Les marchés boursiers connaissent actuellement une turbulence majeure provoquée par l'industrie de l'IA. Elle reflète deux craintes de plus en plus contradictoires : d'un côté, les investisseurs redoutent que l'IA bouleverse des pans entiers de l'économie de manière si radicale qu'ils se débarrassent des actions de toute entreprise perçue comme vulnérable face à cette technologie. De l'autre, une profonde incertitude règne quant à la capacité des géants technologiques à rentabiliser les milliards de dollars investis chaque année dans l'IA. Dans le même temps, les utilisateurs forcent les entreprises à réexaminer leur collaboration avec les agences fédérales.Le marché semble pris dans une boucle où il craint à la fois la toute-puissance de l'IA et son inefficacité économique. Cette dualité crée une situation paradoxale que Julia Wang, responsable des investissements chez Nomura International Wealth Management, qualifie de contradictoire, soulignant que ces deux craintes ne peuvent être simultanément fondées. Elles couvaient depuis des mois. Mais elles ont maintenant pris le devant de la scène boursière.
Il en a résulté une série de ventes massives qui ont frappé de plein fouet des dizaines d'entreprises dans divers secteurs, des services immobiliers à la gestion de patrimoine, en passant par les courtiers d'assurance et les entreprises de logistique. Selon un nouveau rapport de Bloomberg, les ventes d'actions ont fait perdre plus de 1 000 milliards de dollars à la valeur boursière des grandes entreprises technologiques qui investissent le plus dans l'IA.
« Il y a une contradiction dans les préoccupations des investisseurs concernant l'IA », a déclaré Julia Wang, directrice des investissements pour l'Asie du Nord chez Nomura International Wealth Management, à Bloomberg Television. « Ces deux choses ne peuvent pas être vraies en même temps ».
Ce changement marque une rupture majeure par rapport au sentiment qui prévalait ces dernières années, lorsque les spéculations selon lesquelles l'IA allait déclencher un boom de productivité transformateur continuaient de faire grimper les cours des actions. (Meta a bondi de près de 450 % entre la fin 2022 et début 2026.) Alors que les actions des Big Tech continuaient de grimper, les craintes liées à l'éclatement d'une bulle n'ont pas freiné la hausse.
Débâcle en bourse : l'industrie de l'IA face à l'heure de vérité ?
La situation a commencé à changer à la fin du mois de janvier 2026, lorsque les rapports financiers de certaines des plus grandes entreprises technologiques ont commencé à effrayer les investisseurs. Ils s'impatientent du fait que les dépenses n'ont pas encore généré de gains proportionnels en matière de revenus. À elles seules, Microsoft, Amazon, Meta et Alphabet devraient dépenser plus de 600 milliards de dollars en investissements en 2026.
Cela absorbe les flux de trésorerie disponibles et charge les entreprises d'actifs qui se déprécient, modifiant radicalement certaines des caractéristiques qui ont contribué à leur essor au cours de la dernière décennie. « C'est une situation vraiment sans issue », a déclaré Anthony Saglimbene, stratège en chef des marchés chez Amerprise Advisor Services. Les investisseurs pourraient se lasser d'attendre et retirer leurs billes, ce qui provoquera un désastre.
« Les investisseurs se contentaient de dire : « tant que cela se produit dans le futur, je suis d'accord pour que Microsoft, Amazon ou Alphabet dépensent cet argent ». Aujourd'hui, ils veulent savoir plus rapidement quand ils en verront les retombées, et nous n'avons pas de réponse claire à leur donner ».
Depuis que Microsoft et Meta ont donné le coup d'envoi de la saison des résultats du quatrième trimestre le 28 janvier, les actions de Microsoft et d'Amazon ont chacune chuté de plus de 16 %, Amazon étant enlisée dans sa plus longue série de pertes depuis environ 20 ans. Même Alphabet, la société mère de Google, largement considéré comme le plus grand gagnant de la course à l'IA dans le groupe, a perdu 11 % par rapport à son récent sommet.
L'action Meta a chuté de 13 % depuis une reprise alimentée par les résultats du quatrième trimestre. Au total, près de 1 500 milliards de dollars de valeur boursière combinée ont été effacés du groupe, poussant l'indice Nasdaq 100, fortement orienté vers les technologies, en territoire négatif pour l'année.
Les investisseurs vendent les entreprises les plus exposées à l'IA
Au cours des dix derniers jours, les investisseurs ont provoqué des effondrements rapides d'entreprises dans des secteurs aussi variés que la logistique, l'immobilier, le logiciel, le crédit privé et la gestion de patrimoine. Le déclencheur a été le lancement par Anthropic de nouveaux outils d'automatisation du travail dans divers domaines, de la recherche juridique aux services financiers, provoquant des ventes massives d'actions allant d'Expedia à Salesforce.
Les courtiers d'assurance ont chuté à cause d'un autre programme lié à OpenAI. Un programme développé par la startup Altruist Corp. a porté un coup dur à des gestionnaires de fortune tels que Charles Schwab Corp. et Raymond James Financial inc. Même un communiqué de presse publié par une ancienne société de karaoké dont le chiffre d'affaires trimestriel est inférieur à 2 millions de dollars a fait chuter les actions des entreprises de logistique.
Le marché a déjà connu des débâcles liées à l'IA qui ont ensuite été inversées, comme celle déclenchée par la startup chinoise DeepSeek au début de l'année dernière. Et pour beaucoup, cette vente frénétique semble être une nouvelle réaction excessive, d'autant plus que l'IA, plutôt que de remplacer des entreprises entières, pourrait bien finir par les rendre plus rentables. Cela dit, les promesses en matière de productivité tardent à se concrétiser.
La situation actuelle est bien pire que lors de la bulle des dotcoms
Edward (Ed) Benjamin Zitron, auteur, podcasteur et spécialiste des relations publiques anglais, a rapporté le mois dernier : « la situation actuelle est bien pire que celle qui prévalait lors de la bulle Internet ». De nombreux PDG ont admis qu'ils ne tirent aucun bénéfice des investissements dans l'IA. Au lieu de cela, une gigantesque bulle s'est formée autour de l'IA et son éclatement pourrait effacer des centaines de milliards de dollars d'investissements.
Il a rappelé quelques chiffres clés de la bulle Internet d'il y a vingt ans. Le capital-risque américain a investi 11,49 milliards de dollars (23,08 milliards de dollars actuels) en 1997, 14,27 milliards de dollars (28,21 milliards de dollars actuels) en 1998, 48,3 milliards de dollars (95,50 milliards de dollars actuels) en 1999 et plus de 100 milliards de dollars (197,71 milliards de dollars) en 2000, pour un total de 344,49 milliards de dollars (en dollars actuels).
Ce montant représente seulement 6,174 milliards de dollars de plus que les 338,3 milliards de dollars levés en 2025, dont 40 à 50 % (environ 168 milliards de dollars) ont été investis dans l'IA générative. En 2024, les startups nord-américaines spécialisées dans l'IA ont levé environ 106 milliards de dollars.
À partir de ces données, Edward Zitron explique que la bulle actuelle est en fait « bien pire » que la bulle Internet, parce que les sommes investies sont presque aussi importantes et que l’écart entre promesse et réalité économique semble encore plus grand. Selon le New York Times, « 48 % des entreprises de l'ère des dotcoms créées depuis 1996 existaient encore fin 2004, soit plus de quatre ans après le pic atteint par le Nasdaq en mars 2000 ».
Le scepticisme à l'égard de l'IA persiste en raison des risques
Le grand public et certains experts craignent que l'IA n'entraîne des pertes d'emplois massives dans les années à venir. La construction rapide de centres de données suscite...
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