L'IA a-t-elle enrichi les investisseurs, trompé les médias et semé la confusion parmi les informaticiens ? Oui,
Selon Mike Mallazzo

Le , par Bill Fassinou

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Qu’est-ce que l’intelligence artificielle en réalité ? L’on estime aujourd’hui que le battage médiatique autour de l'IA a atteint un point culminant et cela continuera de s’intensifier pour les prochaines années. L’accusation est surtout portée contre les médias et les investisseurs pour avoir semé la confusion sur ce qu’est réellement l’intelligence artificielle et surtout sur ses réelles capacités à l’heure actuelle. Telle est la pensée de Mike Mallazzo, un ex-employé de Dynamic Yield, une société rachetée par McDonald's.

Quel est le but de l'intelligence artificielle ? Les scientifiques s’accordent à dire que le but ultime de l'intelligence artificielle est d'aboutir à des machines faisant preuve d'une intelligence « forte », c'est-à-dire capable de résoudre n'importe quelle tâche comme un être humain, y compris celle de déterminer quelle est « la tâche à résoudre » dans une situation donnée. Tous les systèmes d’IA d’aujourd’hui répondent-ils à cette définition ? En tout état de cause, il y a vraisemblablement de nombreux obstacles à surmonter avant d’aboutir à un système d’IA fiable.

Selon Mallazzo, plusieurs entreprises, y compris Dynamic Yield, se rendant compte de l’affluence générée par le battage médiatique sur l’IA, ont été obligées de se laisser séduire et sont rentrées dans le jeu des médias. Dynamic Yield l’a fait et s’est attiré les avantages du marché, dit-il. L'entreprise s’emploie à personnaliser l’expérience client, mais selon Mallazzo, tout cela n’a rien à avoir avec l’intelligence artificielle. McDonald's, dit-il, a, soit acquis l’entreprise tout en étant au courant qu’elle n’utilise pas de modèle d’intelligence artificielle et veut profiter du battage médiatique, soit il n’en sait rien du tout et s’est donc fait avoir comme le reste du monde.


Mike Mallazzo

« Pendant un moment, nous avons résisté au label IA, sachant que notre plateforme n'allait pas faire transpirer Watson de sitôt. Mais finalement, nous avons abandonné et avons simplement décidé de suivre le battage médiatique. Le marché voulait que nous soyons une entreprise d'IA, nous avons donc souri et avons décidé d'en être une », dit-il. Comme lui, certains estiment que la ruée vers l’IA n’est pas sans risque et qu’il faut faire attention au battage médiatique. « Nous rencontrons aujourd’hui une intelligence qui n'est pas si artificielle », disent-ils. Autrement dit, l’engouement n’est pas sans risque, car la ruée sur l’IA attire beaucoup d’entreprises et de startups dont les activités ne sont pas toujours conformes à ce qu’elles prétendent.

En Europe par exemple, un rapport d’étude paru cette année a révélé que 40 % des jeunes entreprises européennes classées comme entreprises d'intelligence artificielle n'utilisent pas réellement l'intelligence artificielle. Le rapport a avancé que les startups utilisent l’IA comme un argument pour attirer les investisseurs et tromper la vigilance des consommateurs. L’intelligence artificielle est devenue une expression que les gens utilisent sans limite, juste pour faire le buzz ou par ignorance. Le terme « intelligence artificielle » a en effet été appliqué à diverses technologies, allant de simples programmes informatiques automatisant des tâches à des réseaux neuronaux plus complexes, en passant par des algorithmes d'apprentissage automatique.

Il s'agit d'une chose qui trompe les investisseurs en capital-risque qui n'arrivent pas à faire la distinction entre une vraie IA et une technologie qui est vendue comme une IA, mais qui ne l'est pas en réalité. Sur ce fait, d’après certains experts comme le Français Yann LeCun, chercheur en IA et pionnier de l’apprentissage profond, l’ambition de parvenir à imiter une cognition humaine (ou même animale) nécessiterait de nouvelles découvertes en recherche fondamentale et non une simple évolution des technologies actuelles d’apprentissage automatique. De telles technologies, qui relèvent essentiellement de la mathématique et de la statistique, ne sont en effet pas en mesure d’agir par intuition ou de modéliser rapidement leur environnement.

Pour Mallazzo, « ce n'est pas que nous atteignons un point où nous nous convainquons que nos conneries sont vraies ; c'est que la différence entre la vérité et les conneries est devenue purement sémantique ». La définition de quelque chose comme de l'intelligence artificielle devient tellement confuse que toute application de ce terme devient défendable. Les spécialistes du marketing savent que ce sont « des conneries », explique-t-il, et ces conneries ont gagné tous les domaines. Les solutions de gestion de la relation client sont devenues de l'intelligence artificielle, puis ça a été au tour des plateformes de relations commerciales et finalement des épiceries de proximité.

« Ces conneries » sont ensuite relayées par les médias, ce qui influe considérablement les consommateurs. Dans les communiqués de presse, explique-t-il, Feedvisor, un outil d’analyse de prix pour les marques qui vendent sur Amazon se présente comme une « entreprise d’intelligence artificielle, d’apprentissage automatique et de Big Data ». D’après lui, c'est rempli de mots à la mode, à un point que ça en devient comique. Mallazzo explique que l’ironie réside dans le fait que, malgré toutes les mises en garde de certaines entités qui sont au courant du mensonge des médias et des entreprises, si le marché vous supplie d'être une entreprise d'intelligence artificielle, il est difficile de dire que vous êtes autre chose. En fin de compte, à qui revient la faute ?

Les consommateurs réclament des informations sur les tous derniers développements en matière d'intelligence artificielle, mais il existe une vérité objective minimale sur ce qu'est ou n'est pas l'IA. Pour lui, les investisseurs aussi savent que c'est un ramassis de conneries. Lorsque les investisseurs en capital-risque déclarent vouloir ajouter des « entreprises d'intelligence artificielle » à leur portefeuille, ce qu'ils veulent vraiment, c'est un fossé technologique construit autour de l'accès à des données d'une valeur inestimable.

Mike Mallazzo dit que les technologistes, ayant marre que le battage médiatique autour de l’IA leur fassent de l’ombre, ont préféré passer à un nouveau concept : « l’intelligence artificielle générale ». Il dit qu'il est peut-être temps de trouver le moyen de réguler l'IA pour définir ses limites. Toutefois, il souligne une préoccupation : les politiciens ne sont peut-être pas assez outillés pour comprendre les réalités techniques et les limites de l'IA.

Selon lui, il y a beaucoup de bruits inutiles autour de la plupart des technologies qui existent aujourd’hui. La blockchain et les cryptomonnaies, dit-il, ont un potentiel énorme, mais leur seul cas d'utilisation clairement défini est la spéculation. En conséquence, la technologie a poussé tous ses atouts dans l'IA et avec raison. Il reconnaît cependant l'existence d’un début d’intelligence artificielle, en citant IBM Watson IA et d’autres comme l’IA utilisée pour détecter le cancer du poumon. Néanmoins, dit-il, l'intelligence artificielle n'a pas encore ouvert de marchés représentant des milliards de dollars ni transformé la nature fondamentale du travail.

Source : Billet de blog

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Avatar de Darkzinus
Expert éminent https://www.developpez.com
Le 27/06/2019 à 10:45
Je partage totalement son avis !
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Avatar de a028762
Membre confirmé https://www.developpez.com
Le 27/06/2019 à 12:01
Ca me rappelle les systèmes experts qui ont défrayé la chronique des informatiques des années 80 !
Tout le monde voulait en être et comme personne n'y connaissait rien, même les professionnels (dont j'étais),
on s'agitait sur le sujet à n'en plus finir. Et comme toute bulle, ça finit par se dégonfler, on a parlé d'autres choses
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Avatar de commandantFred
Membre habitué https://www.developpez.com
Le 01/07/2019 à 2:25
Que dire du "Cloud" qui recycle des technos des années 90? L'IA n'a pas à être définie, pas plus que quantité d'autres techniques qui reposent sur des composantes partagées avec d'autres disciplines. Un vieux b-tree peut faire de l'intelligence artificielle, comme le machine learning. Pourtant, le b-tree est massivement utilisé en gestion. Est-ce que l'un empêche l'autre ?

Il est trop compliqué d'expliquer le rôle des clé-valeurs, du bruteforce-minimax, du machine-deep learning. Leur usage est variable selon N facteurs liés à l'enjeu.

Difficile d'ignorer que les réseaux de neurones ont de meilleurs résultats que les médecins spécialisés pour détecter les mélanomes à partir de photos ou les cancers pulmonaires à partir de radios... Les gens préféreraient sans doute qu''on appelle ça "médecine assistée" ou tout autre terme moins générique qu'IA, certes...

Néanmoins, on va faire avec. Les enjeux sont énormes et les ingénieurs qui travaillent dessus adoptent des protocoles qui sont propres à l'IA , tout en utilisant des algorithmes dont certains sont connus depuis les années 1990...

Au bout du compte , ce qui définit le mieux l'IA , c'est la démarche exploratoire de ceux qui travaillent dessus. On ne fait pas de recherche en IA comme on fait de la gestion ou des automatismes (c'est moins vrai pour le traitement de signal, voisin de l'IA à de nombreux égards). C'est vraiment une discipline différente. A ce titre, elle mérite son nom et tant pis si des gens de peu de foi en profitent pour paraphraser la science fiction et vendre l'univers à quelques pigeons. L'IA est un sujet sérieux, ses conséquences sont bien réelles.
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Avatar de sergio_is_back
Membre émérite https://www.developpez.com
Le 27/06/2019 à 12:23
Ha les modes... Les startups... Et surtout le buzz médiatique...

Tant que ça fait vendre !!!
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Avatar de onilink_
Membre expérimenté https://www.developpez.com
Le 28/06/2019 à 10:28
Ça insulte beaucoup mais ça a pas l'air d'y connaître grand chose.
Comme toute technologie révolutionnaire (car oui, le deep learning est bien une révolution n'en déplaise a certains), bien entendu qu'il y a du buzz médiatique et des conneries autour.
Mais en quoi ça décrédibilise la technologie ou la recherche autour?

C'est aux startups de ne pas faire des choix stupides, et de ne pas investir dans de l'IA si il n'y a pas de besoin réel.
Faut pas se plaindre sinon, que forcement on jette de l'argent par les fenêtres en utilisant un outil n'importe comment sans savoir ce que l'on fait.

Mais je rappelle que l'IA est déjà utilisée et implantée dans tellement de domaines, qu'elle a déjà drastiquement changé notre monde, sans que personne ne s'en rende réellement compte...
Pour cause: les choses se passent derrière les coulisses, c'est exactement comme le cloud ou un moteur de recherche, quand tu fais une requête t'as un résultat... mais il est pas arrivé la par magie.
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Avatar de jfduflot
Nouveau membre du Club https://www.developpez.com
Le 27/06/2019 à 20:19
Tiens, un humain qui n'en manque pas, d'intelligence...
Nous aussi nous avons bossé dans les années 80 sur un système-expert. Il était censé détecter à l'avance les organismes HLM qui allaient s'écrouler financièrement. 2 personnes pendant 2 ans en pure perte. Mais intellectuellement ça a été intéressant. Un boulot passionnant et des sous, c'est peut-être surtout ça qui intéresse les développeurs qui bossent sur l'IA (ou autre expression vendeuse).
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Avatar de CoderInTheDark
Membre expérimenté https://www.developpez.com
Le 29/06/2019 à 9:44
Je suis d'accord.
Les marketeux qui promettent tous et surtout n'importe quoi pour récolter des sous.

Mais faut tenir compte qu'il y a des arnaqueurs qui profitent de la situation.
Ca me fait penser au film de 98 "shooting film", c'est super actuel
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