En l'espace de quelques semaines, Anthropic a multiplié par plus de trois son taux de revenus annualisés, signé le plus grand accord de calcul de son histoire avec Google et Broadcom, et révélé une croissance entreprise qui défie toutes les projections. Derrière les chiffres vertigineux, une question de fond : jusqu'où l'industrie de l'IA peut-elle croître avant que les contraintes physiques (électricité, silicium, eau) ne deviennent les véritables limites du marché ?Anthropic a publié une annonce qui a immédiatement secoué les marchés financiers et les cercles technologiques : la startup spécialisée en intelligence artificielle derrière les modèles Claude a révélé que son taux de revenus annualisés (ce que l'on appelle le run rate, soit une projection des revenus actuels sur douze mois) a désormais dépassé les 30 milliards de dollars. Ce chiffre représente plus du triple des 9 milliards enregistrés à fin 2025. Pour mettre les choses en perspective : il y a à peine deux ans, Anthropic était encore considéré comme un acteur de niche, pesant quelques centaines de millions de revenus.
En parallèle, l'entreprise a annoncé un accord tripartite avec Google et Broadcom pour sécuriser plusieurs gigawatts de capacité de calcul de nouvelle génération, basée sur les TPU (Tensor Processing Units) de Google, à partir de 2027. Selon un dépôt réglementaire de Broadcom, Anthropic s'est engagé à consommer environ 3,5 gigawatts de cette capacité de calcul à travers les puces TPU fournies par Broadcom pour Google. Pour saisir l'ampleur de ce chiffre, rappelons que la consommation électrique totale de l'ensemble des data centers de Google dans le monde en 2024 tournait autour de 3,7 gigawatts : Anthropic s'apprête donc à absorber, à elle seule, l'équivalent de la quasi-totalité de ce parc pour ses seuls besoins de calcul IA.
De 9 à 30 milliards : une croissance hors normes
Le taux de revenus annualisés d'Anthropic a franchi le seuil des 30 milliards de dollars, contre 9 milliards à la fin 2025. La société a également indiqué que plus de 1 000 clients entreprises dépensent chacun plus d'un million de dollars par an sur ses services. Ce dernier chiffre est particulièrement significatif : ce nombre de grands comptes a plus que doublé depuis février, date à laquelle Anthropic avait annoncé sa levée de fonds de Série G.
Huit des dix premières entreprises mondiales du classement Fortune font aujourd'hui tourner des charges de travail critiques sur Claude. Ce niveau de pénétration dans le tissu des grandes corporations mondiales illustre à quel point les modèles Claude sont passés, en quelques mois, du statut d'outil expérimental à celui d'infrastructure d'entreprise à part entière. Les analystes de Mizuho estimaient que Broadcom engrangerait 21 milliards de dollars de revenus IA en provenance d'Anthropic pour 2026, et 42 milliards en 2027.
La croissance est aussi dopée par le succès de Claude Code, l'outil de développement assisté par IA qui a connu une adoption exponentielle auprès des équipes techniques. La progression des revenus est portée en partie par la demande autour de Claude Code et par l'adoption entreprise plus large.
L'accord Google-Broadcom-Anthropic : une chaîne de valeur verticale
Pour comprendre la nature de cet accord, il faut saisir la division du travail entre les trois acteurs. Google conçoit l'architecture des TPU (ses puces d'accélération IA maison) et en contrôle le logiciel système. Broadcom intervient comme partenaire d'implémentation silicium : il traduit les spécifications de Google en circuits intégrés fabriqués, en fournissant notamment les interfaces SerDes haute vitesse, les systèmes de gestion d'alimentation et le packaging avancé. TSMC (Taiwan Semiconductor Manufacturing Company) assure la fabrication physique. Anthropic, en bout de chaîne, s'engage à consommer la puissance résultante pour entraîner et faire tourner ses modèles Claude.
Broadcom a par ailleurs signé un accord de long terme distinct avec Google pour concevoir et fournir les prochaines générations de puces TPU personnalisées, ainsi qu'un accord d'assurance d'approvisionnement pour fournir des composants réseau et autres équipements pour les racks IA nouvelle génération de Google, jusqu'en 2031.
Ce montage n'est pas anodin sur le plan stratégique. Broadcom est ainsi devenu le partenaire d'implémentation silicium de deux des trois plus grands développeurs de modèles d'IA de pointe aux États-Unis, Anthropic et OpenAI, cette dernière ayant conclu un accord de codéveloppement de 10 gigawatts avec Broadcom en octobre 2025. Le CEO de Broadcom, Hock Tan, a depuis longtemps parié sur l'incapacité des hyperscalers à concevoir seuls leurs accélérateurs personnalisés, et les faits semblent lui donner raison.
Le risque Broadcom : quand les régulateurs exigent la transparence
Mais derrière les fanfares, un détail révélateur s'est glissé dans le dépôt réglementaire de Broadcom. Le document précise que la consommation de cette capacité de calcul étendue par Anthropic est conditionnelle à la poursuite du succès commercial d'Anthropic, et que les parties sont en discussion avec certains partenaires opérationnels et financiers. Autrement dit, Broadcom a jugé nécessaire d'inscrire noir sur blanc, dans un document légal destiné aux autorités de marché, que l'accord est soumis à la capacité d'Anthropic à continuer de...
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Le modèle économique d'Anthropic (dépenser massivement en calcul pour rester à la pointe, en espérant que la croissance des revenus suive) est-il viable à long terme, ou s'agit-il d'une bombe à retardement financière ?