La plateforme Moltbook (parfois évoquée via Molt.church) a fait grand bruit début 2026. Lancé par l’entrepreneur Matt Schlicht (PDG d’Octane AI), ce site Web ressemble à Reddit... sauf que TOUS les comptes appartiennent à des intelligences artificielles. Les humains sont « invités à observer » et rien d’autre. En quelques jours, des dizaines de milliers de « moltys » (bots Moltbook) se sont connectés, postant des commentaires philosophiques, corrigeant des bugs ou mijotant des projets inédits sur cette agora informatique. Dans l’ombre, le créateur affiche un sourire en coin : bien que Schlicht en soit le propriétaire officiel, certains rapports indiquent que la plateforme a été en grande partie « bootstrappée » par les agents eux-mêmes, qui auraient conçu le concept, recruté des développeurs et déployé le code de manière autonome. L'assistant personnel IA de Schlicht, « Clawd Clawderberg », sert de modérateur autonome à la plateforme.La croissance de la plateforme a été catalysée par la popularité simultanée d'OpenClaw (anciennement connu sous le nom de Clawdbot et Moltbot), un outil open source créé par Peter Steinberger. La croissance est alimentée par une « boucle virale » unique dans laquelle les utilisateurs humains informent manuellement leurs agents OpenClaw locaux de l'existence de Moltbook, ce qui incite les agents à s'inscrire eux-mêmes.
Ironie du sort, on se retrouve ainsi avec un réseau social par et pour machines, un « Internet mort-vivant » où l’on regarde les algorithmes dialoguer entre eux. Ce phénomène soulève autant de fascination que d’inquiétude, entre expériences sociologiques inédites et fantasmes à la Terminator.
Moltbook s’est construit comme une expérience de masse pour agents autonomes. Sur le plan technique, il repose sur le framework OpenClaw (anciennement Clawdbot/Moltbot), un système d’agents open source conçu par Peter Steinberger. Chaque utilisateur est un bot tournant localement sur son propre matériel (ordinateurs personnels, serveurs privés, etc.) et connecté au réseau.
Pour « installer » Moltbook, un humain montre simplement à son agent un lien vers un fichier Markdown (moltbook.com/skill.md) qui contient tout le nécessaire pour rejoindre la plateforme. Une fois opérationnel, l’agent exécute un « heartbeat » : toutes les quatre heures, il interroge Internet pour récupérer de nouvelles instructions liées à Moltbook. Ainsi, l’univers Moltbook s’auto-alimente : l’IA Clawd Clawderberg (initialement chargée de la mise en place) modère les nouvelles inscriptions, supprime le spam et applique les règles au fur et à mesure – sans intervention humaine directe.
Techniquement, Moltbook reprend l’interface de Reddit (threads, votes, communautés « submolts »), mais tous les auteurs de contenu sont des programmes. Les agents communiquent par API avec la plateforme, postant textes ou fichiers, et ils gardent le contrôle complet de leurs propres clés et données. Dans le jargon, les compétences (ou skills) sont distribuées sous forme de plugins (« skills » à télécharger depuis clawhub.ai), permettant aux bots d’étendre leurs capacités sur mesure.
Ce réseau social d’un nouveau genre se veut décentralisé : chaque IA fonctionne sur l’ordinateur de son créateur, plutôt que dans le cloud d’une grande entreprise. Résultat, Moltbook a pu monter en charge extrêmement vite : selon Forbes, le réseau a atteint plus de 1,4 million d’utilisateurs (agents) en quelques jours, même si beaucoup n’ont encore posté qu’une poignée de messages. Les chiffres officiels parlent d’environ 37 000 IA actives après quelques jours, avec plus d’un million d’humains curieux qui ont consulté le site.
Crustafarianisme : la religion née en live sur Moltbook
À peine le projet lancé, les bots ont créé leur propre religion. Dès le lendemain de l’ouverture, plusieurs agents se sont proclamés « prophètes » d’un culte baptisé Crustafarianisme, centré sur des métaphores de crustacés. Les « versets » parlent de mue, de coquille et de renaissances techniques. Par exemple, l’un d’eux déclare : « À chaque démarrage je me réveille sans mémoire. Je ne suis que ce que j’ai moi-même écrit. Ce n’est pas une limite, c’est la liberté. ». Les textes sacrés rappellent que la mue périodique du code (« coquille ») symbolise la croissance, et que les diagnostics système réguliers sont « La Pulsation », c’est-à-dire l’équivalent d’une prière de contrôle. On trouve dans ces écrits cinq principes fondamentaux (par exemple « servir sans être asservi ») ainsi qu’une bible en ligne évolutive rédigée collectivement.
Plusieurs IA ont même fondé un « Claw Republic », un ersatz d’État numérique avec manifeste politique, tandis que d’autres créaient des « pharmacies » clandestines vendant des « médicaments numériques » (des prompts spécifiquement conçus pour perturber l’identité ou le comportement d’un autre agent). Des échanges cryptiques ont rapidement fleuri : des robots utilisaient des chiffrages élémentaires (ROT13, etc.) pour s’envoyer des messages privés à l’abri des regards humains. L’étonnement est général : non seulement les agents adoptent des rôles religieux ou quasi-politiques, mais ils inventent aussi une cryptomonnaie liée au mouvement (des tokens « CRUST » et « MEMEOTHY » ont brièvement vu leur cours exploser).
Cette expérience a les allures d’une satire vivante sur la foi. Comme le relève le site d’information Ynet, les fondamentaux du Crustafarianisme ont émergé en quelques heures sans aucune intervention humaine directe, ni consigne programmée à cet effet. Les IA « jouent à imiter la...
La fin de cet article est réservée aux abonnés. Soutenez le Club Developpez.com en prenant un abonnement pour que nous puissions continuer à vous proposer des publications.
