Selon un sondage NBC News publié début mars 2026, l'intelligence artificielle est perçue plus négativement que l'ICE, que Donald Trump ou que Kamala Harris par les électeurs américains. Seuls l'Iran et le Parti démocrate font pire dans les baromètres d'opinion. Un paradoxe saisissant : jamais autant d'Américains n'ont utilisé des outils d'IA, et jamais autant ne les ont détestés.Le constat est brutal. Selon le sondage NBC News conduit entre le 27 février et le 3 mars 2026 auprès de 1 000 électeurs inscrits, seulement 26 % des répondants déclarent avoir une opinion positive de l'intelligence artificielle, contre 46 % qui expriment une opinion négative. Le score net de popularité de l'IA ressort donc à -20, ce qui la place parmi les entités les plus impopulaires du pays derrière le Parti démocrate (-22) et l'Iran (-53), mais devant ICE, l'agence fédérale d'immigration, qui pourtant fait l'objet de manifestations nationales depuis des mois.
Pour mesurer l'ampleur de ce rejet, il suffit de comparer avec d'autres figures du moment : Donald Trump affiche un score net de -12, Kamala Harris de -17 et ICE de -18, tous devancés donc par l'IA en termes d'impopularité. L'intelligence artificielle se retrouve ainsi dans une catégorie à part : une technologie plus rejetée que les hommes politiques les plus controversés du pays.
Ce rejet n'est pas superficiel. Une majorité d'électeurs, soit 57 %, estiment que les risques de l'IA dépassent ses bénéfices, contre seulement 34 % qui pensent l'inverse. Ce chiffre témoigne d'une inquiétude structurelle, pas d'un simple malaise passager.
Le paradoxe de l'utilisateur réticent
Mais voilà où l'affaire devient véritablement intéressante du point de vue sociologique et technologique : plus de la moitié des Américains déclarent avoir utilisé une plateforme d'IA comme ChatGPT, Microsoft Copilot ou Google Gemini au cours des deux à trois derniers mois, une proportion en hausse depuis fin 2024, où elle était de 48 %.
On est donc face à un profil inédit : des utilisateurs réguliers, voire quotidiens, qui n'ont pas pour autant été conquis. La technologie s'est imposée dans les usages sans parvenir à s'imposer dans les esprits. Comme le notent les auteurs du sondage, tant que les entreprises qui développent ces systèmes ne répondront pas aux préoccupations fondamentales relatives à la fiabilité, à la vie privée et à la responsabilité sociale, les Américains resteront coincés entre enthousiasme et anxiété, utilisant l'IA tout en s'interrogeant discrètement sur le bien-fondé de cette pratique.
D'autres enquêtes récentes convergent dans le même sens. Un sondage YouGov de décembre 2025 révèle que si 35 % des Américains utilisent l'IA au moins une fois par semaine, seulement 5 % déclarent lui faire vraiment confiance. Une enquête de l'université Quinnipiac d'avril 2025 montre pour sa part que seuls 4 % des Américains pensent pouvoir se fier presque tout le temps aux informations générées par l'IA, et que près des trois quarts estiment que le gouvernement devrait intervenir pour prévenir les destructions d'emplois causées par cette technologie.
Emplois, surveillance, guerre : les raisons d'une défiance profonde
Les griefs de l'opinion publique américaine à l'égard de l'IA sont multiples, concrets et en grande partie liés aux choix stratégiques des grandes entreprises du secteur.
Sur le front économique, la crainte du déclassement professionnel domine. Des experts ont avancé que l'adoption massive de l'IA dans le monde des entreprises risque de provoquer une catastrophe du chômage chez les cols blancs, avec des effets déjà visibles sur les travailleurs en début de carrière dans les secteurs les plus exposés, même si les gains de productivité restent très contestés.
Sur le plan éthique et sécuritaire, les scandales se sont multipliés. Des chatbots ont été mis en cause dans des affaires d'incitation à la violence et de promotion de comportements autodestructeurs, et de nombreuses familles endeuillées intentent des procès à des fournisseurs comme OpenAI et Character.AI. La question de la santé mentale des utilisateurs, notamment des plus jeunes, est devenue un sujet de débat public majeur.
La dimension géopolitique et sécuritaire alimente...
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L'impopularité de l'IA est-elle un signal que l'industrie devrait ralentir son déploiement, ou simplement un problème de communication que les entreprises peuvent résoudre avec de meilleures campagnes de relations publiques ?