Depuis l’émergence de ChatGPT fin 2022, l’intelligence artificielle (IA) s’invite dans les classes, suscitant espoirs et inquiétudes. D’un côté, des professeurs commencent à s’appuyer sur ces outils pour corriger des copies ou préparer leurs cours, gagnant un temps précieux. De l’autre, les élèves se voient souvent défendre d’y recourir, sous peine d’être accusés de triche. Cette asymétrie – les enseignants peuvent utiliser l’IA alors qu’elle est interdite aux apprenants – soulève un vif débat dans le monde éducatif.L’irruption de ChatGPT, capable de rédiger dissertations, résumés ou code informatique sur simple requête, a d’abord ébranlé le milieu éducatif. Dès janvier 2023, des institutions ont réagi par la fermeté : Sciences Po, prestigieuse université parisienne, a banni l’usage de ChatGPT et outils assimilés, invoquant les risques de « fraude et plagiat ». Dans un courriel adressé à tous, la direction a rappelé que « sans référence explicite, les étudiants ont interdiction d’utiliser ce logiciel pour tout travail écrit ou présentation », hors activités encadrées par un enseignant. Des sanctions jusqu’à l’exclusion ont même été envisagées en cas d’entorse.
De même, le réseau des écoles publiques de New York avait initialement bloqué ChatGPT sur ses serveurs par crainte de dérives, avant de faire marche arrière quelques mois plus tard. Car entre-temps, enseignants et experts commençaient aussi à percevoir le potentiel pédagogique de ces IA, appelant à « dédiaboliser l’IA, sans pour autant l’idéaliser »
En France, le ministère de l’Éducation a lancé des réflexions sur l’intégration de l’IA dans l’apprentissage. Preuve d’un changement de ton, en décembre 2023 il a même été annoncé que « tous les élèves entrant au lycée seront désormais accompagnés, à la maison, d’un outil d’IA » d’aide en français et en mathématiques dès la rentrée 2024. Autrement dit, plutôt que de l’interdire totalement, les pouvoirs publics envisagent de l’utiliser comme un tuteur intelligent pour aider les élèves en difficulté. Néanmoins, sur le terrain, une profonde ambivalence demeure : l’IA est à la fois perçue comme une menace pour l’intégrité académique et une opportunité pour améliorer l’éducation.
Les professeurs adoptent l’IA pour alléger leur charge de travail
De plus en plus d’enseignants explorent les outils d’IA pour automatiser certaines tâches fastidieuses, comme la correction de copies, afin de se recentrer sur l’accompagnement pédagogique. Dans de nombreuses salles de classe, l’ordinateur est devenu l’allié du professeur. Aux États-Unis, un logiciel comme Writable permet ainsi à l’enseignant de soumettre les devoirs écrits de ses élèves à une analyse par ChatGPT, qui génère des commentaires et suggestions personnalisés. Le professeur n’a plus qu’à valider ou ajuster ces retours avant de les transmettre aux élèves.
Au Royaume-Uni, certains enseignants vont plus loin en utilisant l’IA Real Fast Reports pour produire en quelques secondes des appréciations détaillées et sur mesure sur chaque élève : ils entrent quelques notes en vrac, et l’algorithme rédige un commentaire bien structuré pour le bulletin scolaire
Pourquoi un tel engouement ? D’abord parce que les professeurs y gagnent un temps considérable. La correction manuelle de dizaines de copies ou la rédaction de rapports personnalisés sont des tâches chronophages. Grâce à l’IA, un enseignant peut, en théorie, fournir plus de feedback, plus rapidement à ses élèves. Des outils comme ChatGPT peuvent aussi l’aider à préparer des quiz, formuler des explications plus claires, ou varier les exemples dans un cours. « Ces technologies peuvent aider les enseignants », affirme Yann Houry, directeur de l’innovation pédagogique dans un lycée international, en soulignant qu’elles peuvent aider à mieux différencier la progression de chaque élève et repérer plus tôt ceux en difficulté.
De plus, l’IA offre des possibilités de personnalisation de l’enseignement inédites : au Texas, un pédagogue a par exemple utilisé des chatbots pour adapter ses problèmes de mathématiques aux centres d’intérêt de chaque élève, qu’il s’agisse de trajectoires de base-ball ou de pas de danse. Cette individualisation, difficile à réaliser pour un humain avec de grands groupes, devient envisageable avec une IA assistant le professeur.
Toutefois, certains observateurs appellent à la prudence. Une enquête du média Axios note que ces logiciels peuvent inciter à des « raccourcis » pédagogiques préoccupants : « certains enseignants utiliseront probablement les suggestions de ChatGPT comme point de départ, mais d’autres pourraient les transmettre textuellement aux étudiants », sans travail critique. En clair, si l’IA corrige à la place du professeur, qui s’assure de la pertinence des retours ? Un enseignant consciencieux y verra surtout un outil d’assistance, là où un autre moins scrupuleux pourrait être tenté de déléguer entièrement la tâche. Il n’en demeure pas moins que, voulue ou non, l’introduction de l’IA dans le métier enseignant semble inéluctable.
Une aide interdite aux élèves : la peur de la triche et du...
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