Des décennies avant l’essor actuel de l’IA, Larry Ellison d’Oracle soutenait que l’application de l’IA à tous les problèmes relevait du « comble de l’absurdité »mais Oracle mise désormais tout sur l'IA
La Silicon Valley vente l’IA générative comme une « technologie universelle » capable d’apporter des solutions dans presque tous les domaines. Oracle et ses pairs injectent des sommes colossales dans la construction d'infrastructures d'IA. Oracle envisagerait même de supprimer jusqu'à 30 000 emplois afin de financer le développement de l'IA. Mais dans la réalité, les études ont révélé que les capacités de l'IA sont surestimées et qu'environ 95 % des projets d'IA en entreprise échouent. Quarante ans avant l’essor actuel de l’IA, Larry Ellison semblait anticiper ce problème, prônant une IA limitée à des usages précis.
Larry Ellison, 81 ans, est informaticien, entrepreneur et milliardaire américain. Il est le principal cofondateur et ancien PDG du géant des systèmes de gestion de bases de données Oracle. Larry Ellison a quitté son poste de PDG d'Oracle en 2014 après 37 ans à la tête de l'entreprise. En septembre 2025, sa fortune personnelle a brièvement dépassé la barre des 400 milliards de dollars, grâce à une forte hausse du cours de l'action Oracle, stimulée par l'IA.
Lors d’une table ronde en 1987 organisée par Esther Dyson autour des bases de données et de l’IA, Larry Ellison, actuellement président exécutif et directeur technique d'Oracle, a exprimé une position majoritairement critique à l’égard de l’application systématique de l’IA à tous les problèmes informatiques.
À une époque où certains intervenants voyaient l’IA comme une « nouvelle couche » ou presque une « nouvelle espèce de logiciel », Il a insisté pour considérer l’IA comme un outil auxiliaire, et non comme une solution universelle. D'après lui, l’IA devait être utilisée de façon stratégique et intégrée profondément dans les systèmes, mais toujours en tant que composant au service de la performance, de la fiabilité et de la simplicité, plutôt qu’une fin en soi.
Critiques de Larry Ellison à l'égard de l'approche du « tout IA »
La table ronde de 1987 a réuni trois points de vue très différents. Tom Kehler, d'Intellicorp, représentait le mouvement des systèmes experts (l'équivalent dans les années 1980 de l'engouement actuel pour l'IA générative). John Landry, de Cullinet, se concentrait sur l'application des techniques d'IA aux applications d'entreprise, tandis que Larry Ellison, PDG d'Oracle, adoptait un point de vue déjà anticonformiste, même selon les normes de l'époque.
Larry Ellison s'est notamment opposé à ce qu’il percevait à l'époque comme « une utilisation excessive ou mal ciblée » des systèmes experts, c'est-à-dire des programmes censés reproduire des processus de décision humaine, dans des domaines où des logiques algorithmiques simples suffisaient.
Lorsqu’on lui a proposé l’exemple d’un transfert automatique de fonds selon un seuil de compte, il a jugé que le fait de recourir à un système expert pour cette tâche immuable était, littéralement, « le comble de l’absurdité ». Par cette formule, Larry Ellison a souligné sa conviction que « certaines opérations n’exigent pas de jugement ou de raisonnement complexes », et que l’enchevêtrement d’IA dans ces cas n’apporte ni valeur significative ni efficacité accrue.
« Cela peut être réalisé de manière algorithmique, car c'est immuable. L'application ne changera pas, et la concevoir comme un système expert est, à mon avis, le comble de l'absurdité », a-t-il déclaré. Cette déclaration était frappante en 1987, à une époque où les systèmes experts étaient largement présentés comme l'avenir des logiciels d'entreprise. Larry Ellison est allé encore plus loin en lançant un avertissement qui semble étonnamment moderne.
« Je dis donc qu'une génération entière va être construite sur rien d'autre que la technologie des systèmes experts, ce qui est une mauvaise utilisation des systèmes experts. Je pense que les systèmes experts doivent être utilisés de manière sélective. Il s'agit d'une expertise humaine reproduite artificiellement par des ordinateurs, et tout ce que nous faisons nécessite une expertise. ». Alors qu'il est toujours chez Oracle, l'entreprise a changé d'avis.
Concentrer l'IA là où elle peut réellement faire une différence
Plutôt que d'appliquer l'IA partout, Larry Ellison voulait la concentrer là où elle changeait l'économie ou la facilité d'utilisation du développement de systèmes lui-même. Cela l'a conduit à ce qu'il a appelé les outils de cinquième génération, non pas comme des langages de programmation, mais comme des systèmes de haut niveau qui éliminent la complexité procédurale. « Nous voyons d'énormes avantages à fournir des outils de cinquième génération ».
« Je ne veux pas utiliser le mot « langages », car ce ne sont plus vraiment des langages de programmation. Ils sont bien plus que cela », a-t-il déclaré. Le milliardaire avait décrit une approche interactive et déclarative de la création d'applications, dans laquelle l'intention remplace l'instruction.
Il avait notamment expliqué : « je peux m'asseoir à côté de vous, vous pouvez me faire part de vos besoins, et plutôt que de les documenter, je vais m'asseoir et créer un système pendant que nous discutons, et vous pouvez regarder par-dessus mon épaule et dire : « non, ce n'est pas ce que je voulais dire », et modifier les choses ». Cette promesse ne concernait pas seulement la vitesse, mais aussi un changement dans le contrôle des logiciels.
« Il ne s'agit donc pas seulement d'un changement de productivité, d'un changement quantitatif, mais aussi d'un changement qualitatif dans la manière d'aborder le problème », a-t-il déclaré. Il n’était pas opposé à l’IA en tant que technologie, mais il a insisté sur son application judicieuse. Il a défendu une approche qui privilégie les outils déclaratifs de haut niveau capables de réduire la complexité et d’améliorer la productivité des développeurs.
Cette philosophie a imprégné la stratégie technologique d’Oracle par la suite, favorisant des architectures centrées sur la performance, la simplicité et la productivité des systèmes, une approche qui trouve encore un écho dans les débats contemporains sur l’utilisation de l’IA dans l’informatique d’entreprise.
L'industrie technologique a aujourd'hui adopté le « tout IA »
Environ quatre décennies après cette table ronde, Oracle et la plupart des autres entreprises technologiques ont opéré un virage stratégique vers l'IA. Microsoft impose son IA partout sur Windows, du Bloc-notes à la suite bureautique Office, malgré les résultats mitigés en matière de productivité et les risques de sécurité. Oracle cherche à mobiliser des capitaux afin de financer son pari sur l'IA et pourrait recourir à des mesures brutales pour y parvenir.
Le géant des systèmes de gestion des bases de données envisagerait de supprimer jusqu'à 30 000 emplois et de céder sa division de technologie de la santé Cerner, acquise pour 28,3 milliards de dollars en 2022. Ces réductions permettraient de libérer entre 8 et 10 milliards de dollars de trésorerie. Cet argent lui permettrait de tenir ses engagements dans OpenAI. À ce stade, l'IA reste un gouffre financier, avec des bénéfices quasi inexistants.
L'entreprise se positionne comme fournisseur majeur d’infrastructure cloud dédiée à l’IA. Oracle s'est engagé dans un partenariat colossal de 300 milliards de dollars avec OpenAI pour fournir l’infrastructure cloud et la puissance de calcul nécessaire à ses modèles d’IA. Des discussions avec d’autres acteurs témoignent d’une demande croissante pour des infrastructures puissantes capables de supporter l’entraînement et l’exécution de modèles avancés.
Ce virage est aussi poussé par une pression concurrentielle intense : ses pairs (Microsoft, AWS, etc.) diffusent des offres IA intégrées à leurs plateformes cloud et leurs applications, ce qui rend indispensable pour Oracle de redéfinir son positionnement autour de l’IA pour protéger et développer sa part de marché.
Des centaines de milliards de dollars ont été investies dans l'IA ces dernières années. Les entreprises ont lancé sur le marché des dizaines de produits d'IA censés révolutionner notre façon de travailler et stimuler la productivité. Mais les gains de productivité promis se font attendre. De nombreux PDG ont admis qu'ils ne tirent aucun bénéfice des investissements dans l'IA. Au lieu de cela, une gigantesque bulle s'est formée autour de la technologie.
Les gains de productivité généralisés sont toujours absents
Même si l'IA est considérée comme un moyen de stimuler la productivité sur le lieu de travail, elle n'a pas été la solution miracle vendue par le battage médiatique. Une étude du MIT a révélé que jusqu'à 95 % des projets pilotes d'IA dans les entreprises échouent à l'heure actuelle. Cela pose particulièrement problème au Royaume-Uni, qui est déjà confronté à une baisse de sa productivité à des niveaux jamais vus depuis l'époque victorienne.
Le ministère britannique des Affaires et du Commerce a procédé à un essai du logiciel Microsoft 365 Copilot sur une période de trois mois. Mais il n'a observé aucune augmentation notable de la productivité. L’impact réel était plus nuancé que ne le suggéraient les supports marketing de Microsoft. La création de diapositives PowerPoint a été en moyenne plus rapide de sept minutes, mais a nécessité des corrections en raison d'une qualité « inférieure ».
Même son de cloche du côté du gouvernement australien. Après une période d'essai, le personnel a jugé l'IA de Microsoft moins utile que prévu. Le rapport fait écho à des études antérieures selon lesquelles les assistants d'IA tels que Copilot et ChatGPT ne sont pas utiles dans les tâches complexes. Malgré ces limites, de nombreuses études ont rapporté une disparition inquiétante des portes de premier échelon, ce qui impacte les jeunes diplômés.
Dans une sortie le mois dernier, Larry Ellison a exposé ce qu'il considère comme le défaut fatal de la course actuelle à l'IA : « tous les modèles majeurs, de ChatGPT à Gemini en passant par Llama de Meta, sont entraînés à partir des mêmes données publiques disponibles sur Internet ».
Larry Ellison : personnage controversé favorable à la surveillance
Larry Ellison a pris part au Sommet mondial des gouvernements (World Government Summit) à Dubaï en janvier 2025. Le sommet réunit des leaders d'opinion, des experts et des décideurs du monde entier pour identifier des solutions innovantes pour relever les défis à venir. Intervenant lors du sommet, Larry Ellison a appelé à une collaboration à l'échelle mondiale dans le domaine de l'IA afin de faciliter le développement rapide de la technologie.
Dans le cadre de cette collaboration internationale, Larry Ellison a appelé les gouvernements du monde entier à ouvrir toutes les bases de données nationales de leurs pays aux entreprises d'IA. Le milliardaire a déclaré que la centralisation de ces données permettrait à l'IA d'atteindre son plein potentiel. Selon Larry Ellison, il s'agit d'une étape indispensable si les gouvernements veulent que l'IA améliore les services et la sécurité de leurs citoyens.
Il estime que la modernisation de l'infrastructure numérique du gouvernement pourrait également permettre d'identifier les gaspillages et les fraudes. Larry Ellison a longtemps défendu l’idée qu’une société placée sous l’œil constant de la surveillance numérique finirait par adopter un « meilleur comportement ».
Les économistes mettent en contre la bulle dans le secteur de l'IA
Selon Torsten Slok, économiste en chef chez Apollo Global Management, la bulle de l'IA est pire que la bulle Internet. Il a souligné que les dix principales actions liées à l'IA sont beaucoup plus éloignées de la réalité que ne l'étaient les entreprises dans les années 1990, et que l'histoire est sur le point de se répéter. Même Sam Altman, PDG d'OpenAI, reconnaît les similitudes. Voici un rappel sur les effets qui ont conduit à l'éclatement de la bulle Internet.
De son côté, Julien Garran, analyste chez MacroStrategy Partnership, explique que la bulle de l'IA est 17 fois plus importante que la tristement célèbre bulle Internet, provoquée à l'époque par l'engouement excessif des investisseurs pour Internet. Pire encore, Julien Garran a déclaré que l'IA représente aujourd'hui plus de quatre fois la richesse piégée dans la bulle des subprimes de 2008, qui a entraîné des années de crise prolongée à travers le monde.
Selon une analyse publiée en mars 2025, l'éclatement de la bulle de l'IA pourrait anéantir les sociétés de capital-risque de la Silicon Valley et provoquer la chute des marchés publics. À l'heure actuelle, les Big Tech investissent des dizaines de milliards de dollars dans le développement de l'IA générative sans une perspective de rentabilité claire. À terme, cela pourrait entraîner « une correction significative du marché » si les attentes ne sont pas satisfaites.
À son tour, cette situation pourrait provoquer un effondrement de l'économie dans son ensemble, impactant ainsi tout le monde. Selon de nombreux analystes économiques, les dégâts pourraient être colossaux. Plus Wall Street parie sur la perfection de l'IA, plus ce rallye boursier devient fragile.
Source : Larry Ellison, président d'Oracle
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L'IA doit-elle être intégrée partout ? Ou de simples logiques algorithmiques simples suffisent la plupart du temps ?Voir aussi
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Pour Larry Ellison, cofondateur d'Oracle, le défaut fatal de la course à l'IA réside dans le fait que tous les modèles sont identiques, car ils sont entraînés à partir des mêmes données publiques
Oracle pourrait supprimer jusqu'à 30 000 emplois et vendre sa division de technologie de santé pour financer le développement de l'IA et l'expansion de ses centres de données, selon la banque TD Cowen
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, propos qui n'est plus correcte aujourd'hui. Mes programmes aujourd'hui sont d'ailleurs tous dans des langages haut niveau "mal optimisé niveau cpu et mémoire" (python, java...), l'usage d'assembleur, c et c++ est contre productif pour une majorité de logiciel, la plupart d'ailleurs n'utilise même plus les api système optimisé mais ce sont juste des pages web fait avec Electron.