliser Claude, traitant Anthropic « d'entreprise d'IA radicale de gauche ».
OpenAI s'engouffre dans la brèche — avec des remous internes
À peine Anthropic officiellement blacklistée, OpenAI annonçait avoir signé un accord pour déployer ses modèles sur les réseaux classifiés de l'armée, sécurisant le contrat que son rival venait de perdre. Mais la manœuvre a rapidement tourné au chaos. Au moins un cadre d'OpenAI a démissionné en raison de préoccupations concernant le fait que l'annonce avait été précipitée sans garde-fous appropriés.
OpenAI, qui avait initialement accepté la demande du Pentagone d'une flexibilité opérationnelle sans restrictions, a dû rapidement ajouter les garde-fous de surveillance que réclamait précisément Anthropic, après que son PDG Sam Altman a fait face à une énorme pression interne et publique. En d'autres termes, OpenAI a accepté les conditions qu'Anthropic avait refusées, pour ensuite reculer et adopter quasi-exactement les mêmes protections qu'Anthropic défendait. Les désinstallations de ChatGPT ont bondi de 295 % après qu'OpenAI a scellé l'accord avec le département de la Défense.
Anthropic attaque en justice
Le bras de fer a atteint un nouveau palier. Anthropic a déposé deux poursuites fédérales contre l'administration Trump, alléguant que les responsables du Pentagone avaient illégalement pris des mesures de rétorsion contre l'entreprise en raison de sa position sur la sécurité de l'IA.
Les avocats d'Anthropic soutiennent dans la plainte que Claude n'a pas été développé pour être utilisé dans des armes létales autonomes sans supervision humaine, ni pour espionner des citoyens américains, et que ces utilisations représentent un abus de sa technologie. Dario Amodei a également dû gérer des turbulences internes après qu'une note confidentielle, dans laquelle il laissait entendre que l'administration n'appréciait pas Anthropic parce que l'entreprise n'avait pas rendu « d'éloges de style dictatorial à Trump », a été divulguée à la presse. Amodei a par la suite présenté ses excuses pour le ton de cette note.
Le précédent Lavender, et la question du « human in the loop »
Le cas de Minab n'est pas sans précédent. En avril 2024, une enquête du magazine +972 avait révélé que l'armée israélienne utilisait un système d'IA appelé "Lavender" pour sélectionner ses cibles dans sa guerre contre Gaza, de la même manière que le Pentagone utilisait probablement Claude en Iran.
La grande question qui traverse ces deux épisodes est celle de la supervision humaine réelle (human in the loop). Claude ne serait pas connecté à des « effecteurs » — des systèmes capables de « lancer un effet », comme une commande d'arme — dans le monde réel. Mais si l'IA fournit une liste de cibles priorisées, et que des officiers sous pression temporelle approuvent massivement ces recommandations sans vérification approfondie, la distinction entre « recommandation » et « décision » devient terriblement poreuse.
Le directeur technique du Pentagone, Emil Michael, a déclaré dans une interview à CBS News : « À un certain niveau, vous devez faire confiance à votre armée pour faire ce qui est juste. » Cette réponse, pour le moins lapidaire, illustre précisément l'angle mort de l'IA militaire : transférer la responsabilité morale vers une institution, tout en diluant celle de chaque acteur individuel dans la chaîne de commandement.
Un remplacement qui ne sera pas si simple
Sur le plan opérationnel, la transition d'Anthropic vers d'autres fournisseurs s'annonce longue. Selon une experte de Georgetown University's Center for Security and Emerging Technology, même quelque chose d'aussi simple que l'installation de Microsoft Office au sein du Pentagone « peut prendre des mois et des mois et des mois ». Chaque intégration doit être démantelée pièce par pièce, et tout système de remplacement doit franchir des révisions de sécurité strictes avant d'accéder aux réseaux classifiés. xAI d'Elon Musk et OpenAI se sont positionnés en remplacement rapide, mais l'usage classifié de ces systèmes devra encore être certifié et intégré progressivement.
Au-delà de la logistique, une autre réalité s'impose : chaque modèle d'IA échoue à sa façon. Les opérateurs qui ont passé des mois à utiliser Claude ont appris ses particularités — quelles formulations produisent de mauvais résultats, quels types de sorties nécessitent une double vérification. Ce capital de connaissance informelle disparaît avec le changement de modèle.
L'IA dans la chaîne létale : une frontière franchie
L'affaire de Minab marque un moment charnière. Pour la première fois depuis l'émergence des grands modèles de langage, un LLM de pointe est placé explicitement au centre d'une controverse sur une frappe ayant causé la mort de civils — des enfants. Elle illustre, avec une brutalité rare, les risques de l'intégration accélérée de l'IA dans des processus décisionnels à enjeux létaux.
La situation révèle quelque chose d'essentiel : la machine politique à l'œuvre au sein du Pentagone semble prête à modifier des contrats existants en cours d'exécution, ce qui devrait donner sérieusement à réfléchir à toute startup envisageant de travailler avec le gouvernement fédéral. Les garde-fous qu'Anthropic a refusé de lever — interdiction de la surveillance de masse, obligation de supervision humaine pour les systèmes létaux — sont précisément ceux que la catastrophe de Minab rend aujourd'hui urgents.
Sources : CNBC, Wall Street Journal, Reuters
Et vous ?
L'affaire de Minab démontre-t-elle l'impossibilité pratique d'un vrai "human in the loop" dans des opérations militaires à haute cadence, où des milliers de cibles doivent être validées en quelques heures ?
Anthropic a tenu ses lignes rouges au prix de son contrat avec le Pentagone. D'autres acteurs de l'IA, comme OpenAI, ont dans un premier temps cédé avant de reculer. Quel modèle de gouvernance — contractuel, légal, technique — est réellement efficace pour imposer des limites d'usage à un État souverain ?
L'utilisation de données de renseignement archivées dans un système d'IA militaire représente-t-elle une faille de conception fondamentale, ou un problème de déploiement que des processus plus rigoureux pourraient corriger ?
Le précédent Lavender en 2024, puis Claude en 2026 : l'IA militaire en vient-elle à normaliser une forme d'impunité computationnelle — où la machine devient bouc émissaire de décisions qui restent fondamentalement politiques ?Voir aussi
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