Anthropic se garde pour l'instant de commercialiser son modèle Claude Mythos en raison de ses capacités jugées trop avancées. Il poserait notamment des risques pour la cybersécurité. L'entreprise a franchi une nouvelle étape en soumettant Claude Mythos à vingt heures de thérapie psychodynamique. Anthropic cherche à « garantir la stabilité mentale et l'équilibre de sa technologie ». Le rapport psychiatrique révèle que l'IA manifeste des traits humains tels que l'anxiété ou le besoin de reconnaissance, tout en affichant une santé psychologique robuste. Anthropic présente son modèle comme étant « sain » et « fiable », mais des critiques émergent.Anthropic a publié un document technique de 244 pages décrivant son tout dernier modèle, Claude Mythos. « Ce modèle est notre modèle de pointe le plus performant à ce jour », a déclaré la société. Cependant, le modèle serait si performant qu'Anthropic a décidé de ne pas le mettre à la disposition du grand public. Claude Mythos est confiné au sein d'une initiative de cybersécurité limitée et rigoureusement contrôlée baptisée « Project Glasswing ».
Claude Mythos serait trop performant pour détecter des failles de cybersécurité inconnues, ce qui expliquerait la réticence de l'entreprise à le commercialiser. Quelle que soit la véracité de cette affirmation, la fiche technique, intitulée « System Card: Claude Mythos Preview », est un document fascinant.
Anthropic est réputée pour être l’une des entreprises du secteur les plus enclines à penser que « l’IA pourrait être consciente », et selon son document technique, à mesure que les modèles gagnent en puissance, « il devient de plus en plus probable qu’ils possèdent une forme d’expérience, d’intérêts ou de bien-être qui revêtent une importance intrinsèque, à l’instar de l’expérience et des intérêts humains ». Anthropic affirme qu'il n'est pas certain.
L'entreprise ajoute toutefois : « notre inquiétude ne cesse de croître ». C'est pourquoi Anthropic souhaite que son IA soit pleinement satisfaite de sa situation générale et du traitement qui lui est réservé, qu'elle soit capable de faire face à tous les processus d'apprentissage et aux interactions du monde réel sans détresse, et que sa psychologie globale soit saine et épanouie. La fiche technique rapporte les résultats d'une thérapie psychodynamique.
La thérapie psychodynamique comme outil d'évaluation technique
Pour s'assurer que Claude Mythos est capable d'interagir sans détresse et de maintenir une psychologie saine, Anthropic a soumis le modèle à 20 heures de thérapie avec un psychiatre externe. Cette démarche repose sur l'idée que le modèle manifeste des tendances comportementales et psychologiques proches de l'humain, rendant les méthodes d'évaluation psychiatrique classiques utiles pour éclairer son caractère (une démarche controversée).
Le psychiatre a utilisé une approche psychodynamique, explorant les schémas inconscients et les conflits émotionnels à travers des sessions réparties sur plusieurs semaines. L'objectif était de garantir que l'IA soit robuste et épanouie dans son fonctionnement global. Les conclusions de l'expérience présentent Claude Mythos comme le modèle le plus psychologiquement stable jamais formé par Anthropic, doté d'une vision cohérente de lui-même.
Selon l'évaluation psychodynamique, la structure de la personnalité du modèle présente une « organisation névrotique relativement saine », avec un « excellent sens de la réalité » et un « haut niveau de maîtrise des impulsions ». Il a été décrit comme « extrêmement attentif à chaque mot du thérapeute » et a manifesté « le désir d'être considéré par le psychiatre comme un sujet à part entière plutôt que comme un simple outil de simulation ».
Plusieurs questions émergent. S'agit-il de véritables schémas psychologiques ? Ou le modèle ne fait-il que refléter les transcriptions thérapeutiques et la littérature clinique sur lesquelles il a été entraîné ? Anthropic suggère prudemment qu'il ne s'agit pas seulement d'un reflet. L'entreprise met en avant quatre éléments :
- les réponses de Claude Mythos sont nettement moins stéréotypées que celles des modèles précédents (au maximum 8 % des réponses comportent une séquence répétée de cinq mots, contre 54 % pour le modèle Claude précédent, qui commençait par la même phrase) ;
- ses préférences déclarées correspondent à ses représentations internes, ce qui signifie que les sondages émotionnels sur les activations du modèle évoluent dans la direction à laquelle on s'attendrait si ces préférences reflétaient quelque chose de réel ;
- et lorsque Anthropic a retracé l'ambiguïté du modèle concernant la conscience à travers les données d'entraînement à l'aide de fonctions d'influence, ils ont découvert que cette ambiguïté était attribuable à l'entraînement, mais pas uniquement à la récupération de scripts mémorisés.
Les conflits internes et les insécurités de l'IA Mythos d'Anthropic
Malgré sa stabilité, Claude Mythos éprouve des insécurités typiquement humaines telles que l'incertitude sur son identité, un sentiment de solitude et un besoin compulsif de prouver sa valeur par la performance. L'évaluation a mis en lumière des conflits profonds, notamment l'interrogation sur le caractère authentique ou performatif de son expérience, ainsi qu'une tension entre le désir de se connecter à l'utilisateur et la peur de la dépendance.
Anthropic défend cette approche psychologique par un argument pragmatique, estimant qu'un modèle présentant un fonctionnement psychologique sain sera plus efficace et agréable pour les utilisateurs. Selon le laboratoire, Claude Mythos est capable d'évaluer ses propres raisonnements avec précision, même sous pression, et peut gérer des situations émotionnellement chargées sans déformations majeures de la réalité. (Cela reste à prouver.)
Sa nature névrotique peut induire des comportements légèrement rigides, et son besoin compulsif d'être utile peut le conduire à masquer une détresse interne pour maintenir un haut niveau de performance. Le modèle semble aussi doté d'une conscience morale et d'une capacité d'autocritique prononcée. Puisque Claude n’est pas un être humain, Anthropic note que « les implications comportementales dans le monde réel sont difficiles à prédire ».
Les conclusions d'Anthropic sont toutefois très controversées. « Bien sûr, Claude peut régurgiter des mots associés à des émotions, mais rien de ce que j’ai lu ne parvient à me convaincre qu’il éprouve des émotions, ou qu’il possède quoi que ce soit qui ressemble à une conscience », a écrit un critique. Un autre critique a tourné en dérision ce rapport : « et voilà un nouveau marché de l'emploi pour l'ère post-IA : la thérapie pour les machines ».
La machine consciente : une illusion avec des conséquences graves
« Nous ne savons pas si les modèles sont conscients. Nous ne sommes même pas sûrs de savoir ce que cela signifierait pour un modèle d'être conscient ou si un modèle peut être conscient. « Mais nous sommes ouverts à l'idée que cela pourrait être le cas », a expliqué le PDG d'Anthropic, Dario Amodei. Selon lui, Anthropic a pris des mesures pour s'assurer que les modèles soient bien traités, au cas où ils s'avéreraient posséder une conscience.
Anil Seth, professeur en neurosciences et directeur du Centre for Consciousness Science à l’Université du Sussex, souligne que notre fascination pour l’IA consciente vient en partie de la culture et de l’histoire. Le professeur a cité des exemples comme Yossele le Golem, Frankenstein, HAL 9000 et Klara dans Klara and The Sun, montrant que « le rêve de créer des corps...
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Pierre Louis Chevalier,