L’IA en est encore au stade d’outil spécialisé dans la réalisation de certaines tâches répétitives : radiographie pulmonaire, robots-conseillers de gestion du patrimoine, etc. Elle sert même déjà à animer des robots tueurs capables de verrouiller des cibles sans intervention humaine et de tirer avec la plus grande précision. Et l’un des dangers en la matière est là : de nombreux pays sont lancés dans la course au développement de telles armes et ne parviennent pas à s’entendre sur des règles de contrôle. C’est fort de ces développements que des observateurs mettent en garde : un risque d’extinction de l’humanité plane et la possibilité de l’atteinte du stade d’intelligence artificielle générale le renforce. John Carmack est d’avis que ce niveau sera atteint d’ici 2030 et lance un partenariat avec un institut de recherche en Alberta pour en accélérer le développement.Carmack a fait part de son point de vue lors d'un événement organisé à l'occasion de l'annonce de l'embauche de Richard Sutton, conseiller scientifique en chef de l'Alberta Machine Intelligence Institute, par Keen, sa startup spécialisée dans le développement de l’intelligence artificielle générale. Sutton est d'avis qu'il n'est pas impossible de coder une intelligence artificielle générale avec les techniques actuelles et considère l'année 2030 comme un objectif envisageable pour qu'un prototype d'intelligence artificielle montre des signes de conscience.
Le stade d’intelligence artificielle générale est celui où les machines seraient alors dotées de « bon sens. » Au stade d’intelligence artificielle générale, elles seraient capables de réflexion causale, c’est-à-dire de cette capacité à raisonner sur « le pourquoi les choses se produisent. » C’est ce palier que les équipes de recherche dans le domaine visent. Le professeur Osborne fait une prédiction à ce sujet : « Il y a toutes les raisons de s'attendre à ce que, même ce siècle, nous puissions voir une intelligence artificielle qui soit au moins aussi capable que les êtres humains et très probablement plus capable que tout être humain aujourd'hui. »
La mise à contribution de l’IA sur les champs de bataille suscite déjà des craintes que l’atteinte de l’AGI viendra amplifier
En septembre 2022, l'armée israélienne a commencé à installer une arme automatique à un poste de contrôle très fréquenté de la ville d'Hébron (Al-Khalil), en Cisjordanie occupée. Les tourelles jumelles ont été installées au sommet d'une tour de garde surplombant le camp de réfugiés d'Al-Aroub. « Elle tire toute seule sans intervention de la part du soldat. Quand un soldat israélien voit un petit garçon, il appuie sur un bouton ou quelque chose comme ça et elle tire toute seule. Elle est très rapide, même plus rapide que les soldats. Les bombes lacrymogènes qu'il tire peuvent atteindre l'extrémité du camp et tout le reste », a déclaré un résident du camp.
La tourelle télécommandée a été développée par la société de défense israélienne Smart Shooter, qui a mis au point un système de contrôle de tir autonome appelé SMASH, qui peut être fixé sur des fusils d'assaut pour suivre et verrouiller des cibles à l'aide d'un traitement d'image basé sur l'intelligence artificielle. Le site Web de la société appelle ce système "One Shot-One Hit" (qui pourrait être traduit en français par : "un tir - un succès" ). Elle se vante d'avoir réussi à « combiner un matériel simple à installer avec un logiciel de traitement d'image avancé pour transformer des armes légères de base en armes intelligentes du XXIe siècle. »
La société affirme que la technologie SMASH permet de surmonter les défis auxquels sont confrontés les soldats lors des batailles, tels que l'effort physique, la fatigue, le stress et la pression mentale pour viser avec précision et assurer le succès du tireur. « Notre objectif est de permettre à tous les corps d'infanterie de bénéficier des armes de précision. Quelle que soit l'expérience ou la mission du soldat, notre système lui permet de ne pas faire d'erreur lorsqu'il tire et de toucher la cible sans faute. Tout soldat devient un véritable tireur d'élite », a déclaré Michal Mor, fondateur et PDG de Smart Shooter, lors d'une interview en 2020.
La tourelle vue à Hébron n'est pas annoncée sur le site Web de l'entreprise israélienne, mais deux autres tourelles automatisées, 'SMASH HOPPER' et 'SMASH HOPPER P', sont équipées de fusils d'assaut et du système Smart Shooter. « Le HOPPER peut être monté dans plusieurs configurations, notamment sur un trépied, un mât fixe, un navire de surface et des véhicules », indique le site Web de l'entreprise. Dans l'ensemble, l'entreprise indique que la technologie SMASH est censée améliorer l'efficacité des missions en engageant avec précision et en éliminant les cibles terrestres, aériennes, statiques ou mobiles, de jour comme de nuit.
« Habituellement, le terroriste se trouve dans un environnement civil avec de nombreuses personnes que nous ne voulons pas blesser. Nous permettons au soldat de regarder à travers son système de contrôle de tir, pour s'assurer que la cible qu'il veut atteindre est la cible légitime. Une fois qu'il aura verrouillé la cible, le système s'assurera que la balle sera libérée lorsqu'il appuiera sur la gâchette, uniquement sur la cible légitime et qu'aucun des passants ne pourra être touché par l'arme », a déclaré Mor. Les militants des droits de l'Homme s'inquiètent de « la déshumanisation numérique des systèmes d'armes. »
Selon les médias locaux, l'armée israélienne a déclaré qu'elle teste la possibilité d'utiliser le système pour appliquer des méthodes approuvées de dispersion de la foule, qui n'incluent pas le tir de balles réelles. « Dans le cadre des préparatifs améliorés de l'armée pour faire face aux personnes qui perturbent l'ordre dans la région, elle examine la possibilité d'utiliser des systèmes télécommandés pour employer des mesures approuvées de dispersion de foule. Cela n'inclut pas le contrôle à distance de tirs à balles réelles », explique un porte-parole de l'armée israélienne. Mais cela n'a pas suffi à calmer les craintes des militants des droits de l'homme.
L'armée israélienne a également précisé qu'au cours de sa phase pilote, le système n'utilisera que des balles à pointe éponge. Cependant, des experts ont signalé qu'à plusieurs reprises, des balles à pointe éponge ont causé des blessures permanentes à des personnes en Cisjordanie occupée et en Israël, certaines ayant même perdu leurs yeux. Des militants des droits de l'homme d'Hébron ont exprimé leur inquiétude quant à la défaillance du système qui pourrait avoir un impact sur de nombreuses personnes, notant que le système a été placé au centre d'une zone fortement peuplée, avec des centaines de personnes passant à proximité.
En outre, les militants des droits de l'homme, ainsi que d'autres critiques, affirment également que ce dispositif est un nouvel exemple de l'utilisation par Israël des Palestiniens comme cobayes, ce qui lui permettrait de commercialiser sa technologie militaire comme testée sur le terrain auprès des gouvernements du monde entier. « Je vois cela comme une transition du contrôle humain au contrôle technologique. En tant que Palestiniens, nous sommes devenus un objet d'expérimentation et de formation pour l'industrie militaire israélienne de haute technologie, qui n'est pas responsable de ce qu'elle fait », a déclaré un habitant de la région.
C’est pour ces raisons que les appels au développement responsable des systèmes pilotés par des intelligences artificielles se multiplient
Les PDG de Google Deepmind, OpenAI et d'autres startups d'IA ont prévenu que les futurs systèmes pourraient être aussi mortels que les pandémies et les armes nucléaires. Le groupe, qui se compose également de chercheurs en IA de renom, a publié une déclaration d'exactement 22 mots afin de tirer la sonnette d'alarme sur un hypothétique « risque d'extinction de l'espèce humaine. »
Le groupe a publié une déclaration qui se lit comme suit : « l'atténuation du risque d'extinction lié à l'intelligence artificielle devrait être une priorité mondiale au même titre que d'autres risques à l'échelle de la société, tels que les pandémies et les guerres nucléaires ».
La déclaration de 22 mots, publiée sur le site de l'organisation à but non lucratif "Center for AI Safety", a été raccourcie de la sorte afin de la rendre aussi largement acceptable que possible. Parmi les signataires figurent des dirigeants de trois des principales entreprises d'IA : Sam Altman, PDG d'OpenAI ; Demis Hassabis, PDG de Google DeepMind ; et Dario Amodei, PDG d'Anthropic.
« Certaines préoccupations en matière d’intelligence artificielle ne sont pas simplement techniques. Par exemple, il y a la menace posée par les humains armés d'IA. Comme la plupart des inventions, l'intelligence artificielle peut être utilisée à des fins bénéfiques ou maléfiques. Les gouvernements doivent travailler avec le secteur privé sur les moyens de limiter les risques.
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