Les investisseurs somment les entreprises d’IA de démontrer la viabilité de leur modèle économique. Mais les analystes affirment que cela pourrait s'avérer une tâche difficile pour les organisations, car toute la bulle de l'IA repose sur un tissu de mensonges. Alors que les investisseurs se montrent de plus en plus impatients, une fracture majeure apparaît entre les dirigeants enthousiastes de leurs employés réticents. Les entreprises dépensent des fortunes, mais une immense majorité d'employés boycotte ou évite les outils d'IA par manque de formation, de confiance ou par crainte pour leur emploi. Ce décalage sape les ambitions des entreprises d'IA et des investisseurs.Initialement, l'IA semblait s'imposer de manière organique par le biais du "shadow AI", où les employés utilisaient secrètement des comptes personnels pour accélérer leurs tâches quotidiennes. Cependant, la situation a radicalement changé : les travailleurs se détournent de plus en plus de la technologie. De nombreux facteurs seraient à l'origine de ce rejet soudain : augmentation de la charge de travail, hallucinations, hausse du taux de bogues, etc.
Ce rejet met en évidence un scepticisme et une désillusion profondément ancrés vis-à-vis des capacités promises par l'IA, ce qui oblige à réévaluer l'intégration de cette technologie dans les flux de travail quotidiens ainsi que les discours exagérément optimistes entourant son potentiel transformateur.
Ce sentiment a été résumé dans une évaluation sans concession du professeur Steve Hanke, de l'université Johns Hopkins. « L’IA n’a pas tenu ses promesses. Bienvenue dans le monde réel. Oubliez la bulle de l’IA. Vous savez, elle n’a pas tenu ses promesses. Si vous regardez toutes les enquêtes, oui, tout le monde l’utilise un peu, mais quand on creuse un peu, on se rend compte qu’elle n’a pas apporté grand-chose », a-t-il déclaré à Fortune.
« La productivité, d’ailleurs, est faible. Si l’IA avait tenu ses promesses, la productivité aurait grimpé en flèche. Vous écoutez ces types de la Silicon Valley et ils disent que le PIB va atteindre 5 % ou 6 %. La productivité va grimper jusqu’à 6 %. Ce n’est tout simplement pas le cas », a conclu le professeur Steve Hanke. Environ un tiers des travailleurs n'a jamais utilisé l'IA et rapporte des niveaux élevés d'anxiété ainsi qu'un manque total de formation.
La fracture croissante entre les dirigeants et les travailleurs
Une rébellion silencieuse, mais percutante se dessine dans le monde de l'entreprise : de nouvelles données (via Fortune) indiquent que pas moins de 80 % des cols blancs refuseraient d'adopter les outils d'IA malgré les directives de leurs employeurs. Ce rejet massif se manifeste par le fait que plus de la moitié des employés interrogés ont délibérément contourné les outils d'IA imposés au cours du dernier mois pour effectuer leurs tâches manuellement.
Il existe un fossé de confiance abyssal, puisque 61 % des dirigeants font confiance à l'IA pour des décisions critiques, contre seulement 9 % des salariés. De plus, alors que la quasi-totalité des dirigeants estime fournir des outils adéquats, à peine un cinquième (21 %) des salariés est d'accord avec ce constat.
Ce scepticisme correspond, d’une certaine manière, aux conclusions des données de WalkMe. Dan Adika, PDG et cofondateur de WalkMe, observe cette divergence depuis le terrain. Il rencontre régulièrement des directeurs informatiques et leur pose une question simple : combien de vos collaborateurs utilisent réellement l’IA pour accomplir un travail utile ? « Les chiffres sont inférieurs à 10 % », a-t-il déclaré. Et ce taux pourrait encore baisser à l'avenir.
Une partie du problème serait d’ordre structurel, et non comportemental. Dan Adika fait cette analogie : « vous offrez à chaque employé une voiture de sport, une Ferrari, mais ils ne savent pas conduire. Parfois, ils manquent de carburant, ce qui correspond au contexte. Savoir conduire, c’est la motivation. Et dans certains cas, il n’y a même pas assez de routes : il n’y a pas d’API ni de serveur MCP pour réellement faire ce que vous voulez faire ».
Le coût colossal du rejet des outils pour les organisations
Le coût induit par cette Ferrari qui ne roule pas est désormais quantifiable. WorkMe rapporte que les salariés perdent l’équivalent de 51 jours ouvrés par an à cause des frictions technologiques, soit une hausse de 42 % par rapport à 2025. Cela représente 7,9 heures par semaine. Les économistes de Goldman Sachs ont rapporté récemment que l'IA permet aux employés qui l'utilisent correctement de « gagner en moyenne 40 à 60 minutes par jour ».
Le calcul est presque...
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Artemus24,