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Plus on délègue à l'IA, moins on sait faire sans elle : le paradoxe de l'augmentation cognitive qui finit par amputer la cognition qu'elle prétendait amplifier, selon des études

Le , par Stéphane le calme

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26  0 
Alors que des centaines de millions de personnes délèguent quotidiennement leurs tâches cognitives à ChatGPT, Claude ou Gemini, plusieurs études convergentes tirent la sonnette d'alarme : l'usage intensif des assistants conversationnels pourrait éroder nos capacités de mémorisation, de raisonnement critique et même d'originalité créatrice. Entre dette cognitive, capitulation intellectuelle et homogénéisation de la pensée, un tableau préoccupant se dessine au moment précis où l'industrie cherche à rendre ces outils encore plus omniprésents.

Tout commence, ou presque, dans les locaux du MIT Media Lab, où la chercheuse Nataliya Kosmyna observe quelque chose d'inquiétant parmi les stagiaires dont elle examine les candidatures. Les lettres de motivation qui lui parviennent se ressemblent étrangement : bien construites, bien polies, mais creuses, décrochées de son travail de recherche dès le deuxième paragraphe. Elle n'a aucun mal à deviner leur origine. Parallèlement, dans ses cours au Massachusetts Institute of Technology, elle remarque que ses étudiants semblent retenir moins d'information que leurs prédécesseurs et oublier la matière plus vite.

Pour aller au-delà du ressenti, Kosmyna monte une expérience rigoureuse. Elle recrute 54 participants âgés de 18 à 39 ans et les répartit en trois groupes chargés de rédiger plusieurs essais de type SAT sur des sujets variés. Le premier groupe utilise ChatGPT, le second Google (sans résumés générés par IA), et le troisième n'utilise aucun outil. L'originalité méthodologique tient à l'équipement de chaque participant d'un électroencéphalogramme (EEG) pour mesurer en temps réel l'activité électrique du cerveau sur 32 régions distinctes.

Les résultats, publiés sous la forme d'un preprint intitulé « Your Brain on ChatGPT: Accumulation of Cognitive Debt when Using an AI Assistant for Essay Writing Task », sont sans équivoque. La connectivité cérébrale diminuait systématiquement avec le niveau de soutien externe : le groupe sans assistance présentait les réseaux les plus forts et les plus étendus, le groupe utilisant un moteur de recherche montrait une activité inférieure d'environ 34 à 48 %, et le groupe LLM affichait le couplage global le plus réduit, à -55%.

Mais ce qui frappe davantage encore, c'est la dimension comportementale. Sur le plan du comportement, c'est dans la capacité à reconnaître la paternité de son propre travail que les différences sont les plus flagrantes : 83 % des utilisateurs de ChatGPT ont déclaré avoir des difficultés à se remémorer le texte qu'ils avaient rédigé quelques minutes auparavant. Sur quatre mois, les choses s'aggravent : les membres du groupe ChatGPT sont devenus de plus en plus passifs, ayant souvent recours au copier-coller pour rédiger leurs essais en fin d'étude.

Cette dégradation progressive, les chercheurs la nomment « dette cognitive » (cognitive debt) : elle s'accumule session après session, et les participants ayant utilisé ChatGPT pendant trois sessions puis contraints d'écrire sans assistance n'ont jamais retrouvé les niveaux de connectivité neurale du groupe sans outil. L'atrophie, en d'autres termes, ne se résorbe pas spontanément.

Il convient de noter que cette étude n'a pas encore été soumise à l'évaluation par les pairs, et que l'échantillon est relativement restreint. Kosmyna elle-même a tenu à publier ses conclusions rapidement, précisément pour alerter avant que les effets à long terme ne soient irréversibles.


La « capitulation cognitive » : faire confiance au robot même quand il a tort

Si l'étude du MIT explore les traces neurophysiologiques du délestage cognitif, des chercheurs de l'école Wharton de l'Université de Pennsylvanie s'attaquent à son mécanisme psychologique profond. Leur papier, intitulé « Thinking — Fast, Slow, and Artificial », prolonge le cadre théorique de Daniel Kahneman (le système 1 (pensée intuitive rapide) et le système 2 (raisonnement délibéré lent)) en y ajoutant un troisième acteur : la cognition artificielle, qu'ils baptisent « système 3 ».

Les participants devaient répondre à des tests de réflexion cognitive conçus pour mesurer si l'on raisonne par instinct ou par délibération. Certains avaient accès à un chatbot délibérément programmé pour donner des réponses incorrectes environ la moitié du temps. Le résultat est saisissant : les participants ont accepté les réponses du chatbot dans 93 % des cas lorsqu'elles étaient correctes, et dans près de 80 % des cas lorsqu'elles étaient erronées.

Les chercheurs nomment ce phénomène « cognitive surrender », traduit en français par capitulation cognitive. La capitulation cognitive représente une abdication plus profonde que le simple délestage cognitif : l'utilisateur renonce au contrôle de l'évaluation critique et adopte le jugement de l'IA comme le sien propre. Ce n'est pas la paresse ; c'est la déférence épistémique....
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Avatar de Anselme45
Membre extrêmement actif https://www.developpez.com
Le 21/04/2026 à 12:00
Ce qui a fait la réussite du genre humain dans l'évolution des espèces, c'est sa capacité à "faire avec le moindre effort"...

Ce qui a fait son succès au fil des millénaires va être la cause de sa disparition en quelques années à cause de l'IA!

Et oui, pourquoi apprendre une langue pendant des années quand une IA peut vous traduire une phrase en 100 langues différentes en quelques secondes? Pourquoi est-ce que un étudiant universitaire devrait entraîner ses capacités d'analyse et de réflexion, l'IA va bien faire son travail à sa place...

Au final, l'IA va être un producteur intensif de crétins
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Avatar de fdecode
Membre habitué https://www.developpez.com
Le 21/04/2026 à 15:10
Citation Envoyé par Stéphane le calme Voir le message
Plus on délègue à l'IA, moins on sait faire sans elle
C'est à peu près vrai de tous les outils.

Le fond du problème est d'ailleurs d'ordre sélectif:
  • Dans le travail, l'IA permet aux personnels déjà formés de mieux répondre aux contraintes de rentabilité plus fortes, mais en conséquence, ils perdent progressivement leur capacité à répondre rapidement de manière autonome aux demandes,
  • Dans la formation des jeunes, l'IA rend obsolète l'acquisition d'un savoir autonome, et ils n’acquièrent donc pas ces connaissances fondamentales.

Toute l'histoire de notre civilisation est comme ça: une perte d'autonomie individuelle face à la technostructure.
Qui saurait survivre et trouver sa nourriture sans l'aide de notre agriculture industrielle et de nos réseaux de distribution?
6  0 
Avatar de fdecode
Membre habitué https://www.developpez.com
Le 21/04/2026 à 17:02
Citation Envoyé par Ryu2000 Voir le message
Là c'est bien pire que tout ce qu'on a vu jusqu'à présent.
Des jeunes vont trop se reposer sur les chatbots IA et ne feront jamais le moindre effort de réflexion.
Cela dépend des points de vue. Certains vous diront que ne plus savoir trouver sa pitance dans la nature par ses propres moyens et sans dépendre de l'industrie agroalimentaire est la plus grande et la plus grave capitulation de l'humanité.
Le point de vue se comprend: après tout, l'alimentation est le socle minimal pour la survie.
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Avatar de Fagus
Membre expert https://www.developpez.com
Le 21/04/2026 à 18:25
Citation Envoyé par Ryu2000 Voir le message
Des jeunes vont trop se reposer sur les chatbots IA et ne feront jamais le moindre effort de réflexion.
Ils ont le choix entre faire un effort et trouver une solution seule, ou demander au chatbot d'IA et avoir instantanément une bonne réponse.

Ils vont commencer par l'utiliser pour rédiger des messages sur les applications de rencontre ou pour écrire des SMS à leur conjoint, après ils vont s'en servir pour remplacer les moteur de recherche, à la fin ils vont peut-être l'utiliser pour faire leur Devoir à la Maison...
C'est déjà bien pire.
J'en discute avec tous les enseignants que j'ai sous la main. tout le monde m'a dressé un tableau dramatique en aggravation franche (sauf une pote qui enseigne dans les REP+ du "9 3", elle brosse un tableau apocalyptique constant depuis au moins 15 ans).
Ex : prof de lettres classiques : "je ne donne plus aucun devoir à la maison car ça ne m'intéresse pas de corriger chatGPT" "en classe, j'arrive encore à inventer des exercices auxquels les chatbots échouent pour le moment " "au bac, j'ai des élèves qui ne savent plus quoi faire car ils n'ont pas appris par coeur l'analyse du texte qui leur est soumis [alors qu'ils ont le temps pour analyser le texte et que ça n'a aucun sens d'apprendre par coeur une analyse]."

Prof de math agrégé : "Je pense à changer de métier car je fais semblant d'enseigner à des élèves qui comprennent quelque chose à ce que je dis ; et les élèves font juste semblant de comprendre quelque chose mais c'est même pas 10%"

Enseignante chercheur de licence-master de bio (maintenant juste chercheuse) "en fin de licence ils ne comprennent pas les énoncés. j'en ai même qui ne savent pas lire l'heure sur une pendule analogique pour déterminer la fin de l'épreuve. même en leur faisant la correction pendant l'épreuve, individuellement, ils n'ont pas eu la moyenne" .

On vit une époque formidable... pour les esprits bien formés qui n'auront aucune difficulté à sortir du lot...
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Avatar de fdecode
Membre habitué https://www.developpez.com
Le 21/04/2026 à 16:31
Citation Envoyé par Ryu2000 Voir le message
à la fin ils vont peut-être l'utiliser pour faire leur Devoir à la Maison...
C'est déjà le cas. Je connais des enseignants qui isolent complètement les élèves pendant les épreuves pour éviter toute forme d'aide par IA. Si l'élève doit aller aux toilettes, il rend sa copie.

Citation Envoyé par Ryu2000 Voir le message
La thèse de doctorat d'un type né en 2015 sera quasiment intégralement réalisé par un chatbot IA.
C'est une question complexe. La rédaction par IA est détectable pour l'instant. Même un outil grand public comme GPTzero peut donner des résultats étonnamment justes. Les outils pour altérer la statistique des textes générées par des IA commencent à apparaitre, mais je ne sais pas ce qu'ils valent.
Pour ce qui est de la recherche effectuée, l'IA est un excellent outil de recherche bibliographique, et peut aussi apporter des débuts de solution.
Mais pour l'instant, c'est le chercheur ou l'apprenti chercheur qui reste à la manœuvre pour la partie innovante et pour diriger l'exploration.

Le problème le plus immédiat est qu'il viendra un moment où ce ne sera plus directement rentable de recruter des thésards, car l'IA fournira plus rapidement des réponses pertinentes aux équipes de recherche.
Le recrutement de thésard sera alors un effort responsable à faire par les équipes de recherche afin de renouveler les générations.
Et cela va s’aggraver du fait que la formation fondamentale reçue par les étudiants sera dégradée à cause de l'IA.
Les lourdeurs administratives, toujours croissantes en France, lors du recrutement des thésards ne vont pas aider non plus...

En fait, ces problèmes de recrutement se voient déjà avec les stagiaires, même pour les stages de recherche.
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Avatar de Ryu2000
Inactif https://www.developpez.com
Le 21/04/2026 à 16:12
Citation Envoyé par fdecode Voir le message
Qui saurait survivre et trouver sa nourriture
Là c'est bien pire que tout ce qu'on a vu jusqu'à présent.
Des jeunes vont trop se reposer sur les chatbots IA et ne feront jamais le moindre effort de réflexion.
Ils ont le choix entre faire un effort et trouver une solution seule, ou demander au chatbot d'IA et avoir instantanément une bonne réponse.

Ils vont commencer par l'utiliser pour rédiger des messages sur les applications de rencontre ou pour écrire des SMS à leur conjoint, après ils vont s'en servir pour remplacer les moteur de recherche, à la fin ils vont peut-être l'utiliser pour faire leur Devoir à la Maison...

La thèse de doctorat d'un type né en 2015 sera quasiment intégralement réalisé par un chatbot IA.
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Avatar de fdecode
Membre habitué https://www.developpez.com
Le 21/04/2026 à 17:25
Citation Envoyé par Ryu2000 Voir le message
Quand quelqu'un fait un doctorat il sait que ça lui fermera plus de porte que ça lui en ouvrira.
Quelqu'un qui est vissé à l'idée de faire une carrière académique en France fait peut-être un mauvais choix.
Mais si vous envisagez le recrutement dans le privé comme une possibilité intéressante, je pense que la thèse vous ouvre des perspectives.
Il est vrai que la France maintient sans doute encore un biais négatif vis à vis des docteurs. Il ne faut pas hésiter à s'expatrier si nécessaire; c'est une porte qui est ouverte aux docteurs, en tout cas sur des thématiques exportables.
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Avatar de Fagus
Membre expert https://www.developpez.com
Le 21/04/2026 à 18:35
Citation Envoyé par fdecode Voir le message
Cela dépend des points de vue. Certains vous diront que ne plus savoir trouver sa pitance dans la nature par ses propres moyens et sans dépendre de l'industrie agroalimentaire est la plus grande et la plus grave capitulation de l'humanité.
Le point de vue se comprend: après tout, l'alimentation est le socle minimal pour la survie.
En vrai c'est pas si dur avec les outils, c'est juste les gens des villes qui ne savent pas le faire, mais c'est un savoir assez répandu.

Il y a beaucoup de gens qui gèrent un jardin potager. Les forêts sont pleines de cueilleurs. Il y a beaucoup de haies sauvages et lisières productives en fin d'été. En automne c'est la fête. Là ramasser les orties c'est encore bon.
Mes potes à la campagnes savent élever les ruminants (j'ai juste de l'XP en poules).
Pour la chasse... la forêt est pleine de chasseurs, et en fait les humains sont des super-prédateurs nés (enfin, pas tout le monde mais c'est fréquent). La plupart des gens tu leur files un fusil, le résultat est bon.

Même avec un arc, avec un peu d'entraînement on tire bien. Par contre, s'il faut fabriquer un arc composite et des flèches à pointes métalliques j'aurais besoin de chatGPT
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Avatar de
https://www.developpez.com
Le 21/04/2026 à 14:06
Plus on délègue à l'IA, moins on sait faire sans elle
Petite nuance pratique : si, avant de déléguer à l’IA on ne savait déjà pas ou plus faire alors effectivement, moins on saura faire sans elle.

le paradoxe de l'augmentation cognitive qui finit par amputer la cognition qu'elle prétendait amplifier
Il y a d'autres études relatives à l'IA qui ont mis en évidence ses effets irréversibles sur les capacités cognitives, notamment chez les zoomers.

Le documentaire du youtubeur français "Micode" intitulé "La Fabrique à idiots" est assez pertinent:
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Avatar de Ryu2000
Inactif https://www.developpez.com
Le 21/04/2026 à 16:59
Citation Envoyé par fdecode Voir le message
Le problème le plus immédiat est qu'il viendra un moment où ce ne sera plus directement rentable de recruter des thésards
J'ai bossé dans une société de service elle adorait recruter des doctorants, voir des gens qui venaient d'avoir un doctorat, il devait y avoir une magouille de CIFRE (Convention Industrielle de Formation par la Recherche) ou de CIR (Crédit Impôt Recherche), l'entreprise devait forcément avoir un avantage à recruter ce type de profil.

Les gars ne bossaient même pas sur quelque chose en rapport avec leur thèse, ils étaient mal payé.

Quand quelqu'un fait un doctorat il sait que ça lui fermera plus de porte que ça lui en ouvrira.
Bon à la limite celui qui a fait une thèse en lien avec l'IA a peut-être trouvé un job en 2024...
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