Richard Stallman critique l'IA, les voitures connectées, les smartphones et les DRM : « Ce sont des menaces pour la liberté, la vie privée et les données personnelles. »Richard Stallman, fondateur de la Free Software Foundation et fervent défenseur de la liberté logicielle, critique de façon régulière les tendances technologiques modernes qui restreignent l'autonomie des utilisateurs à l’instar d’un Windows 11 pointé du doigt par sa Free Software Foundation comme un instrument de privation des utilisateurs de leur liberté et de leur autonomie numérique. Dans ses récentes interventions publiques, il qualifie l'intelligence artificielle, les appareils connectés à Internet et la gestion des restrictions numériques de menaces majeures pour la liberté, la vie privée et les données personnelles.
Stallman s'oppose avec fermeté à l'engouement médiatique autour de l'intelligence artificielle, en particulier des grands modèles de langage (LLM) tels que ChatGPT, qu'il qualifie d’intelligence factice. Il affirme que ces systèmes ne savent ni ne comprennent rien, mais utilisent plutôt des modèles statistiques pour prédire des textes, ce qui en fait des imposteurs sophistiqués et peu fiables plutôt que des êtres intelligents. Il estime qu'il est dangereux de qualifier ces systèmes d'intelligents, car cela incite les gens à leur confier des tâches critiques malgré leur fort potentiel d'erreurs. Il note que les modèles d'intelligence artificielle ne sont en général pas des logiciels libres et fonctionnent comme des boîtes noires où les données d'entraînement et les logiciels sont gardés secrets, empêchant les utilisateurs de les contrôler.
Le fondateur de la Free Software Foundation met en garde contre les appareils modernes connectés à l'Internet et les voitures connectées, qu'il qualifie de « malveillants » et « dangereux » car ils permettent une surveillance constante. La plupart des appareils IoT grand public, y compris les voitures modernes, communiquent avec les serveurs des fabricants, ce qui leur permet de suivre l'activité des utilisateurs. Il critique l'utilisation de la gestion des droits numériques (DRM) dans les voitures, où les fabricants limitent l'accès à des fonctionnalités déjà installées et payantes (comme les sièges chauffants) derrière des murs payants.
Stallman est connu pour refuser de posséder un téléphone portable, les qualifiant de dispositifs portables de surveillance et de suivi. Il affirme que les smartphones permettent de surveiller la localisation, les conversations et l'activité en ligne des utilisateurs. Comme les smartphones fonctionnent avec des systèmes d'exploitation et des logiciels propriétaires qui ne peuvent être vérifiés en entier ou contrôlés par l'utilisateur, il estime qu'ils sont intrinsèquement contraignants.
Stallman lutte contre les DRM depuis des décennies, exposant clairement son point de vue dans son récit dystopique de 1997, « Le droit de lire ». Il définit les DRM comme une « gestion des restrictions numériques » plutôt que comme des « droits », arguant qu'elles traitent les utilisateurs comme des ennemis et leur retirent le contrôle des médias et des appareils numériques. Il estime que la technologie doit être au service de l'utilisateur, alors que la DRM garantit que la technologie sert les intérêts du fabricant ou de la société de médias au détriment des droits de l'utilisateur.
La posture du fondateur de la Free Software Foundation en matière d’intelligence artificielle apparaît comme une contradiction de celles d’acteurs de la filière technologique comme Elon Musk qui estime que les personnes intelligentes qui pensent que l'IA ne pourrait pas l'être plus qu'elles sont « bien plus bêtes qu'elles ne le pensent. » En effet, deux groupes s’opposent lorsqu’on parle d’intelligence artificielle : celui de ceux qui la considèrent comme un outil et celui des intervenants de la filière du développement de logiciels qui sont d’avis qu’elle peut déjà être considérée comme un collègue à part entière. Chez Amazon par exemple, on exhorte les employés à considérer les outils d’intelligence artificielle comme des collègues à part entière.
L’un des débats les plus importants lorsqu’on parle des dispositifs connectés à Internet est celui de leur utilité face aux risques liés à leur utilisation, notamment, le piratage et l’intrusion dans la vie privée de leurs possesseurs. Les dispositifs connectés d'Amazon font partie de ceux qui ravivent les échanges contradictoires à ce propos. Les Amazon Ring, par exemple, sont en principe des solutions de sécurité intelligentes qui permettent à des tiers de surveiller leurs domiciles depuis n’importe quel lieu. Avec une sonnette connectée Ring, il est possible d’échanger avec des personnes se trouvant devant la sonnette (équipée d’une caméra) depuis un FireTV, un Echo Show, un Echo Spot ou un haut-parleur Echo. L’inconvénient est néanmoins que c’est une espèce d’œil en permanence ouvert sur ce qui se passe aux alentours et à l’intérieur d’un domicile. Les équipes d’Amazon ont accès à ces contenus vidéo et l’entreprise fait savoir qu’elle entretient une infrastructure réseau via laquelle elle les met à disposition des forces de l’ordre.
A l’ère du tout connecté, un véhicule pose les mêmes soucis en lien avec la collecte des données et la vie privée qu’un smartphone. C’est donc à l’utilisateur d’aller de plus en plus à la recherche de solutions susceptibles de diminuer son empreinte numérique via ces appareils. Richard Stallman a choisi de ne pas posséder de téléphones portables. De solutions additionnelles sont disponibles pour l’atteinte de cet objectif.
On a par exemple beaucoup parlé des smartphones Linux orientés sécurité et vie privée. On peut en sus citer le Murena One X2. Il s'agit du premier téléphone Android haut de gamme utilisant la bifurcation open-source /e/OS Android à être commercialisé. Le cœur de la confidentialité du Murena One est /e/OS V1. /e/ est un système d’exploitation open source basé sur Android, exempt des produits Google et doté de ses propres services Web (non obligatoires), créé par le développeur de logiciels français et fondateur de la distribution Linux Mandrake, Gaël Duval. Grosso modo, le contexte impose aux utilisateurs de produits et services en ligne de s’intéresser aux solutions respectueuses de leur vie privée.
Et à cet effet, le dépôt GitHub Awesome Privacy liste une panoplie d’alternatives gratuites et open source. « Lorsque vous utilisez des services d'intelligence artificielle dans le nuage, les données que vous saisissez sont souvent collectées et stockées par le fournisseur de services. Il peut s'agir non seulement du contenu de vos demandes, mais aussi de métadonnées, telles que les horodatages ou les adresses IP. Les serveurs tiers peuvent donner accès à vos données à leurs employés, partenaires ou même à d'autres utilisateurs, en fonction de leur politique de confidentialité. Les données peuvent être utilisées à diverses fins, notamment pour la formation des modèles, la recherche ou même les activités de marketing. Vos demandes auprès d'un service d'IA tiers peuvent être liées à vos informations d'utilisateur et à vos détails de paiement, ce qui permet de relier vos données à votre identité », indiquent les mainteneurs qui proposent donc des alternatives au cas par cas.
Et vous ?
Partagez-vous l’avis de Richard Stallman selon lequel on devrait parler d’intelligence factice plutôt que d’intelligence artificielle ? Partagez-vous les avis selon lesquels c’est de l’exagération que de considérer l’intelligence artificielle comme un collègue à part entière ?
Que pensez-vous de la posture de Richard Stallmann de ne pas posséder de téléphone portable pour se prémunir des intrusions ? Quelle est votre approche personnelle en matière de gestion des appareils connectés et de préservation de votre vie privée ?
Vous avez lu gratuitement 2 655 articles depuis plus d'un an.
Soutenez le club developpez.com en souscrivant un abonnement pour que nous puissions continuer à vous proposer des publications.
Soutenez le club developpez.com en souscrivant un abonnement pour que nous puissions continuer à vous proposer des publications.