Elon Musk accusé d'avoir manipulé les chiffres pour soutirer 134 milliards de dollars à OpenAI et Microsoft : « ses calculs réduisent à néant la contribution des inventeurs de ChatGPT »a déclaré OpenAI
Elon Musk réclame 134 milliards de dollars de dommages-intérêts à OpenAI et Microsoft. Il allègue dans un procès qu'OpenAI l'a escroqué en s'écartant de sa mission à but non lucratif et s'est « moqué » de lui en tant qu'investisseur de la première heure. Elon Musk a engagé un expert qui a estimé que ses premières contributions dans OpenAI ont généré 50 à 75 % de la valeur actuelle de l'organisation à but non lucratif. Mais cette demande faramineuse d'Elon Musk a suscité la controverse. OpenAI a rejeté ces allégations et a déclaré que les dommages-intérêts réclamés par Elon Musk ont réduit à « zéro » la contribution des inventeurs de ChatGPT.
En décembre 2024, Elon Musk a déposé une injonction pour bloquer le passage d'OpenAI d'une société à but non lucratif à une société à but lucratif. L'injonction préliminaire vise l'éditeur de ChatGPT et de nombreuses autres personnes travaillant avec ou pour l'entreprise. Parmi ces personnes, on peut citer le PDG Sam Altman, Greg Brockman, ainsi que Reid Hoffman, cofondateur de Linkedin et ancien membre du conseil d'administration d'OpenAI.
Dee Templeton, vice-président de Microsoft chargé des partenariats et des opérations dans le domaine de la technologie et de la recherche, figure également sur la liste, de même que Microsoft lui-même. Dans les documents judiciaires, Elon Musk allègue qu'OpenAI a violé ses accords contractuels initiaux.
L'homme d'affaires réclame jusqu'à 134 milliards de dollars à OpenAI et à Microsoft, affirmant qu'OpenAI l'a escroqué en s'écartant de ses origines à but non lucratif. Il a déposé une « demande de dommages-intérêts » devant le tribunal le 16 janvier 2026. Cette décision est intervenue au lendemain du rejet par un juge fédéral de la dernière tentative d'OpenAI et de Microsoft d'éviter un procès devant jury prévu fin avril 2026 à Oakland, en Californie.
Comment Elon Musk a calculé ses « intérêts » dans OpenAI
Elon Musk a engagé l'expert Paul C. Wazzan pour l'aider à calculer les dommages-intérêts qu'il réclame à OpenAI et Microsoft. Les calculs de Paul Wazzan ont conclu qu'Elon Musk peut prétendre à des dommages-intérêts pouvant atteindre 134 milliards de dollars. Paul Wazzan est parvenu à cette somme en concluant que les premières contributions d'Elon Musk à OpenAI avaient généré 50 à 75 % de la valeur actuelle de l'organisation à but non lucratif.
Le mécanisme est simple. Elon Musk affirme qu'OpenAI a violé sa mission fondatrice en se restructurant en une entité à but lucratif et en s'associant avec Microsoft. Il estime que sa contribution de 60 % au financement initial d'OpenAI et ses autres contributions lui donnent droit à une part de la valeur considérable créée. Son expert a estimé les dommages-intérêts à 65,5 milliards de dollars pour OpenAI et à 13,3 milliards de dollars pour Microsoft.
Il a analysé quatre facteurs : les contributions financières totales d'Elon Musk avant son départ d'OpenAI en 2018, la participation proposée par Elon Musk dans OpenAI en 2017, la participation actuelle d'Elon Musk dans xAI et ses contributions non monétaires à OpenAI (comme le temps investi ou sa réputation). Cette demande a choqué OpenAI et Microsoft, qui pourraient également se voir infliger des dommages-intérêts punitifs en cas de défaite.
OpenAI a déclaré que ce procès est « infondé » et l'a qualifié de « campagne de harcèlement ». Microsoft nie avoir aidé et encouragé des actes répréhensibles. Sam Altman a dénoncé la plainte comme une utilisation abusive du système judiciaire pour ralentir un concurrent. Le résultat est binaire : soit la plainte s'effondre comme étant sans fondement, soit elle force un règlement qui pourrait perturber le discours sur les investissements dans l'IA.
Des calculs jugés « irrecevables » par Microsoft et OpenAI
OpenAI et Microsoft ont immédiatement déposé une requête visant à exclure les opinions de Paul Wazzan, affirmant que cette mesure était nécessaire pour éviter de préjuger du jury. Dans leur requête, ils ont affirmé que les calculs de Paul Wazzan semblaient « inventés », car l'expert en économie aurait déclaré n'avoir jamais utilisé ces calculs auparavant et les avoir prétendument « concoctés » uniquement pour satisfaire la demande d'Elon Musk.
Par exemple, Paul Wazzan aurait ignoré le fait qu'Elon Musk avait quitté OpenAI après que la direction ne se soit pas mise d'accord sur la manière d'évaluer ses contributions à l'organisation à but non lucratif. Le problème est que les calculs de Paul Wazzan reposent sur un scénario imaginaire dans lequel OpenAI aurait accepté l'offre d'Elon Musk en 2017 de contrôler 51,2 % d'une nouvelle entité à but lucratif alors en cours de création à l'époque.
Mais cela ne s'est jamais produit, et OpenAI estime qu'il est donc difficile de comprendre pourquoi Elon Musk aurait droit à des « dommages-intérêts » sur la base d'un accord qui n'a jamais été conclu. En parallèle, on ne comprend pas pourquoi la participation d'Elon Musk dans sa nouvelle startup xAI, fabricant de Grok, est pertinente, puisqu’OpenAI est une entreprise complètement différente qui n'est pas tenue de s'aligner sur les offres de xAI.
Paul Wazzan n'aurait même pas eu accès aux chiffres réels de xAI pour l'aider dans son estimation, se référant uniquement à des rapports publics estimant qu'Elon Musk détient 53 % du capital de xAI. OpenAI a accusé Paul Wazzan d'avoir inclus les chiffres de xAI afin de gonfler le montant total des dommages-intérêts pour satisfaire Elon Musk. Selon certains critiques, Elon Musk tente de ralentir son concurrent OpenAI avec des accusations infondées.
Pour aggraver encore la frustration d'OpenAI et de Microsoft, Paul Wazzan a également estimé qu'Elon Musk et xAI devraient recevoir exactement le même montant total de dommages-intérêts, qu'ils obtiennent gain de cause pour une seule ou pour les quatre plaintes déposées dans le cadre du procès.
OpenAI et Microsoft demandent le rejet de ces conclusions
Les défendeurs espèrent que le tribunal reconnaîtra que les calculs de Paul Wazzan constituent une « boîte noire peu fiable » et rejettera ses conclusions, jugées indûment fondées sur des calculs qui ne peuvent être vérifiés de manière indépendante. « Le procès intenté par Musk reste sans fondement et s'inscrit dans le cadre de son harcèlement continu, et nous sommes impatients de le démontrer lors du procès », a déclaré un porte-parole d'OpenAI.
« Cette dernière demande fantaisiste vise uniquement à poursuivre cette campagne de harcèlement. Nous restons concentrés sur le renforcement de la Fondation OpenAI, qui est déjà l'une des organisations à but non lucratif les mieux dotées en ressources jamais créées », a déclaré le porte-parole d'OpenAI.
« Wazzan n'offre aucune justification — contractuelle, administrative, économique ou autre — pour réaffecter une partie des intérêts négociés par Microsoft à l'organisation à but non lucratif », ont déclaré OpenAI et Microsoft dans leur dossier. Par ailleurs, selon OpenAI, le plus flagrant est peut-être que l'expert engagé par Elon Musk est parvenu à ses conclusions sans jamais prendre en compte les contributions d'autres personnes que le milliardaire.
Cela signifie que l'analyse de l'expert n'a pas seulement ignoré les efforts des cofondateurs et des investisseurs tels que Microsoft. « Elle a aussi écarté les scientifiques et les programmeurs qui ont inventé ChatGPT, en les considérant comme ayant « contribué à zéro pour cent de la valeur actuelle de l’organisation à but non lucratif », selon OpenAI. En réponse, Paul Wazzan a déclaré : « je n'ai pas besoin de connaître toutes les autres personnes ».
La propre équipe juridique d'Elon Musk aurait contredit l'expert
Paul Wazzan n'aurait pas non plus pris la peine de quantifier les contributions non monétaires d'Elon Musk, qui pourraient se chiffrer en milliers, millions ou milliards selon ses calculs vagues, a fait valoir OpenAI. Selon le dossier déposé par OpenAI, même l'équipe juridique d'Elon Musk semblait contredire Paul Wazzan. Dans le dossier déposé par Elon Musk, il est reconnu que le jury pourrait devoir ajuster le montant total des dommages-intérêts.
« La méthodologie de Wazzan est inventée de toutes pièces ; ses résultats sont invérifiables ; son approche est sans précédent ; et le résultat qu'il propose – le transfert de milliards de dollars d'une société à but non lucratif à un donateur devenu concurrent – est à première vue invraisemblable », a déclaré OpenAI.
Elon Musk s'efforcera de convaincre le tribunal que ces dommages-intérêts sont dus. OpenAI espère qu'il échouera, en partie parce qu'il est légalement impossible pour un particulier de détenir des intérêts économiques dans une société à but non lucratif et que Paul Wazzan a admis lors de sa déposition qu'il n'avait aucune raison de croire qu'Elon Musk s'attendait à un retour financier lorsqu'il a fait un don à l'organisation à but non lucratif OpenAI.
Entre-temps, la structure d'OpenAI a beaucoup évolué. « Permettre à un jury d'entendre un montant de restitution, en particulier un montant qui n'est pas lié à un comportement illicite spécifique présumé et qui aboutit à ce que Musk reçoive des sommes des milliers de fois supérieures à ses dons réels, risque d'induire le jury en erreur quant à la réparation pouvant être obtenue et rend les avis contestés irrecevables », a déclaré OpenAI.
Rappel sur la genèse d'OpenAI et sa récente restructuration
OpenAI a été initialement fondé en tant qu'organisation à but non lucratif. Les principaux cofondateurs d’OpenAI en 2015 sont Sam Altman, Elon Musk, Greg Brockman, Ilya Sutskever, Wojciech Zaremba et John Schulman. Sam Altman et Greg Brockman venaient de la Silicon Valley, Ilya Sutskever est un chercheur de renom en sécurité des systèmes d'IA, et Elon Musk faisait partie des financeurs et fondateurs initiaux avant de quitter le projet plus tard.
La mission initiale d'OpenAI visait à développer une intelligence artificielle sûre et qui profitera à toute l'humanité. Mais l'entreprise s'est vite rendu compte que développer des systèmes d'IA avancés coûtait énormément d’argent. Les dons et subventions ne suffisaient pas pour financer les infrastructures de calcul, les équipes de chercheurs et l’électricité nécessaire à l’entraînement des modèles. En effet, il fallait trouver d'autres sources de capitaux.
En 2019, OpenAI a donc créé une structure commerciale pour pouvoir lever des fonds auprès d’investisseurs, et rester compétitive face à d’autres laboratoires privés et d'autres géants tels que Google et Meta. Microsoft a investi un milliard de dollars dans OpenAI en 2019, et plusieurs milliards supplémentaires les années suivantes. Microsoft est le principal bailleur de fonds d'OpenAI, avec des accords profonds en matière de cloud computing sur Azure.
Officiellement, l’organisation mère à but non lucratif garde le contrôle et la mission générale, afin que la recherche reste orientée vers l’intérêt public et pas uniquement vers le profit. En 2025, OpenAI est bien devenu une PCB (capped‑profit company). En clair, Sam Altman et ses collaborateurs ont créé une entreprise qui peut faire du profit et attirer des investisseurs, mais avec une limite fixée à l’avance sur ce que ces investisseurs peuvent gagner.
L’idée est d’éviter qu’OpenAI devienne une entreprise classique uniquement obsédée par le rendement. Au‑dessus de cette entité, il reste une fondation à but non lucratif qui garde le contrôle et la mission officielle. C’est ce montage hybride qui leur permet à la fois de lever beaucoup d’argent et de dire qu’ils restent orientés vers l’intérêt général. Cependant, pour Elon Musk et d'autres critiques, ce faisant, OpenAI a violé ses accords contractuels initiaux.
La nouvelle structure d'OpenAI consolide le pouvoir d'Altman
Microsoft a investi un milliard de dollars dans OpenAI, ce qui lança le début de leur partenariat. Depuis, Microsoft a fourni des milliards de dollars de ressources de cloud computing via Azure et a utilisé les modèles d'OpenAI comme base pour des produits et services, tels que Copilot. Un nouvel accord préserve les droits exclusifs de Microsoft sur la propriété intellectuelle d'OpenAI et l'exclusivité de l'API Azure jusqu'à ce que le seuil de l'AGI soit atteint.
La transformation d'OpenAI en une entreprise à but lucratif l'a quelque peu déchiré, avec la démission de nombreux chercheurs éminents. Le recrutement d'un « responsable de la préparation » suggère que l'entreprise s'apprête à relancer ses efforts en matière de sécurité de l'IA et d'alignement de ses modèles.
La nouvelle entité, dénommée OpenAI Group PCB, fonctionnera comme une entreprise traditionnelle, consolidant le pouvoir de Sam Altman et lui donnant plus de latitude pour conclure des accords, lever des fonds et façonner l'industrie de l'IA au sens large. Microsoft n'aura aucun droit sur le matériel grand public produit par OpenAI et n'aura plus le droit de premier refus pour être le fournisseur d'OpenAI en matière de services informatiques.
Microsoft conservera toutefois une participation de 27 % (évaluée à 135 milliards de dollars) dans OpenAI et restera un acteur important dans son avenir. Selon des sources proches du dossier, le créateur de ChatGPT continuera à partager environ 20 % de ses revenus avec Microsoft pendant les années à venir. L'accord révisé introduit également de nouvelles clauses concernant la création de l'AGI, une initiative qui pourrait remodeler l'ensemble de l'industrie.
Sam Altman a déclaré qu'il n'avait aucun intérêt à diriger une société cotée en bourse, tout en reconnaissant qu'OpenAI devra probablement entrer en bourse pour obtenir des capitaux et gérer sa croissance. Mais ces propos sont controversés. Selon plusieurs rapports, OpenAI donne désormais la priorité aux profits et au lancement de nouveaux produits plutôt qu'à la sécurité de l'IA. OpenAI poursuit l'AGI à tout prix, malgré les risques liés à la sécurité.
Conclusion
Ce litige met en lumière un conflit majeur entre l’ambition personnelle d'Elon Musk et la réalité de l’évolution d’OpenAI : alors que le milliardaire affirme avoir largement contribué à la valeur de l’organisation, OpenAI et Microsoft soutiennent que ses calculs ignorent le rôle central des autres fondateurs, des investisseurs et des équipes techniques. La décision du tribunal montrera si les arguments financiers et juridiques d'Elon Musk sont recevables.
En fin de compte, l'incertitude est grande. Le procès est prévu pour la fin avril 2026, mais le catalyseur immédiat est la décision du juge sur le modèle de dommages-intérêts. Le marché boursier sera à l'affût du moindre signe de rejet, ce qui serait un catalyseur positif pour les actions liées à l'IA. À l'inverse, si le modèle de calcul est retenu, cela entraînera une période prolongée d'incertitude juridique et financière qui pourrait peser sur le sentiment.
Le procès pourrait redéfinir qui peut réclamer des gains liés aux débuts d’une entreprise technologique, et comment on évalue la valeur des contributions individuelles dans des projets collaboratifs à très grande échelle. Il pourrait également mettre un terme aux revendications d'Elon Musk vis-à-vis d'OpenAI.
Sources : document du procès intenté par Elon Musk (PDF), réponse d'Open et de Microsoft (PDF)
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Selon vous, le fait qu'OpenAI soit devenu une entité à but lucratif justifie-t-il ces réclamations ?
OpenAI et Microsoft affirment que les arguments et les calculs d'Elon Musk sont irrecevables. Qu'en pensez-vous ?
Quels pourraient être les impacts sur OpenAI si Elon Musk ressort vainqueur de ce procès ?
Selon vous, une organisation peut-elle se muer en une société à but lucratif après avoir reçu des dons et des subventions ?Voir aussi
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