En novembre 2022, OpenAI lançait ChatGPT, un agent conversationnel dopé à l’intelligence artificielle, accessible gratuitement en ligne. En quelques mois, l’outil est devenu omniprésent, des entreprises aux foyers, mais c’est surtout dans le monde éducatif que son impact s’est rapidement fait sentir. Si certains y ont vu une révolution pédagogique, d'autres y ont vu une menace pour l’apprentissage.Aux États-Unis comme en France, une même réalité s’impose : les écoles étaient profondément mal préparées à l’irruption de cette technologie dans le quotidien des élèves. Des milliers de pages de documents obtenus via des demandes d'accès aux informations publiques montrent que, dans les premiers mois suivant le lancement de ChatGPT, les établissements scolaires ont réagi de manière disparate, allant de l'ignorance totale à l'organisation de formations dispensées par des consultants pro-IA.
L’irruption de ChatGPT, capable de rédiger dissertations, résumés ou code informatique sur simple requête, a d’abord ébranlé le milieu éducatif. Dès janvier 2023, des institutions ont réagi par la fermeté : Sciences Po, prestigieuse université parisienne, a banni l’usage de ChatGPT et outils assimilés, invoquant les risques de « fraude et plagiat ». Dans un courriel adressé à tous, la direction a rappelé que « sans référence explicite, les étudiants ont interdiction d’utiliser ce logiciel pour tout travail écrit ou présentation », hors activités encadrées par un enseignant. Des sanctions jusqu’à l’exclusion ont même été envisagées en cas d’entorse.
De même, le réseau des écoles publiques de New York avait initialement bloqué ChatGPT sur ses serveurs par crainte de dérives, avant de faire marche arrière quelques mois plus tard. Car entre-temps, enseignants et experts commençaient aussi à percevoir le potentiel pédagogique de ces IA, appelant à « dédiaboliser l’IA, sans pour autant l’idéaliser »
En France, le ministère de l’Éducation a lancé des réflexions sur l’intégration de l’IA dans l’apprentissage. Preuve d’un changement de ton, en décembre 2023 il a même été annoncé que la France sera « le premier pays au monde à généraliser à titre gratuit l’usage d’une intelligence artificielle à tous les élèves d’une classe d’âge pour accompagner leur progression scolaire. Elle sera utilisée en dehors des heures de cours et en complément de l’accompagnement en classe pour approfondir les notions fondamentales, en lien avec les évaluations nationales de 2de ». Autrement dit, plutôt que de l’interdire totalement, les pouvoirs publics envisagent de l’utiliser comme un tuteur intelligent pour aider les élèves en difficulté. Néanmoins, sur le terrain, une profonde ambivalence demeure : l’IA est à la fois perçue comme une menace pour l’intégrité académique et une opportunité pour améliorer l’éducation.
Aux États-Unis, une confusion totale dans les écoles
Un récent article a levé le voile sur des milliers de pages de documents internes, obtenus via le Freedom of Information Act, révélant la grande désorganisation des écoles américaines après la sortie de ChatGPT.
Dans plusieurs États, les premières réactions furent la panique. En Floride, des élèves ont été accusés de triche sans preuve concrète, uniquement parce que leur travail semblait trop « parfait ». À New York, la ville a temporairement bloqué l'accès à ChatGPT dans les écoles publiques, une mesure rapidement critiquée comme inefficace, puisque les élèves continuaient à l'utiliser chez eux.
Dans certains districts, les enseignants étaient démunis : aucune formation, aucune directive, et souvent aucune idée du fonctionnement réel de l’outil. Pourtant, dans les couloirs des lycées, les élèves s’échangeaient déjà des prompts (commandes) efficaces pour générer dissertations, exercices corrigés, résumés, voire scripts de théâtre.
Dans l’État de Washington, un professeur de lycée raconte dans un email interne avoir dû improviser un nouveau système d’évaluation oral après avoir constaté que la moitié de ses élèves avaient utilisé ChatGPT pour rendre des essais identiques dans le fond et la forme.
Mais pendant que certains paniquaient, d'autres districts ont réagi plus stratégiquement. Des consultants ont été engagés pour organiser des sessions de formation… parfois financées par des entreprises pro-IA elles-mêmes, soulevant des critiques sur l’objectivité du contenu proposé.
Et en France ? Un silence initial, suivi de réponses dispersées
En France, la sortie de ChatGPT n’a d’abord suscité qu’un écho timide dans le monde scolaire. L’Éducation nationale n’a pas réagi officiellement dans les mois suivant son lancement, laissant chaque établissement ou professeur libre de gérer — ou d’ignorer — la situation.
Les autorités françaises ne restent pas inactives face à cette révolution. Le ministère de l’Éducation Nationale et de l’Enseignement Supérieur a lancé plusieurs initiatives :
- Des missions de réflexion pour définir les bonnes pratiques et établir un cadre éthique et réglementaire.
- Une consultation nationale a eu lieu. Elle doit aboutir à une charte sur l’usage de l’IA en éducation. Cette charte couvrira les aspects pédagogiques et administratifs.
- Des investissements sont prévus. Ils visent à développer une IA souveraine. Cet outil soutiendra les enseignants dans la préparation de leurs cours et les évaluations des élèves.
Sciences Po Paris a...
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