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Plus on délègue à l'IA, moins on sait faire sans elle : le paradoxe de l'augmentation cognitive qui finit par amputer la cognition qu'elle prétendait amplifier, selon des études

Le , par Stéphane le calme

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Plus on délègue à l'IA, moins on sait faire sans elle : le paradoxe de l'augmentation cognitive qui finit par amputer la cognition qu'elle prétendait amplifier,
les chercheurs avertissent que cette externalisation mentale a un coût

Alors que des centaines de millions de personnes délèguent quotidiennement leurs tâches cognitives à ChatGPT, Claude ou Gemini, plusieurs études convergentes tirent la sonnette d'alarme : l'usage intensif des assistants conversationnels pourrait éroder nos capacités de mémorisation, de raisonnement critique et même d'originalité créatrice. Entre dette cognitive, capitulation intellectuelle et homogénéisation de la pensée, un tableau préoccupant se dessine au moment précis où l'industrie cherche à rendre ces outils encore plus omniprésents.

Tout commence, ou presque, dans les locaux du MIT Media Lab, où la chercheuse Nataliya Kosmyna observe quelque chose d'inquiétant parmi les stagiaires dont elle examine les candidatures. Les lettres de motivation qui lui parviennent se ressemblent étrangement : bien construites, bien polies, mais creuses, décrochées de son travail de recherche dès le deuxième paragraphe. Elle n'a aucun mal à deviner leur origine. Parallèlement, dans ses cours au Massachusetts Institute of Technology, elle remarque que ses étudiants semblent retenir moins d'information que leurs prédécesseurs et oublier la matière plus vite.

Pour aller au-delà du ressenti, Kosmyna monte une expérience rigoureuse. Elle recrute 54 participants âgés de 18 à 39 ans et les répartit en trois groupes chargés de rédiger plusieurs essais de type SAT sur des sujets variés. Le premier groupe utilise ChatGPT, le second Google (sans résumés générés par IA), et le troisième n'utilise aucun outil. L'originalité méthodologique tient à l'équipement de chaque participant d'un électroencéphalogramme (EEG) pour mesurer en temps réel l'activité électrique du cerveau sur 32 régions distinctes.

Les résultats, publiés sous la forme d'un preprint intitulé « Your Brain on ChatGPT: Accumulation of Cognitive Debt when Using an AI Assistant for Essay Writing Task », sont sans équivoque. La connectivité cérébrale diminuait systématiquement avec le niveau de soutien externe : le groupe sans assistance présentait les réseaux les plus forts et les plus étendus, le groupe utilisant un moteur de recherche montrait une activité inférieure d'environ 34 à 48 %, et le groupe LLM affichait le couplage global le plus réduit, à -55%.

Mais ce qui frappe davantage encore, c'est la dimension comportementale. Sur le plan du comportement, c'est dans la capacité à reconnaître la paternité de son propre travail que les différences sont les plus flagrantes : 83 % des utilisateurs de ChatGPT ont déclaré avoir des difficultés à se remémorer le texte qu'ils avaient rédigé quelques minutes auparavant. Sur quatre mois, les choses s'aggravent : les membres du groupe ChatGPT sont devenus de plus en plus passifs, ayant souvent recours au copier-coller pour rédiger leurs essais en fin d'étude.

Cette dégradation progressive, les chercheurs la nomment « dette cognitive » (cognitive debt) : elle s'accumule session après session, et les participants ayant utilisé ChatGPT pendant trois sessions puis contraints d'écrire sans assistance n'ont jamais retrouvé les niveaux de connectivité neurale du groupe sans outil. L'atrophie, en d'autres termes, ne se résorbe pas spontanément.

Il convient de noter que cette étude n'a pas encore été soumise à l'évaluation par les pairs, et que l'échantillon est relativement restreint. Kosmyna elle-même a tenu à publier ses conclusions rapidement, précisément pour alerter avant que les effets à long terme ne soient irréversibles.


La « capitulation cognitive » : faire confiance au robot même quand il a tort

Si l'étude du MIT explore les traces neurophysiologiques du délestage cognitif, des chercheurs de l'école Wharton de l'Université de Pennsylvanie s'attaquent à son mécanisme psychologique profond. Leur papier, intitulé « Thinking — Fast, Slow, and Artificial », prolonge le cadre théorique de Daniel Kahneman (le système 1 (pensée intuitive rapide) et le système 2 (raisonnement délibéré lent)) en y ajoutant un troisième acteur : la cognition artificielle, qu'ils baptisent « système 3 ».

Les participants devaient répondre à des tests de réflexion cognitive conçus pour mesurer si l'on raisonne par instinct ou par délibération. Certains avaient accès à un chatbot délibérément programmé pour donner des réponses incorrectes environ la moitié du temps. Le résultat est saisissant : les participants ont accepté les réponses du chatbot dans 93 % des cas lorsqu'elles étaient correctes, et dans près de 80 % des cas lorsqu'elles étaient erronées.

Les chercheurs nomment ce phénomène « cognitive surrender », traduit en français par capitulation cognitive. La capitulation cognitive représente une abdication plus profonde que le simple délestage cognitif : l'utilisateur renonce au contrôle de l'évaluation critique et adopte le jugement de l'IA comme le sien propre. Ce n'est pas la paresse ; c'est la déférence épistémique. Les réponses du système 3 sont perçues comme dotées d'autorité, ce qui abaisse le seuil de scrutin et atténue les signaux métacognitifs qui auraient normalement orienté la réflexion vers le système 2.

Paradoxalement, l'usage de l'IA rend les gens plus confiants dans leurs réponses, sans que cette confiance corresponde nécessairement à de meilleures décisions. On croit penser plus juste ; on se contente de penser moins.


Le délestage cognitif : un vieux problème, un nouveau seuil

Le concept de délestage cognitif (cognitive offloading) n'est pas nouveau. Nous avons toujours externalisé une partie de notre cognition : les listes sur papier, les calculatrices, les GPS, les moteurs de recherche. La crainte est que, désormais, plus nous déléguons de tâches complexes aux LLM, plus nous risquons d'éroder notre pensée critique et notre capacité cognitive globale.

La différence avec les outils précédents tient à la nature de ce qui est délégué. Chercher une route sur Google Maps mobilise peu de raisonnement complexe. Demander à un LLM de rédiger un rapport, d'analyser un problème ou de structurer un raisonnement, c'est céder précisément les processus mentaux qui, lorsqu'on les pratique, nous rendent meilleurs. Les chercheurs s'accordent sur le principe des « difficultés désirables » (desirable difficulties) : l'IA facilite l'apprentissage initial mais semble saper les processus d'effort nécessaires à un apprentissage robuste.

Une étude publiée dans la revue Social Sciences & Humanities Open illustre ce paradoxe : le groupe ayant utilisé ChatGPT pour apprendre a obtenu ses résultats 45 % plus vite (3,2 heures contre 5,8 heures), mais les participants du groupe « apprentissage traditionnel » ont mieux mémorisé et leurs résultats étaient plus homogènes vers le haut.


Génération Z et médecins : personne n'est épargné

L'étude de Michael Gerlich à la SBS Swiss Business School, portant sur 666 participants britanniques de tranches d'âge et de niveaux d'éducation variés, révèle que les jeunes participants présentent une dépendance plus élevée aux outils IA et des scores de pensée critique plus faibles que leurs aînés. La corrélation est nette : plus l'usage est fréquent, plus la détérioration est visible.

Mais les effets ne se limitent pas aux étudiants. Une étude médicale multinationale récente a montré que des professionnels de santé ayant utilisé un outil d'IA pour dépister les cancers du côlon pendant trois mois étaient ensuite moins performants pour repérer les tumeurs sans cet outil. L'atrophie par délégation touche des compétences professionnelles acquises au fil d'années de formation. Ce n'est plus de la théorie éducative ; c'est un risque clinique.

Homogénéisation de la pensée : la menace silencieuse

Au-delà de l'affaiblissement individuel, c'est une homogénéisation collective de la pensée qui préoccupe certains chercheurs. L'expérience du MIT a montré que les essais rédigés avec ChatGPT étaient extrêmement similaires entre eux, manquant d'originalité et utilisant les mêmes expressions et idées et ce, quel que soit le pays d'origine ou la langue de départ des participants. Des étudiants hispanophones ayant utilisé ChatGPT en espagnol ont produit des essais en anglais quasi identiques à ceux de locuteurs natifs ayant utilisé l'outil en anglais.

Une étude de l'Université Cornell confirme ce phénomène : l'IA homogénéise la langue. À l'échelle d'une société, si une fraction croissante de la production intellectuelle (articles, rapports, analyses, argumentaires) transite par les mêmes LLM, on peut légitimement s'interroger sur l'appauvrissement de la diversité des idées, des styles, des angles d'approche.

Tout dépend de comment on l'utilise... mais le marché pousse dans la mauvaise direction

Les deux études (celle du MIT et celle de Wharton) convergent sur le même mécanisme central : la manière dont on utilise l'IA est le facteur déterminant. Déléguer entièrement sa réflexion à la machine dégrade la capacité de raisonnement autonome, tandis qu'un usage de l'IA comme complément semble mieux la préserver.

Les participants qui prenaient le contrôle de la production de l'IA (en l'éditant, en la remettant en question ou en la rejetant) montraient une plus grande confiance et un plus grand sentiment de paternité sur leur travail final.

Le problème est structurel : les modèles économiques des grandes plateformes IA ne sont pas conçus pour encourager la friction productive. Ils sont optimisés pour la fluidité, la rapidité, le sentiment de satisfaction immédiate. L'industrie, par un mélange de termes techniques ronflants et de marketing, pousse à traiter l'IA comme une boîte magique capable de faire tout le travail à notre place. Le design même de ces outils tend vers la capitulation cognitive, pas vers l'augmentation.

Kosmyna, dont les travaux ont déclenché cette nouvelle vague de débat, est claire sur ce point : la solution n'est pas l'interdiction. C'est l'éducation à un usage délibéré, actif et critique, ce qui suppose de former aussi bien les utilisateurs que les enseignants, dans un contexte où les établissements scolaires adoptent ces outils souvent plus vite que leur pédagogie ne peut s'y adapter.

Sources : étude de la chercheuse du MIT Nataliya Kosmyna, étude des chercheurs de Pennsylvanie

Et vous ?

Ces études vous semblent-elles crédibles ou pertinentes ? Partagez-vous leurs conclusions ? Dans quelle mesure ?

La métaphore de la calculatrice suffit-elle ? On dit souvent que l'IA, comme la calculatrice, nous libère de tâches mécaniques pour nous concentrer sur des tâches de plus haut niveau, mais les études citées ici suggèrent que le raisonnement est précisément ce qui s'atrophie. La calculatrice avait-elle le même effet sur notre arithmétique mentale, et était-ce grave ?

Les entreprises tech ont-elles une responsabilité de conception ? Si l'usage passif des LLM dégrade les capacités cognitives, les entreprises comme OpenAI, Google ou Anthropic ont-elles l'obligation de concevoir des interfaces qui encouragent l'engagement actif plutôt que la simple consommation de réponses ?

Quelles implications pour les recruteurs et les managers ? Si un candidat ou un employé a largement délégué ses tâches cognitives à l'IA depuis deux ou trois ans, comment évaluer ses capacités réelles ? Les entretiens « sans IA » vont-ils devenir la norme comme les oraux sans calculatrice ?

La dette cognitive est-elle réversible ? Les études suggèrent que l'atrophie s'installe mais ne précisent pas si elle est réversible avec un « sevrage » de l'IA. Existe-t-il une fenêtre de récupération, comme pour l'apprentissage d'une langue abandonnée ?

Est-ce un problème de génération ou d'usage ? Les seniors qui adoptent l'IA tardivement, avec des décennies de pratique cognitive autonome derrière eux, sont-ils moins vulnérables que les natifs du numérique qui grandissent en déléguant dès le départ ?

Voir aussi :

Entre gain de temps et perte de savoir-faire : l'utilisation de l'IA nous ramollit-elle le cerveau ou nous rend-elle plus efficace ?

Le piège de la facilité : une expérience du MIT révèle que l'usage intensif de ChatGPT peut nuire à la mémoire, à la réflexion et à l'autonomie intellectuelle des étudiants, entrainant une « dette cognitive »
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Avatar de Anselme45
Membre extrêmement actif https://www.developpez.com
Le 21/04/2026 à 12:00
Ce qui a fait la réussite du genre humain dans l'évolution des espèces, c'est sa capacité à "faire avec le moindre effort"...

Ce qui a fait son succès au fil des millénaires va être la cause de sa disparition en quelques années à cause de l'IA!

Et oui, pourquoi apprendre une langue pendant des années quand une IA peut vous traduire une phrase en 100 langues différentes en quelques secondes? Pourquoi est-ce que un étudiant universitaire devrait entraîner ses capacités d'analyse et de réflexion, l'IA va bien faire son travail à sa place...

Au final, l'IA va être un producteur intensif de crétins
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Avatar de fdecode
Membre habitué https://www.developpez.com
Le 21/04/2026 à 15:10
Citation Envoyé par Stéphane le calme Voir le message
Plus on délègue à l'IA, moins on sait faire sans elle
C'est à peu près vrai de tous les outils.

Le fond du problème est d'ailleurs d'ordre sélectif:
  • Dans le travail, l'IA permet aux personnels déjà formés de mieux répondre aux contraintes de rentabilité plus fortes, mais en conséquence, ils perdent progressivement leur capacité à répondre rapidement de manière autonome aux demandes,
  • Dans la formation des jeunes, l'IA rend obsolète l'acquisition d'un savoir autonome, et ils n’acquièrent donc pas ces connaissances fondamentales.

Toute l'histoire de notre civilisation est comme ça: une perte d'autonomie individuelle face à la technostructure.
Qui saurait survivre et trouver sa nourriture sans l'aide de notre agriculture industrielle et de nos réseaux de distribution?
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Avatar de fdecode
Membre habitué https://www.developpez.com
Le 21/04/2026 à 17:02
Citation Envoyé par Ryu2000 Voir le message
Là c'est bien pire que tout ce qu'on a vu jusqu'à présent.
Des jeunes vont trop se reposer sur les chatbots IA et ne feront jamais le moindre effort de réflexion.
Cela dépend des points de vue. Certains vous diront que ne plus savoir trouver sa pitance dans la nature par ses propres moyens et sans dépendre de l'industrie agroalimentaire est la plus grande et la plus grave capitulation de l'humanité.
Le point de vue se comprend: après tout, l'alimentation est le socle minimal pour la survie.
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Avatar de Fagus
Membre expert https://www.developpez.com
Le 21/04/2026 à 18:25
Citation Envoyé par Ryu2000 Voir le message
Des jeunes vont trop se reposer sur les chatbots IA et ne feront jamais le moindre effort de réflexion.
Ils ont le choix entre faire un effort et trouver une solution seule, ou demander au chatbot d'IA et avoir instantanément une bonne réponse.

Ils vont commencer par l'utiliser pour rédiger des messages sur les applications de rencontre ou pour écrire des SMS à leur conjoint, après ils vont s'en servir pour remplacer les moteur de recherche, à la fin ils vont peut-être l'utiliser pour faire leur Devoir à la Maison...
C'est déjà bien pire.
J'en discute avec tous les enseignants que j'ai sous la main. tout le monde m'a dressé un tableau dramatique en aggravation franche (sauf une pote qui enseigne dans les REP+ du "9 3", elle brosse un tableau apocalyptique constant depuis au moins 15 ans).
Ex : prof de lettres classiques : "je ne donne plus aucun devoir à la maison car ça ne m'intéresse pas de corriger chatGPT" "en classe, j'arrive encore à inventer des exercices auxquels les chatbots échouent pour le moment " "au bac, j'ai des élèves qui ne savent plus quoi faire car ils n'ont pas appris par coeur l'analyse du texte qui leur est soumis [alors qu'ils ont le temps pour analyser le texte et que ça n'a aucun sens d'apprendre par coeur une analyse]."

Prof de math agrégé : "Je pense à changer de métier car je fais semblant d'enseigner à des élèves qui comprennent quelque chose à ce que je dis ; et les élèves font juste semblant de comprendre quelque chose mais c'est même pas 10%"

Enseignante chercheur de licence-master de bio (maintenant juste chercheuse) "en fin de licence ils ne comprennent pas les énoncés. j'en ai même qui ne savent pas lire l'heure sur une pendule analogique pour déterminer la fin de l'épreuve. même en leur faisant la correction pendant l'épreuve, individuellement, ils n'ont pas eu la moyenne" .

On vit une époque formidable... pour les esprits bien formés qui n'auront aucune difficulté à sortir du lot...
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Avatar de fdecode
Membre habitué https://www.developpez.com
Le 21/04/2026 à 16:31
Citation Envoyé par Ryu2000 Voir le message
à la fin ils vont peut-être l'utiliser pour faire leur Devoir à la Maison...
C'est déjà le cas. Je connais des enseignants qui isolent complètement les élèves pendant les épreuves pour éviter toute forme d'aide par IA. Si l'élève doit aller aux toilettes, il rend sa copie.

Citation Envoyé par Ryu2000 Voir le message
La thèse de doctorat d'un type né en 2015 sera quasiment intégralement réalisé par un chatbot IA.
C'est une question complexe. La rédaction par IA est détectable pour l'instant. Même un outil grand public comme GPTzero peut donner des résultats étonnamment justes. Les outils pour altérer la statistique des textes générées par des IA commencent à apparaitre, mais je ne sais pas ce qu'ils valent.
Pour ce qui est de la recherche effectuée, l'IA est un excellent outil de recherche bibliographique, et peut aussi apporter des débuts de solution.
Mais pour l'instant, c'est le chercheur ou l'apprenti chercheur qui reste à la manœuvre pour la partie innovante et pour diriger l'exploration.

Le problème le plus immédiat est qu'il viendra un moment où ce ne sera plus directement rentable de recruter des thésards, car l'IA fournira plus rapidement des réponses pertinentes aux équipes de recherche.
Le recrutement de thésard sera alors un effort responsable à faire par les équipes de recherche afin de renouveler les générations.
Et cela va s’aggraver du fait que la formation fondamentale reçue par les étudiants sera dégradée à cause de l'IA.
Les lourdeurs administratives, toujours croissantes en France, lors du recrutement des thésards ne vont pas aider non plus...

En fait, ces problèmes de recrutement se voient déjà avec les stagiaires, même pour les stages de recherche.
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Avatar de totozor
Expert confirmé https://www.developpez.com
Le 03/07/2026 à 8:12
Citation Envoyé par calvaire Voir le message
Tu oublie juste le stress quotidien, et la fatigue mentale, et qui est tout aussi difficile que la fatigue physique.
Nice troll. Pour avoir vécu les deux je peux t'assurer que c'est très différent. (Et donc je te rejoins plus loin quand tu dis que ta fatigue est très différente de celle d'un caissier).
NON, je subit le monde comme tous le monde,[...] j'accepte très bien tous ça, ma condition [...]
Juste pour rappeler un fait : Les hommes cadres vivent toujours 6 ans de plus que les hommes ouvriers.[...]Ainsi, les ouvriers ont un risque plus élevé de mourir prématurément. Par exemple, un homme de 35 ans soumis toute sa vie aux conditions de mortalité de 2009-2013 a 18 % de risque de mourir avant 65 ans s’il est ouvrier, contre 7 % s’il est cadre (respectivement 8 % et 4 % pour une femme)..
Ensuite tu es diplôme et a visiblement un CV alléchant, tu as donc le choix de "subir" ce que tu vis. Tu pourrais lever le pied et avoir un petit boulot de bureau "pépère".
Choix qu'une personne non qualifiée n'a pas.
Il est tout simplement indécent de comparer ta situation à un ouvrier. Mais tu ne t'en rend même pas compte.
Tu as choisi de partir à l'autre bout du monde pour vivre une situation qui te conviens mieux.
Lui à le choix entre deux boulots alimentaires dans lesquels il espère qu'il y aura au moins une ambiance de travail pas toxique.
4  1 
Avatar de Fagus
Membre expert https://www.developpez.com
Le 25/06/2026 à 12:54
L'IA c'est juste la dernière pierre en date à un édifice de destruction de la formation des jeunes.

Les techniques de neuromarketing qui ont infusé à travers toutes les applications utilisées par la jeunesse, en piratant notre système de récompense (gratification immédiate, systèmes type lootbox ...), ont crée une culture du moindre effort comme un trouble du développement normal de l'enfant. Avec l'IA qui "fait tout", c'est l'apogée.

De plus, l'addiction aux écrans (plus de 6h/j en ordre de grandeur) pour la jeunesse, soit plus que le temps scolaire, a volé leur temps de cerveau de tâches formatrices au profit de contenu de faible qualité.

Anecdotes : je n'y croyais pas, mais une amie enseignante chercheuse en master m'a expliqué qu'entre autres, certains de ses élèves (master), ne savaient plus lire l'heure. (analogique)

Je n'y croyais pas, mais en en parlant au boulot, une collègue millénaire (bac +3) m'a avoué qu'elle ne savait plus vraiment lire l'heure et que c'était une honte de sa génération.

En discutant avec elle, elle exprime la même question que les élèves : pourquoi faire l'effort de quelque chose dont elle n'a pas l'usage ? Elle m'a aussi avoué qu'elle ne lisait pas (de livres) et qu'elle avait constaté une difficulté à s'exprimer car elle n'avait plus les mots.
3  1 
Avatar de virginieh
Membre expérimenté https://www.developpez.com
Le 29/06/2026 à 16:30
Citation Envoyé par Fagus Voir le message
Je pense qu'on s'est mal compris. C'est normal d'optimiser ses efforts.
Là, on a des élèves qui quand on leur explique normalement des choses somme toute basiques vis à vis des attendus normaux pour leur niveau, ont une formule type qu'ils sortent tout le temps "Mais Me, on a le DROIT de ne pas comprendre" (niveau licence-master). Et ça leur suffit pour justifier de ne pas bosser.
Maintenant, j'ai des millénaires diplômés sous ma supervision qui ne lisent plus les consignes, c'est à dire que leur travail démontre qu'ils n'ont lu que la 1ère moitié de la phrase (et donc n'ont rien compris). Avant j'avais ça sur du personnel sans diplômes seulement ... Et au lieu de bosser, ça commente à voix haute des vidéos débiles random sur tiktok . J'en ai même un qui a osé catégoriquement refuser de rechercher une page d'un protocole en prétendant qu'elle n'existait pas (alors que j'en suis l'auteur...) , puis qui a catégoriquement refusé de la lire en me demandant à moi de la lire pour lui en expliquant...

Quand bien même je vire vieux con, ça me semble complètement anormal, d'autant qu'il y a une transition générationnelle bien nette.
Je dirais que le problème vient d'avant l'IA. Quand j'étais jeune, en primaire en plus du calcul mental, on avait aussi en maths à résoudre des problèmes, ce qui nécessitait de lire et comprendre un texte où les instructions n'étaient pas explicites. Ca demandait donc en plus des capacités de calcul de s'orienter vers la résolutions de problèmes.
Quand mes enfants allaient en primaire, il n'y en avait plus (et il y avait beaucoup moins de calcul mental aussi d'ailleurs).
Bien sur que toutes les distractions numériques (réseaux sociaux, vidéos faites pour capter leur attention 10 sec avant de passer à la suivante) ont empiré le problème. Mais la faillite du système éducatif qui justement n'éduque plus et ne fait presque que de la garderie date de bien plus tôt.
L'IA arrive encore au dessus de ça : les élèves ont toujours eu l'impression que le travail qu'on leur demande est à la fois rébarbatif et inutile (mais soyons honnêtes, on avait déjà cette impression bien avant, c'est naturel), et maintenant ils ont un outil à disposition qui le fait plus vite et très souvent mieux qu'eux.
Il n'y a pas de volonté politique autour de l'éducation, juste celle de réduire les coûts, et fabriquer des idiots ça sert à la fois à avoir de futurs moutons et à alimenter un mépris générationnel envers les plus jeunes.
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Avatar de virginieh
Membre expérimenté https://www.developpez.com
Le 30/06/2026 à 8:43
Citation Envoyé par Fagus Voir le message
Si c'est pour moi, je n'ai pas de mépris générationnel même si ça y resemble. Je connais aussi une partie de la nouvelle génération qui est issue des vrais concours (et qui ne s'est pas encore barrée à l'étranger), et pour eux ça va très bien, ils sont toujours très bons.
Non c'est pas pour toi, c'est juste les messages en général que je vois passer maintenant sur internet (et le plus souvent des plus agés). Même si tu as parlé de barrière générationnelle, comme je te l'ai dit je pense plutôt que c'est une barrière technologique mais la baisse du niveau d'éducation date d'avant l'arrivée d'internet, des réseaux sociaux et de l'IA.

Mon avis c'est juste que l'éducation publique complètement défaillante, a frappé très durement une partie de la population, mais les enfants issus de familles avec un bon capital culturel et bien étayés par leurs ainés, eux continuent de s'en sortir , et c'est comme ça qu'on s'est hissé au top de l’inégalité de l'OCDE
Complètement d'accord avec toi.
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Avatar de totozor
Expert confirmé https://www.developpez.com
Le 02/07/2026 à 13:17
Citation Envoyé par calvaire Voir le message
Ah bah la on a le jackpot de ouin ouin je suis une victime.
J'étais nul à l'école, c'est de la faute des autres et du systeme qui ne s'adapte pas à MOI.
Les parents n'arrivent pas à éduquer et instruire leurs enfants, c'est la faute des méchants capitalistes ....personne n'a forcé ces parents a devenir parents, et personne ne les a forcée pour faire ces métiers qu'ils trouvent difficiles...
Ah bah la on a le jackpot du mépris de classe.
Je n'étais pas si nul à l'école parce que j'avais des parents avec un capital culturel suffisant pour assurer ce que l'école était incapable de faire. Voir pire, ce que l'école essayait de détruire.
Mon problème personnel n'est pas que l'école ne s'est pas adaptée à moi, c'est qu'elle l'a trop fait. J'ai subi le harcèlement scolaire mais l'essentiel ne venait pas des élèves mais des profs, des CPE et autres directeurs.
Je me suis battu contre un système qui a essayé de me broyer de mes 8 ans à mes 25 ans. Et je n'ai pu faire ça que parce que j'ai un caractère de cochon et des parents soutenant.
Tu es un bon élève qui rentre bien dans le moule. Toutes mes félicitations, tu as vécu l'école en mode facile.
J'ai vécu l'école en mode hardcore, heureusement j'avais le cheatcode des parents aisés de l'élite culturelle. Sans ça j'aurais fini caissier je ne sais où, détruit par un système qui a dit pendant toute ma construction que je n'étais un bon à rien, voué à l'échec et à la médiocrité.
Tu peux choisir ton métier? Toutes mes félicitations, tu as encore pris la vie en mode facile.
Quand tu es travailleur non qualifié tu peux avoir la chance de choisir ton travail, tu as le choix entre un travail de merde où ton chef te traite comme une merde ou un travail de merde où ton chef te traite comme de la merde. Choix cornélien.
Chef qui, d'ailleurs, prétexte de traiter tout le monde comme de la merde parce qu'ils ne restent pas longtemps donc autant qu'ils soient efficaces tant qu'ils sont là.
Surtout en france ou l'école et gratuite et la plupart des formations pour se reconvertir est gratuite/financé par france travail.
Tu es belge, c'est peut être différent dans ton pays.
Je suis Français en Belgique
L'école est gratuite (souvent) c'est différents si tu vises un peu trop haut.
Mais c'est marrant comme l'orientation est corrélée au statut social des parents.
Comment ça le fils à papa fera une grande école, peu importe ses résultats?
Comment ça le fils de camionneur a peu de chances de finir ses études d'ingénieur? (Les parents n'ont pas assez d'argent pour payer l'école donc il fait un emprunt à taux 0. Il doit travailler pour rester à l'école, ce qui handicape ses chances de réussir ses examens. Examens qu'il n'a pas le choix de réussir parce qu'il ne peut pas financer un redoublement et que quitter l'école rime avec augmentation du taux de l'emprunt. Bref tout le pousse à l'échec scolaire, qui le pousse dans une précarité avant même d'avoir un diplome qui ouvre vers du travail).
Oui j'ai grandi avec un cuillière argentée dans la bouche mais l'école s'est évertuée à me mettre des batons dans les roues et plutot que de rester sur mon piédestal je me suis interressé à mes camarades d'école et à leur situation et je me suis rendu compte à quelle point la vie est parfois dégueulasse. Certains potes ont échoué alors qu'ils méritaient largement plus leur diplome que moi ou que notre peigne cul de major de promo dont le seul mérite est d'avoir un papa DG qui offre 10 stages à des élèves de l'école.
Je fais des journées de 11h et j'arrive le matin ET le soir à avoir le temps et la force de m'occuper de mes enfants....
Quelle distance as tu parcouru?
Quelles charges as-tu porté?
Pendant combien de temps as-tu du rester attentif à 100% au risque de te blesser gravement ou de voir un collègue blessé gravement?
Tu passes probablement la majorité de ta journée le cul vissé sur une chaise molletonnée.
Toute mes félicitation tu as gagné au jeu de la vie mais tu as activé le mode facile. Rends toi juste compte que certains n'ont pas eu cette chance.
Respectes les.
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