Nvidia devient la première entreprise à atteindre une capitalisation boursière de 5 000 Mds $, une valorisation portée par une bulle autoalimentée où les acteurs de l'IA financent mutuellement leur croissanceNvidia est la première entreprise au monde à dépasser la barre des 5 000 milliards de dollars de capitalisation boursière. Ce nouveau record intervient trois mois seulement après que la société a franchi la barre des 4 000 milliards de dollars de valorisation. Mais les experts alertent sur un phénomène critique : cette performance est portée par un réseau circulaire d'accords, où Nvidia investit ou conclut des partenariats, puis ces mêmes partenaires achètent ses puces ou ses services, créant un cycle de financement interne. Ainsi, quelques entreprises financent mutuellement leur croissance dans un cycle qui pourrait soit soutenir la bulle de l'IA, soit la faire éclater.
Le marché mondial de l'IA n'a jamais semblé aussi prospère. Principal fournisseur de puces d'IA, Nvidia détient plus de 90 % des parts de marché et engrange des bénéfices records au cours de ces dernières années. Le géant technologique est passé du statut de fabricant de processeurs pour jeux vidéo de niche à celui d'acteur incontournable du boom de l'IA. Ses puces sont devenues l'un des composants informatiques les plus convoités de l'industrie.
Les actions de Nvidia ont augmenté de plus de 3 % le 29 septembre 2025, faisant du géant des puces la première entreprise à franchir le seuil des 5 000 milliards de dollars de valeur boursière. Cette étape extraordinaire reflète l'ascension remarquable de l'entreprise au cours des dernières années et intervient après que le PDG Jensen Huang a annoncé que Nvidia a obtenu plus de 500 milliards de dollars de commandes de puces d'IA jusqu'en 2026.
Selon les données du LSEG (London Stock Exchange Group), la valorisation actuelle de Nvidia dépasse désormais la capitalisation boursière combinée de toutes les sociétés cotées en bourse au Canada et au Mexique, et surpasse même la valeur totale de toutes les sociétés cotées au Royaume-Uni.
Mais derrière ces valorisations record se cache un cercle vicieux d'argent et d'influence qui façonne discrètement l'ensemble du secteurs. Les économistes remettent en question le réseau dense d'accords entre les entreprises qui dépendent des puces Nvidia, suscitant des critiques à l'égard de ce que l'on appelle « l'investissement circulaire », un signe classique annonciateur d'une bulle spéculative. OpenAI a une capitalisation de 500 milliards de dollars.
Comment les acteurs de l'IA recyclent leurs milliards entre eux
Au cours des derniers mois, OpenAI a annoncé une série d'accords avec Nvidia, AMD, Oracle et CoreWeave pour un montant total de plus de 1 000 milliards de dollars. Ces accords promettent la puissance de calcul nécessaire pour construire et déployer la prochaine génération de modèles d'IA. Mais les mêmes partenaires qui investissent dans OpenAI sont également ceux qui lui vendent les puces et les centres de données dont elle a besoin pour survivre.
Les analystes alertent sur les dangers de cet investissement circulaire. Concrètement, cet effet de boucle se manifeste par des arrangements où Nvidia investit ou conclut des partenariats, puis ces mêmes partenaires achètent ses puces ou ses services, créant ainsi un cycle de financement interne. Par exemple, un partenaire peut recevoir un investissement de Nvidia, servir de client pour ses puces, et ainsi rembourser l’investissement indirectement.
Le battage médiatique et le développement des infrastructures d'IA se répercutent sur tous les marchés, de la dette et des actions à l'immobilier et à l'énergie. Pendant ce temps, OpenAI brûle ses liquidités à une vitesse préoccupante et ne prévoit pas d'avoir un flux de trésorerie positif avant la fin de la décennie.
Les partenariats portent sur environ 500 milliards de dollars avec Nvidia, 300 milliards avec AMD, 300 milliards avec Oracle et 22 milliards avec CoreWeave. Ensemble, ces accords représentent à peu près la taille de l'économie annuelle de l'Indonésie. Bien que stupéfiants, ces chiffres soulèvent une question simple, mais importante. Un secteur peut-il continuer à croître si le même argent continue à tourner en rond ? Les économistes sont sceptiques.
Nvidia : le grand acteur du financement circulaire dans le secteur
L'engagement de 100 milliards de dollars pris par Nvidia envers OpenAI sur plusieurs années est l'un des nombreux accords circulaires conclus par Nvidia. Selon les données disponibles, Nvidia a participé à plus de 50 transactions liées à l'IA générative en 2025. Bon nombre des startups soutenues par le géant des semiconducteurs s'appuient sur les puces Nvidia pour développer leurs modèles, puis revendent la puissance de calcul à Nvidia ou à ses partenaires.
CoreWeave, par exemple, a levé 12 milliards de dollars de dette garantie par des processeurs Nvidia et loue désormais cette capacité à OpenAI et Microsoft. OpenAI adopte la même approche. Le fabricant de ChatGPT investit dans des startups qui dépendent de ses grands modèles de langage (LLM) tout en payant pour leurs services. Chaque accord renforce le suivant jusqu'à ce que l'ensemble du réseau s'appuie sur lui-même pour créer une dynamique.
Les experts appellent ce phénomène « financement circulaire ». Il se produit lorsque les mêmes fonds circulent entre une poignée d'entreprises, créant ainsi l'apparence d'une croissance infinie même lorsque les bénéfices sont en baisse. Cette stratégie a fonctionné jusqu'à présent, mais elle dépend d'une condition : une croissance constante. Que se passera-t-il si la demande pour les puces ralentit ou si les investisseurs retirent soudainement leurs billes ?
Malgré son potentiel, l'IA reste largement inéprouvée en tant que source de profits. « Si, dans un an, nous arrivons à un point où nous avons eu une bulle spéculative dans le domaine de l'IA et qu'elle a éclaté, cet accord pourrait être l'un des premiers signes avant-coureurs. Si les choses tournent mal, des relations circulaires pourraient entrer en jeu », a déclaré Brian Colello, analyste chez Morningstar, à propos de l'investissement de Nvidia dans OpenAI.
La bulle de l'IA serait 17 fois plus importante que la bulle Internet
Selon Torsten Slok, économiste en chef chez Apollo Global Management, la bulle de l'IA est pire que la bulle Internet. Il a souligné que les dix principales actions liées à l'IA sont beaucoup plus éloignées de la réalité que ne l'étaient les entreprises dans les années 1990, et que l'histoire est sur le point de se répéter. Même Sam Altman, PDG d'OpenAI, reconnaît les similitudes. Voici un rappel sur les effets qui ont conduit à l'éclatement de la bulle Internet.
De son côté, Julien Garran, analyste chez MacroStrategy Partnership, explique que la bulle de l'IA est 17 fois plus importante que la tristement célèbre bulle Internet, provoquée à l'époque par l'engouement excessif des investisseurs pour Internet. Pire encore, Julien Garran a déclaré que l'IA représente aujourd'hui plus de quatre fois la richesse piégée dans la bulle des subprimes de 2008, qui a entraîné des années de crise prolongée à travers le monde.
Selon une analyse publiée en mars 2025, l'éclatement de la bulle de l'IA pourrait anéantir les sociétés de capital-risque de la Silicon Valley et provoquer la chute des marchés publics. À l'heure actuelle, les Big Tech investissent des dizaines de milliards de dollars dans le développement de l'IA générative sans une perspective de rentabilité claire. À terme, cela pourrait entraîner une correction significative du marché si les attentes ne sont pas satisfaites.
À l'été 2024, la société Jefferies a rapporté que les valeurs liées à l'IA ont grimpé jusqu'à 656 % depuis le lancement de ChatGPT, ajoutant environ 10 000 milliards de dollars à la capitalisation boursière. Cependant, les bénéfices sont à la traîne, avec un ratio cours/bénéfice supplémentaire de 73 fois pour les valeurs de l'IA. Nvidia a enregistré les gains les plus importants, le cours de son action ayant fait un bon de 656 % entre fin 2022 et juillet 2024.
À l'heure actuelle, la plupart des projets d'IA échouent. Selon le MIT, le taux d'échec de 95 %. Malgré la ruée vers l'intégration de nouveaux modèles d'IA puissants, environ 5 % des programmes pilotes d'IA parviennent à accélérer rapidement leurs revenus ; la grande majorité stagne, n'ayant que peu ou pas d'impact mesurable sur le compte de résultat. Ce constat amer fait écho à des études récentes selon lesquelles les capacités de l'IA sont surestimées.
Les performances de Nvidia malgré la fragilité du secteur de l'IA
La flambée du cours de l'action Nvidia reflète une vague d'optimisme plus large à Wall Street quant à l'avenir de l'IA générative. Les dernières puces de l'entreprise sont devenues indispensables pour former et faire fonctionner les modèles de langage (LLM) les plus avancés et les plus sophistiqués, alimentant une course entre les géants de la technologie pour construire des centres de données puissants et dominer « la prochaine ère de l'informatique ».
Microsoft, Amazon, Meta, Alphabet (Google), OpenAI et Tesla sont tous en concurrence pour développer leur propre infrastructure d'IA, et le matériel spécialisé de Nvidia est au cœur de cette transformation. Les GPU Blackwell de Nvidia restent la colonne vertébrale des centres de données hyperscales. En raison de cette demande élevée, le cours de l'action de Nvidia a augmenté de plus de 50 % en 2025 et de plus de 85 % au cours des six derniers mois.
En outre, Nvidia a annoncé cette année l'expansion de sa production nationale en Arizona et de nouveaux partenariats avec Nokia et Oracle pour soutenir des projets de télécommunications et de supercalculateurs fédéraux. Apple et Microsoft viennent tous deux de rejoindre le club des entreprises valorisées à 4 000 milliards de dollars, mais la dernière flambée de Nvidia a établi une nouvelle référence en matière de leadership sur le marché à l'ère de l'IA.
La reprise vertigineuse des actions américaines intervient malgré les inquiétudes persistantes concernant une bulle, d'autant plus que les dépenses liées à l'IA ont conduit à des transactions et des valorisations record. Le Fonds monétaire international et la Banque d'Angleterre ont été les dernières institutions financières à avertir que les marchés boursiers mondiaux pourraient être en difficulté si l'engouement des investisseurs pour l'IA venait à s'essouffler.
Comment la course à l'IA s'appuie sur la dette et remodèle les marchés
Au sein du secteur technologique, les dirigeants affirment que ces relations commerciales peu orthodoxes sont essentielles pour répondre à une augmentation sans précédent de la demande en services d'IA. La nouvelle phase du boom de l'IA est financée non seulement par des capitaux à risque, mais aussi par des emprunts. Selon les analystes, cela pourrait provoquer un désastre si la demande pour les infrastructures et les services d'IA ne suit pas.
Lisa Su, PDG d'AMD, a déclaré que le partenariat avec OpenAI est un « cercle vertueux et positif ». De même, Greg Brockman, président et cofondateur d'OpenAI, a déclaré qu'il faudrait un « effort à l'échelle de l'industrie » utilisant l'ensemble de la chaîne d'approvisionnement en IA pour répondre à l'immense demande en puissance de calcul nécessaire pour prendre en charge ChatGPT et d'autres produits. Les analystes restent toutefois sceptiques.
Washington a adopté une attitude de laisser-faire à l'égard de toutes les activités d'un secteur considéré comme essentiel pour rivaliser avec la Chine. « C'est à eux de décider. Nous voulons que les entreprises américaines réussissent », a déclaré David Sacks, responsable de l'IA et de la cryptomonnaie à la Maison Blanche.
De son côté, l'administration Trump est également liée au vaste réseau d'investissements dans l'IA par le biais de sa participation dans Intel, sans parler de ses projets de prélever une part des ventes de puces de Nvidia et AMD à la Chine. Mais ce plan est au point mort. La Chine a bloqué les ventes de puces Nvidia afin d'intensifier ses efforts internes pour renforcer son indépendance en matière de semiconducteurs et concurrencer les États-Unis.
Conclusion
La valorisation de Nvidia est alimentée non seulement par la demande externe, mais aussi par un maillage interne d’investissements et de contrats. Cela crée une dynamique très favorable à court terme. Mais selon les analystes, cette structure peut être instable si les partenaires ne livrent pas ou si la demande se normalise : le modèle circulaire amplifie le risque que les engagements ne se traduisent pas en revenus tangibles si la boucle se brise.
Un économiste de Harvard a alerté sur une situation inquiétante : 92 % de la croissance du PIB américain provient du boom des centres de données IA, masquant la stagnation économique. Sans cet afflux de capitaux dans les centres de données, la croissance du PIB n'est que de 0,1 % au premier semestre 2025.
Si les bénéfices des entreprises ne rattrapent pas rapidement ces valorisations astronomiques, le marché n'aura peut-être même pas besoin d'un élément déclencheur spécifique pour se dégonfler. Les valorisations à elles seules pourraient suffire. Et lorsque les bulles éclatent, elles ne le font pas poliment. Elles implosent, faisant disparaître des milliers de milliards de dollars de valeur et brisant du même coup la confiance des investisseurs.
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Pourquoi les investisseurs continuent à injecter de l'argent dans l'IA malgré les signaux d'alarme au sujet d'une bulle ?
Pensez-vous que la bulle de l'IA va suivre la même courbe que la bulle Internet ? Ou l'industrie va-t-elle trouver le moyen d'éviter le désastre ?Voir aussi
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