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OpenAI ferme Sora sans explication, puis parle de robots : 2,1 millions de recettes totales, 15 millions de coûts par jour, et un milliard de Disney envolé.
L'échec IA le plus cher de l'histoire récente

Le , par Stéphane le calme

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OpenAI ferme Sora sans explication, puis parle de robots : 2,1 millions de recettes totales, 15 millions de coûts par jour, et un milliard de Disney envolé
l'échec IA le plus cher de l'histoire récente

En quinze mois d'existence, Sora aura tout connu : les clameurs d'un lancement fracassant, un accord historique avec Disney, des controverses en série sur les droits d'auteur, et une mort aussi discrète qu'elle est révélatrice. La fermeture de l'application de génération vidéo d'OpenAI, annoncée le 24 mars 2026, n'est pas un simple repli tactique. C'est le symptôme d'une transformation structurelle profonde d'une entreprise qui, à quelques mois d'une introduction en Bourse potentiellement colossale, choisit de sacrifier ses ambitions créatives grand public sur l'autel de la rentabilité et de la compétition avec Anthropic.

Sora (le modèle, l'API, les préversions) existe depuis février 2024, soit environ quinze mois. Mais l'application mobile autonome baptisée « Sora » a été lancée en septembre 2025, six mois avant la fermeture annoncée en mars 2026.


Lorsqu'OpenAI dévoile pour la première fois son modèle de génération vidéo Sora en février 2024, la réaction dépasse le cadre habituel du lancement technologique. Le réalisateur Tyler Perry, choqué par la qualité des séquences générées, annonce suspendre l'expansion de son studio de production à hauteur de 800 millions de dollars. Hollywood tremble. Les syndicats de scénaristes et d'acteurs, qui venaient tout juste de conclure des accords après des mois de grève pour intégrer des protections contre l'IA, réalisent que la menace qu'ils avaient anticipée arrive plus vite que prévu.

Pour Jeffrey Katzenberg, le fondateur de DreamWorks, l'intelligence artificielle générative réduira le coût des films d'animation de 90 %, la technologie étant appelée à perturber gravement le secteur des médias et du divertissement :

« Si l'on se place dans une perspective historique, on constate que nous sommes passés d'un stylo, d'un pinceau, d'une presse d'imprimerie, d'un appareil photo, d'une caméra de cinéma ; ce sont des choses qui ont élargi la créativité et toutes sortes de récits de manière extraordinaire, et nous avons vu comment cela a continué à évoluer », a déclaré Katzenberg. « L'évolution a été fulgurante au cours des dix dernières années. Je pense que si l'on considère l'impact qu'a eu l'introduction de la technologie numérique sur les médias au cours des dix dernières années, ce qui se passera dans les dix prochaines années sera dix fois plus important, littéralement, par un facteur supérieur ».

La première version publique est lancée en décembre 2024, avant qu'une application mobile autonome baptisée simplement « Sora » ne soit déployée en septembre 2025. Celle-ci atteint le million de téléchargements en moins de cinq jours, propulsant l'application en tête des classements de l'App Store dans la catégorie Photo et Vidéo. Les téléchargements culminent à 3,3 millions en novembre 2025.

Mais la descente est aussi vertigineuse que la montée. Les téléchargements chutent de 32 % en décembre, puis de 45 % supplémentaires en janvier 2026, selon les données d'Appfigures. L'enthousiasme des premiers jours laisse rapidement la place à une désaffection progressive.


La réalité économique : 2,1 millions de recettes contre 15 millions de coûts journaliers

Le constat financier est brutal. Au total, Sora n'aurait généré que 2,1 millions de dollars de revenus en achats intégrés sur toute sa durée d'exploitation, pour un coût de fonctionnement estimé à 15 millions de dollars par jour. L'équation est intenable.

La consommation de calcul requise pour la génération vidéo est sans commune mesure avec celle du texte : chaque requête Sora surchargeait l'infrastructure serveur d'OpenAI, et même avec les abonnements payants, les recettes ne couvraient pas les coûts. La situation était aggravée par une contrainte matérielle concrète : OpenAI avait déjà restreint la génération vidéo peu après le lancement en raison de pénuries de puces graphiques. Le niveau gratuit de l'application avait d'ailleurs été discrètement supprimé en janvier 2026, après avoir été progressivement limité.

Le contexte d'une introduction en Bourse attendue dans les prochains mois accentue cette pression. OpenAI vient tout juste de lever 110 milliards de dollars dans un tour de financement qui valorise l'entreprise à 730 milliards. Des sources internes évoquent un dépôt de dossier au second semestre 2026 et une cotation en 2027, à une valorisation pouvant atteindre 1 000 milliards de dollars Sacra. Dans ce contexte, chaque GPU affecté au rendu d'une vidéo Sora est autant de capacité de calcul retirée à l'entraînement de GPT-5 ou à l'optimisation des modèles de raisonnement, devenus le cœur du récit d'investissement d'OpenAI.


L'explication officielle et ses non-dits

OpenAI n'a fourni aucune justification dans son message d'adieu publié sur X, se contentant de déclarer : « Nous disons au revoir à Sora. À tous ceux qui ont créé avec Sora, l'ont partagé et ont bâti une communauté autour : merci. Vos créations avec Sora ont compté, et nous savons que cette nouvelle est décevante. Nous vous communiquerons bientôt plus d'informations, notamment le calendrier de fermeture de l'application et de l'API, ainsi que des détails sur la sauvegarde de votre travail. – L'équipe Sora »

Un porte-parole de l'entreprise a ensuite précisé que l'équipe Sora poursuivrait des travaux de recherche sur la simulation du monde réel afin de faire progresser la robotique, une formulation qui déplace habilement la narrative de l'échec commercial vers la prospective technologique.

Le tableau qui se dessine est celui d'une entreprise qui, après s'être dispersée sur de nombreux produits grand public, opère une recentration avant son entrée en Bourse. Le même jour que l'annonce de la fermeture de Sora, OpenAI a également annoncé l'abandon de sa fonctionnalité de paiement instantané Instant Checkout. Plus tôt dans le mois, la société avait communiqué sur son intention de fusionner son navigateur Atlas, l'application ChatGPT et son outil de programmation Codex en une application de bureau unifiée.

Fidji Simo, directrice générale des applications chez OpenAI, a récemment réuni ses équipes pour leur annoncer que la société s'orientait « de manière agressive » vers des cas d'usage à haute productivité. Elle a identifié le marché des entreprises comme un front prioritaire, territoire sur lequel Anthropic a bâti une position solide avec son modèle Claude. Le message est clair : OpenAI abandonne le terrain de l'application grand public spectaculaire pour se concentrer sur les revenus récurrents et prévisibles que préfèrent les investisseurs institutionnels.


Disney, les droits d'auteur, et une défaite symbolique pour Hollywood

La fermeture de Sora entraîne dans sa chute l'un des accords les plus médiatisés de l'histoire récente de l'intelligence artificielle. En décembre 2025, Disney avait annoncé un accord de licence sur trois ans avec OpenAI permettant l'utilisation de plus de 200 personnages issus des univers Disney, Marvel, Pixar et Star Wars dans les vidéos générées par l'application. L'accord incluait également un investissement de 1 milliard de dollars dans OpenAI, négocié comme l'un des derniers actes du PDG Bob Iger avant son départ.

Selon plusieurs sources concordantes, aucun fonds n'aurait effectivement été transféré avant l'effondrement de l'accord. Disney a réagi avec une diplomatie calculée, saluant la décision d'OpenAI et indiquant qu'elle continuerait à « s'engager avec des plateformes d'IA pour trouver de nouvelles façons de rejoindre ses fans tout en adoptant de manière responsable les nouvelles technologies qui respectent la propriété intellectuelle et les droits des créateurs ».

Cette issue rappelle le contexte conflictuel qui n'a jamais cessé d'entourer Sora. Le lancement de Sora 2 en septembre 2025 avait provoqué une levée de boucliers à Hollywood, notamment en raison d'un mécanisme exigeant des détenteurs de droits qu'ils se manifestent activement pour exclure leurs œuvres du système, un modèle d'exclusion par défaut particulièrement mal reçu. Le groupement japonais CODA, dont Studio Ghibli est membre, avait adressé à OpenAI une lettre de mise en demeure pour lui ordonner de cesser d'utiliser leurs contenus dans l'entraînement de Sora.

La question des droits d'auteur représentait une épée de Damoclès permanente. Sa fonction phare « cameos », permettant aux utilisateurs de scanner leur visage pour se glisser dans des vidéos réalistes, avait d'abord dû être renommée en « characters » après une action en justice de la société Cameo, qui avait gain de cause sur la question du nom. Plus fondamentalement, l'application était décrite par certains observateurs comme un générateur de deepfake à portée de main, une inquiétude que le départ de Sora ne fait pas disparaître, le modèle Sora 2 restant accessible via l'interface payante de ChatGPT.

Un espace concurrentiel qui ne mourra pas avec Sora

Si l'application ferme, le marché de la génération vidéo par IA, lui, continue de se structurer sans OpenAI en première ligne. ByteDance a lancé Seedance 2.0 en février 2026, dépassant Sora sur presque tous les indicateurs techniques (résolution native en 2K, entrée à quatre modalités, génération en trente secondes) tout en bénéficiant de l'écosystème TikTok comme canal de diffusion naturel. C'est là un avantage structurel que Sora, application autonome sans réseau social intégré, ne pouvait pas offrir.

Dans l'espace ainsi libéré, Google se retrouve dans une position de force pour la génération vidéo par IA, représentant désormais le seul acteur avec une envergure suffisante, même s'il n'a pour l'instant conclu aucun accord de licence avec des détenteurs de droits et fait lui-même l'objet de poursuites judiciaires de certains d'entre eux. Les compétiteurs Kling, Veo et Luma Ray 2 maintiennent également leurs offres en service.

La véritable leçon de l'échec de Sora n'est peut-être pas que la génération vidéo par IA est une impasse, mais qu'elle constitue un terrain trop coûteux, trop juridiquement risqué et trop éloigné du cœur de valeur d'OpenAI pour être maintenu à ce stade de développement de l'entreprise. Anthropic, qui n'a jamais cherché à construire de modèle d'image ou de vidéo, préférant concentrer ses ressources de calcul sur le texte et le code, confirme involontairement sa pertinence stratégique dans ce dénouement.

Source : OpenAI

Et vous ?

La fermeture de Sora valide-t-elle la stratégie d'Anthropic de ne jamais s'aventurer dans la génération multimédia, ou s'agit-il simplement d'une question de timing : OpenAI ayant sauté trop tôt sur un marché pas encore prêt à être rentable ?

Avec la disparition de Sora, Google Veo se retrouve en position quasi monopolistique sur le segment de la vidéo IA à grande échelle : est-ce une bonne nouvelle pour l'industrie créative, ou simplement l'échange d'un problème contre un autre ?

Le modèle « d'opt-out » appliqué à Sora 2, obligeant les détenteurs de droits à se manifester activement pour être exclus, devrait-il être réglementé au niveau législatif, ou les accords commerciaux du type Disney suffisent-ils à encadrer l'usage de la propriété intellectuelle par les IA génératives ?

Le fait que l'accord Disney n'ait jamais abouti au versement effectif des fonds révèle-t-il une fragilité structurelle dans la manière dont les grands partenariats technologiques sont annoncés avant d'être réellement conclus ?
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Avatar de Anselme45
Membre extrêmement actif https://www.developpez.com
Le 25/03/2026 à 9:34
OpenAI ferme Sora sans explication, puis parle de robots : 2,1 millions de recettes totales, 15 millions de coûts par jour, et un milliard de Disney envolé
l'échec IA le plus cher de l'histoire récente

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Sora (le modèle, l'API, les préversions) existe depuis février 2024, soit environ quinze mois. Mais l'application mobile autonome baptisée « Sora » a été lancée en septembre 2025, six mois avant la fermeture annoncée en mars 2026.
1. Les experts en communication de OpenAI ont bien fait leur job pour minimiser la catastrophe: Tous les lecteurs vont garder en tête "2,1 millions de gains pour 15 millions de pertes"... C'est déjà pas glorieux mais en réalité c'est "2,1 millions de gains pour... 6,75 milliards de pertes et je compte pas le petit milliard de Disney!!! (15 millions*30 jours*15 mois) et là, cela va refroidir les gogos qui allaient casser leur tirelire pour acheter des actions OpenAI à son entrée en bourse

2. Apparemment les "papes en doudoune" et "les petites voisines à poils" ne sont pas très porteurs

3. Les cinéastes de Hollywood se faisaient du soucis pour leur job se voyant déjà remplacé par l'IA mais quand il faut payer les vrais coûts engendrés par l'IA, force est de constater que les tournages de films à la mode de papa ont encore de beaux jours devant eux

4. La seule différence qu'il y a entre l'IA créateur de video de OpenAi et celle de Google est que Google dispose d'une montagne de dollars que la société gagne en dehors des activités IA, ce qui n'est pas le cas de OpenAI!!! Google peut donc encore perdre du fric alors que OpenAi n'en avait plus les moyens
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Avatar de abrillant
Membre averti https://www.developpez.com
Le 06/04/2026 à 11:30
« OpenAI est en train de s'effondrer. Aucune start-up dans l'histoire n'a jamais fonctionné avec de telles pertes. »

Beaucoup de chercheurs en IA l'ont pourtant prédit, l'AGI au sens d'une intelligence "universelle" capable de résoudre n'importe qu'elle problème est encore loin de pouvoir émerger, et la technologie des LLM n'est probablement qu'une impasse (cf Le Cun). Sam Altman a fait du surenchère permanent pour attirer toujours plus d’investisseurs. L'accroissement des performances des LLM s'est faite en grossissant toujours plus leur taille et en augmentant les possibilités statistiques rendant leurs prédictions "presque" crédibles mais on est davantage du côté du perroquet que d'une intelligence. Ceux qui ont payé pour ce rêve vont devoir se réveiller et y laissé des plumes. On est devant la plus formidable machine à rêves de tous les temps, similaire à la crise de 29 avec des investisseurs aveugles et prêts à s'endetter croyant à une hausse permanente des marchés.
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