OpenAI, l’éditeur de ChatGPT, a subi des pertes vertigineuses estimées à 12 milliards de dollars sur le dernier trimestre – un montant inédit pour une entreprise tech sur trois mois. Cette révélation, issue des résultats financiers de Microsoft (actionnaire et partenaire stratégique d’OpenAI), jette une lumière crue sur l’économie réelle de l’IA générative. Alors que des rumeurs évoquent une introduction en bourse d’OpenAI, ce déficit colossal soulève des questions sur la viabilité du modèle et s’inscrit dans le contexte plus large d’une guerre de positionnement sur le marché de l’IA.Le partenariat entre Microsoft et OpenAI est au cœur de la stratégie des deux acteurs. Depuis un premier investissement d’un milliard de dollars en 2019, Microsoft a injecté des montants successifs pour soutenir OpenAI, culminant avec un engagement total d’environ 13 milliards de dollars. Au 30 septembre 2025, Microsoft avait déjà financé 11,6 milliards $ de cet engagement, ce qui lui confère désormais environ 27 % du capital d’OpenAI (après la conversion d’OpenAI en société à but lucratif). En échange, Microsoft bénéficie d’un accès privilégié aux technologies d’OpenAI et de leur intégration dans ses produits. L’accord conclu en 2023 a fait de Microsoft Azure le fournisseur cloud exclusif d’OpenAI, hébergeant toutes les charges de travail de l’éditeur de ChatGPT.
Concrètement, les modèles d’OpenAI, comme GPT-4, alimentent désormais de nombreux services Microsoft : le moteur de recherche Bing Chat en mode conversationnel, l’assistant de programmation GitHub Copilot, ou encore les nouvelles fonctionnalités intelligentes de Microsoft 365 Copilot dans Office. Microsoft commercialise même les modèles GPT via son Azure OpenAI Service, offrant aux entreprises un accès aux IA d’OpenAI avec l’infrastructure sécurisée d’Azure.
Cette alliance est donc hautement synergique. Elle permet à OpenAI de disposer des capacités cloud massives de Microsoft (qui a construit pour elle l’un des plus puissants supercalculateurs au monde sur Azure) et d’un soutien financier durable. De son côté, Microsoft profite de l’avance technologique d’OpenAI pour se positionner en leader de l’IA auprès de sa clientèle cloud et bureautique, face à Amazon AWS ou Google. Rappelons que Microsoft a intégré OpenAI à sa stratégie « AI everywhere » : du cloud aux applications grand public, l’IA générative est devenue un argument-clé de ses offres. Cette interdépendance – Microsoft détient une part significative d’OpenAI et OpenAI s’appuie sur l’écosystème Microsoft – explique pourquoi les deux entreprises avancent de concert malgré les pertes initiales.
Un déficit colossal de 12 milliards de $ en un trimestre pour des recettes de 4,3 milliards $ en un semestre
Jamais OpenAI n’avait dévoilé l’ampleur de ses pertes, mais les comptes de Microsoft ont levé le voile sur une réalité stupéfiante : en trois mois, OpenAI aurait perdu environ 11,5 à 12 milliards de dollars. Microsoft applique en effet la méthode de la mise en équivalence pour sa participation, ce qui implique de comptabiliser dans son propre résultat la quote-part des pertes d’OpenAI. Or, sur le trimestre clos le 30 septembre 2025, Microsoft indique que sa part dans OpenAI a réduit son résultat net de 3,1 milliards de dollars. Si cela représente 27 % des pertes (proportion de capital détenu), le calcul suggère bien un total avoisinant 11,5 milliards $ de pertes pour OpenAI sur le trimestre. Qui plus est, certaines données suggèrent un chiffre encore plus élevé : avant la restructuration capitalistique d’OpenAI, Microsoft en détenait possiblement jusqu’à 32,5 %. Sur cette base, le déficit trimestriel d’OpenAI dépasserait alors 12 milliards de dollars. Dans tous les cas, le nombre donne le vertige.
Pour prendre la mesure de ce gouffre, il faut le comparer aux revenus d’OpenAI. Sur l’ensemble du premier semestre 2025, OpenAI aurait généré seulement 4,3 milliards $ de revenus d’après des documents internes – certes en forte hausse sur un an, mais sans commune mesure avec les pertes actuelles. Autrement dit, en un seul trimestre, OpenAI a dépensé près de trois fois ce qu’elle a facturé en six mois. Ce décalage abyssal illustre le modèle économique très particulier des acteurs de l’IA générative : une course à l’investissement et à la croissance de l’utilisation, au prix de pertes colossales dans l’espoir de profits futurs.
Les dépenses d’OpenAI s’expliquent notamment par des coûts d’infrastructure et de R&D faramineux. L’entraînement de modèles de pointe comme GPT-4 ou son successeur mobilise des milliers de GPU et consomme une électricité considérable. D’après un rapport financier relayé par Reuters, OpenAI aurait consacré 6,7 milliards $ à la R&D sur le seul premier semestre 2025, tout en « brûlant » environ 2,5 milliards $ de trésorerie nette sur cette période pour faire tourner ChatGPT et ses autres services. La startup disposait encore d’environ 17,5 milliards $ de liquidités mi-2025 – un matelas important, mais qui fond rapidement avec un rythme de perte désormais proche de 12 milliards par trimestre. Sans nouveaux financements ou sans réduction drastique de coûts, une telle hémorragie n’est pas tenable au-delà de quelques trimestres.
Le modèle d'OpenAI est-il viable ?
Cette situation pose la question de la viabilité du modèle économique d’OpenAI et, plus largement, des fournisseurs d’IA générative. Pour l’heure, OpenAI tire ses revenus de la commercialisation de l’accès à ses modèles (via des abonnements ChatGPT Plus, des offres ChatGPT Enterprise et l’API pour développeurs) ainsi que de contrats d’intégration (comme avec Microsoft). L’entreprise vise un chiffre d’affaires annuel de 13 milliards $ en 2025, ambitieux mais encore insuffisant pour couvrir des dépenses annuelles qui pourraient dépasser 40 milliards si la tendance actuelle se maintient. Sam Altman, le PDG d’OpenAI, reste optimiste en affichant un horizon de 4 à 5 ans pour atteindre la rentabilité et en misant sur des revenus exponentiels à terme.
Cette approche rappelle celle d’Amazon à ses débuts : accepter des pertes massives pour conquérir le...
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L’IA générative est-elle en train de reproduire les mécanismes classiques des bulles technologiques, où la croissance d’usage précède largement la viabilité économique ?