Chez Palantir, les dirigeants sont très enthousiastes à propos de l'IA, multiplient les déclarations provocatrices à l’égard des discours alarmistes qui entourent la technologie et font campagne contre sa réglementation. Shyam Sankar, directeur technique de Palantir, se dit sceptique quant aux scénarios catastrophistes liés à l'IA. Il a déclaré que la peur de l’IA est en grande partie « le produit d’un vide spirituel » dans la société moderne, et plus particulièrement dans la Silicon Valley. Précédemment, le milliardaire Peter Thiel, président de Palantir, a suggéré que l'adoption d'une réglementation sur l'IA pourrait précipiter l'arrivée de « l'Antéchrist ».Dans une récente interview accordée à Ross Douthat du New York Times, Shyam Sankar, directeur technique de Palantir, a livré à une réflexion provocatrice sur les détracteurs et les personnes qui pensent que l'IA représente une menace existentielle pour l'humanité. Selon lui, ces craintes sont l'expression d'un manque de croyance en Dieu. « Je pense que les laïcs de la Silicon Valley comblent le vide laissé par Dieu dans leur cœur avec l'AGI », a-t-il déclaré.
L'idée selon laquelle l'IA entraînera un scénario catastrophique, tel que le chômage de masse ou l'extinction, est connue sous le nom de « doomerisme ». De nombreux experts, tels que Geoffrey Hinton, parrain de l'IA, mettent en garde contre ces risques. Mais Shyam Sankar les balaie d'un revers de main.
« C'est comme si, d'accord, les modèles s'amélioraient. Pourquoi pensez-vous que cette catastrophe va se produire et qu'ils vont nous transformer en chats domestiques ? Les personnes qui ont une religion sont les plus sceptiques à ce sujet. Les transhumanistes, quant à eux, en font leur souhait le plus cher, puis se mettent à propager leur pessimisme », a-t-il ajouté. Il estime que les gens devraient cesser de s'imaginer des scénarios comme dans Terminator.
Selon Geoffrey Hinton, l'IA représente une menace existentielle pour l'humanité. Il a affirmé que l'IA rendrait la société « de plus en plus mauvaise » en creusant l'écart de richesse entre les plus riches et les plus pauvres. Au début de l'année, il a déclaré qu'une superintelligence, ou une IA dont les capacités cognitives dépassent celles des humains dans tous les domaines, apparaîtra d'ici 5 à 20 ans. Il a ajouté que l'IA entraînera un chômage massif à l'avenir.
La déclaration de Shyam Sankar est critiquée comme étant trop schématique : elle met toutes les personnes non croyantes dans un même panier, et suppose que les croyants ont nécessairement une perspective plus modérée sur l’IA, ce qui n’est pas prouvé et relève d’une vision simpliste.
Il décrit ce catastrophisme comme un outil de levée de fonds
Shyam Sankar a fait ces commentaires lorsque le journaliste lui a demandé si Palantir a pour objectif de développer pour l'armée des systèmes d'IA qui pourraient remplacer la prise de décision humaine. « Je ne pense pas que cela fonctionnerait comme les gens l'imaginent dans le scénario cauchemardesque de Terminator », dit-il, ajoutant que l'intégration de l'IA dans la technologie militaire apporte davantage « une différence de degré » que de nature.
Il rejette l’idée que l’IA mènera à la disparition de l’humanité ou à un bouleversement total du travail humain. Il considère les discours alarmistes comme exagérés, voire intéressés. Shyam Sankar va jusqu’à dire que ces discours apocalyptiques servent parfois de stratégie marketing ou de levée de fonds : présenter sa technologie comme tellement puissante qu’elle pourrait détruire le monde revient à la rendre plus désirable pour les investisseurs.
Selon lui, ce catastrophisme est un stratagème de collecte de fonds permettant aux acteurs à la pointe du développement de l'IA de dire : « ma technologie est si puissante qu'elle va entraîner un chômage de masse, alors vous feriez mieux d'investir dans mon entreprise, sinon vous allez vous retrouver pauvres ».
Par ce discours, il met en cause les acteurs de l’IA qui alertent sur les risques, alors que lui-même travaille pour une entreprise très engagée dans l’IA et la défense. Son discours ressemble à une tentative de déplacer le débat pour diminuer les inquiétudes et favoriser le développement (et l’investissement) de l’IA.
Un discours fortement controversé dans la communauté
Au-delà de la provocation, Shyam Sankar met en avant une dimension culturelle et psychologique : la manière dont les sociétés interprètent l’IA dépendrait de leur rapport au sens et à la transcendance. Là où la foi offre un cadre pour penser les limites humaines et le mystère, l’absence de religion pourrait, selon lui, pousser certains à transférer ce besoin spirituel vers la technologie et à y projeter des récits de salut ou de destruction.
En traitant les scénarios d’extinction ou de remplacement massif du travail par l’IA comme un «...
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