Les droits de douane imposés par Donald Trump lui-même sapent ses ambitions en matière de centres de données pour l'IAprès de 50 % des projets de construction ont été reportés ou annulés
Donald Trump encaisse le retour de bâton de ses droits de douane. Il rencontre des obstacles majeurs dans sa volonté d'accélérer la construction de centres de données pour l'IA en vue de maintenir le leadership technologique des États-Unis. Les droits de douane imposés à la Chine freinent l'importation de composants électriques essentiels, créant ainsi des délais massifs que l'industrie américaine ne peut pas encore compenser. Près de 50 % des projets de centres de données sont retardés ou annulés, ce qui plonge les géants tels que Microsoft et OpenAI en difficulté. En outre, la hausse des prix de l'électricité et l'impact environnemental suscitent une levée de boucliers.
Le président Donald Trump a fait de la construction rapide de centres de données dédiés à l'IA une priorité nationale absolue. Son objectif principal est de garantir que les États-Unis remportent la course technologique contre la Chine. Cependant, cette ambition se heurte aujourd'hui à des obstacles structurels majeurs, au point que près de la moitié des projets prévus pour cette année sont actuellement reportés ou annulés, avec des perspectives sombres.
Les expertes rapportent que Donald Trump fait face aux conséquences négatives de ses politiques agressives en matière de droit de douane et d'immigration. Peu après sa prise de fonction le 20 janvier 2025, Donald Trump a imposé des droits de douane tous azimuts, punissant sévèrement la Chine.
Le président américain Donald Trump et ses responsables économiques ont souligné que, grâce aux droits de douane, de nombreux emplois manufacturiers seraient finalement réimplantés aux États-Unis, ce qui permettrait d'employer des millions d'Américains. Mais Dan Ives, responsable mondial de la recherche technologique pour la société de services financiers Wedbush Securities, avait confié à Erin Burnett, de CNN, que cette idée était une utopie.
L'impact contre-productif des droits de douane de Trump
En raison de la guerre commerciale de Donald Trump contre la Chine, les promoteurs ne peuvent pas importer suffisamment de transformateurs, d’appareillages de commutation et de batteries pour construire l’infrastructure électrique dont chaque centre de données a besoin. Le secteur traverse une crise majeure. Cet état de choses souligne que les États-Unis restent très dépendants de la Chine, malgré des années d'efforts pour rapatrier la production.
La Chine fabrique ces composants principalement pour des fournisseurs américains « depuis des décennies ». Ces composants nécessitaient auparavant un délai de livraison compris entre 24 et 30 mois avant 2020. Aujourd’hui, les délais d’attente peuvent atteindre cinq ans. Ce retard pourrait avoir son importance. En effet, certains analystes affirment que la Chine aurait environ 5 ans de retard sur les États-Unis dans la course à l’IA et d'autres secteurs.
Plutôt que de compter sur la Chine, Donald Trump préférerait que les États-Unis fabriquent leur propre équipement. Cependant, à l'heure actuelle, la capacité de production américaine pour ces appareils ne peut pas suivre la demande. En conséquence, seulement un tiers des plus grands centres de données prévus pour 2026 sont effectivement en cours de construction. Les droits de douane contre la Chine paralysent plusieurs entreprises américaines.
Les droits de douane avaient déjà aggravé les pénuries de GPU et augmenté les prix pour les consommateurs, car les fabricants tentaient de quitter la Chine pour des pays moins taxés comme le Vietnam. Mais ces pays ont également été soumis à des droits de douane élevés, et il n'y a plus d'endroit où aller. La vision de Donald Trump, à travers les droits de douane élevés, consiste à rendre les États-Unis plus grands, mais la réalité est plus prosaïque.
L'industrie américaine impuissante face à cette demande
Cette pénurie d'équipement est un obstacle majeur. Il ne s’agit pas de composants facultatifs. Ils constituent l’épine dorsale de l’infrastructure électrique de tout centre de données, l’équipement qui capte l’électricité du réseau et la rend utilisable pour des milliers de GPU fonctionnant en parallèle. Sans eux, il n'y a pas d'installation. Sans installation, il n'y a pas de capacité de calcul. Et sans capacité de calcul, la course à l'IA ralentit considérablement.
Le problème fondamental est d'une simplicité trompeuse. Les centres de données consomment d'énormes quantités d'électricité, et cette énergie doit être gérée, convertie, stockée et distribuée à l'aide d'équipements industriels spécialisés. Les transformateurs abaissent la tension du réseau électrique à des niveaux utilisables.
Les appareillages de commutation contrôlent et protègent le flux. Les systèmes de batteries assurent une alimentation de secours et la stabilité en cas de pics de demande ou de perturbations du réseau. Un seul grand centre de données dédié à l'IA peut consommer autant d'électricité qu'une petite ville. Mais l'infrastructure électrique nécessaire pour supporter cette charge ne peut pas être fournie par un fournisseur américain dans l'immédiat.
Les États-Unis disposent d’une capacité de production nationale limitée en matière d’équipements électriques lourds. Depuis des années, l’industrie s’appuie sur les importations en provenance de Chine et d’Asie du Sud-Est pour combler ce manque. Les droits de douane ont rendu la construction des infrastructures dont les géants tels que Google et Microsoft ont désespérément besoin considérablement plus coûteuse et plus difficile sur le plan logistique.
L’ironie est suffisamment tranchante pour couper une poutre d’acier. Alors que Donald Trump visait à protéger l’industrie manufacturière américaine et à réduire la dépendance vis-à-vis des chaînes d’approvisionnement étrangères, il a malencontreusement rendu la situation plus précaire qu'elle ne l'était auparavant.
L'administration Trump semble déconnectée de la réalité
Donald Trump semble ignorer la gravité de la crise des infrastructures électriques. En mars dernier, il a ordonné aux entreprises technologiques de construire ou d'acheter leur propre énergie, sans mentionner que le véritable problème réside dans l'impossibilité de brancher ces sources d'énergie faute d'équipements disponibles. À Santa Clara, dans la Silicon Valley, deux centres de données achevés restent actuellement inutilisés faute d'électricité.
Le sort réservé à ces deux installations met en évidence un défi majeur pour le secteur technologique américain et, plus largement, pour l'économie dans son ensemble. Alors que l'essor de l'IA et du cloud computing stimule la construction massive de centres de données, l'accès à l'électricité apparaît comme le principal obstacle. L'appétit énergétique des centres de données destinés à l'IA met à rude épreuve les réseaux électriques dans le monde entier.
Cela s'explique en grande partie par le vieillissement des infrastructures électriques, la lenteur de la construction de nouvelles lignes de transport d'électricité et divers obstacles réglementaires et administratifs. Et la pression sur les systèmes électriques mondiaux ne fera qu'augmenter. Selon les projections de BloombergNEF, les besoins en électricité associés aux charges de travail de l'IA devraient plus que doubler rien qu'aux États-Unis d'ici à 2035.
Sur le Vieux Continent, la société d'analyse de données et de conseil GlobalData tire la sonnette d'alarme : l'essor de l'IA entraîne une hausse inquiétante de la consommation d’eau des centres de données européens alors que les ressources en eau deviennent limitées. La situation fait craindre une pénurie d'eau.
La montée des moratoires et de l'opposition politique
Donald Trump a signé un décret obligeant les entreprises à payer leurs factures d’électricité. Ce décret visait à répondre aux inquiétudes des communautés qui s’opposent de plus en plus à toute construction de centres de données susceptible de faire grimper les coûts de l’électricité dans les zones voisines de ces installations. En janvier dernier, Microsoft s'est engagé à payer l'intégralité des coûts d'électricité de ses nombreux centres de données énergivores.
Cependant, Donald Trump semble perdre rapidement du terrain sur ce front également, car les craintes des communautés, qui vont au-delà des coûts des services publics, contribuent à faire gagner du terrain aux moratoires sur la construction de centres de données aux niveaux local, régional et national.
Le projet de loi a fixé des conditions strictes pour lever le moratoire s'il est adopté. Parmi ces conditions figure une garantie nationale assurant que « l’IA n’entraîne pas d’augmentation des prix de l’électricité ou des services publics, ne porte pas préjudice aux communautés et ne détruit pas l’environnement ». Les appels à mettre un frein à l'expansion des centres de données dédiés à l'IA sont passés d'une tendance marginale à un mouvement de fond.
Selon Good Jobs First, un groupe qui suit de près le développement économique, environ 11 États américains envisagent désormais d'adopter un moratoire sur la construction. L'administration Trump privilégie une croissance rapide et sans entrave de l'IA, s'appuyant sur des comités consultatifs composés de dirigeants de grandes entreprises technologiques. Donald Trump a signé un décret destiné à instaurer un moratoire sur les lois étatiques sur l'IA.
Les impacts sur l'environnement et le cadre de vie
Au-delà des enjeux économiques, les citoyens expriment une peur profonde quant à la transformation de leurs communautés. Les Américains seraient très plus préoccupés par l'altération de leur qualité de vie. Les communautés accusent les centres de données de créer des îlots de chaleur urbains, augmentant les températures locales au point de perturber les précipitations, d'aggraver la pollution et de présenter de gros risques pour la santé.
Cette opposition populaire se traduit par des poursuites judiciaires intentées par des propriétaires fonciers et une méfiance généralisée envers l'expansion rapide de ces infrastructures, ce qui constitue un défi politique majeur pour l'administration actuelle. En somme, le secteur traverse une crise profonde.
Selon les analystes, le plus grand obstacle pour Donald Trump et les républicains à l’approche des élections de mi-mandat ne sera peut-être pas l’impact financier sur le portefeuille des citoyens. Il pourrait plutôt s’agir du sentiment général de malaise quant à ce que tous ces centres de données que le président s’empresse de construire signifieront pour les communautés qui ne veulent pas que leur vie soit bouleversée par un développement précipité.
Tony Buxton, avocat spécialisé dans le climat et l'énergie au sein d'un cabinet juridique et de lobbying du Maine, a déclaré au Wall Street Journal que l'opposition aux centres de données dans l'État ne devrait pas s'apaiser. Il s'est joint à d'autres pour prédire que le moratoire de l'État serait probablement adopté, alors que le projet de loi bipartite progresse vers un Sénat à majorité démocrate et que le gouverneur fait part de son intention de le signer.
Conclusion
Malgré un niveau d'investissement sans précédent dans les infrastructures d'IA, près de la moitié des projets de construction de centre de données en 2026 aux États-Unis ont été retardés ou annulés. L'une des principales raisons de ces contretemps est la disponibilité des composants électriques essentiels qui sont utilisés tant sur les sites des centres de données qu'à l'extérieur de ceux-ci. Les droits de douane ont impacté leur délai de livraison.
Selon les données du cabinet d'études de marché Sightline Climate, environ 12 gigawatts de capacité de centres de données devraient être mis en service aux États-Unis en 2026. Pourtant, seul un tiers environ de cette capacité est en cours de construction en raison de diverses contraintes.
Les politiques de Donald Trump font obstacle à ses ambitions économiques. Les États-Unis restent extrêmement dépendants de l'expertise étrangère, notamment asiatique, pour la fabrication de batteries indispensables pour les drones, les véhicules électriques et bien d'autres appareils. Outre les centres de données, ses politiques en matière d'immigration sapent également l'objectif de souveraineté des États-Unis dans la technologie des batteries.
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