Alors que Meta s'apprête à supprimer 8 000 postes dès le 20 mai 2026, le groupe de Mark Zuckerberg déploie en parallèle un logiciel de surveillance baptisé « Model Capability Initiative » sur les postes de travail de ses employés américains. Chaque frappe clavier, chaque mouvement de souris, chaque capture d'écran occasionnelle alimente désormais l'entraînement d'agents IA destinés à automatiser des tâches de bureau. Le cynisme du procédé n'a pas échappé aux intéressés, qui ont réagi avec une vague d'émojis colère en interne avant d'apprendre qu'il n'existait aucune option de refus.Meta installe sur les ordinateurs de ses employés basés aux États-Unis un logiciel de surveillance destiné à capturer mouvements de souris, clics et frappes clavier, en vue d'alimenter l'entraînement de ses modèles d'intelligence artificielle. L'outil, baptisé Model Capability Initiative (MCI), s'applique à une liste prédéfinie d'applications et de sites professionnels, et prend également des captures d'écran ponctuelles du contenu affiché.
L'annonce a été faite aux employés via un mémo interne. Le programme sera chargé d'enregistrer les écrans des salariés au fil de leur travail quotidien. Selon les informations de Reuters, la divulgation est venue d'un chercheur en IA au sein d'une chaîne interne réservée à l'équipe Meta Superintelligence Labs. L'objectif déclaré est d'améliorer les modèles IA dans les domaines où ils peinent encore à reproduire les interactions humaines avec les interfaces : choisir dans des menus déroulants, utiliser des raccourcis clavier, naviguer dans des applications bureautiques. Le mémo interne, cité par Reuters, résumait la philosophie avec un certain aplomb : « Voilà comment tous les employés de Meta peuvent aider nos modèles à progresser, simplement en faisant leur travail quotidien. »
Le porte-parole de Meta, Andy Stone, a confirmé que les données collectées par le MCI ne seront pas utilisées pour évaluer les performances des employés, ni pour aucune autre finalité que l'entraînement des modèles, et que des mécanismes de protection du « contenu sensible » sont en place... sans préciser lesquels.
L'Agent Transformation Accelerator, ou comment renommer la surveillance en stratégie
Le déploiement du MCI s'inscrit dans une restructuration organisationnelle plus large que le directeur technique de Meta, Andrew Bosworth, a présentée dans un mémo séparé. Le programme « AI for Work », rebaptisé Agent Transformation Accelerator (ATA), vise à accroître la collecte de données en interne. Bosworth n'a pas précisé exactement quelles données seraient utilisées dans ce cadre, mais a déclaré que Meta serait « rigoureuse » dans la « constitution de données et d'évaluations pour tous les types d'interactions que nous avons dans notre travail ».
La vision portée par le CTO ne manque pas de franchise : « Notre vision est de construire un monde où nos agents font principalement le travail, et où notre rôle est de les diriger, de les évaluer et de les aider à s'améliorer. » Bosworth évoque un « circuit fermé » dans lequel les agents pourraient « voir automatiquement là où nous avons eu besoin d'intervenir, afin de s'améliorer la prochaine fois ».
L'objectif à terme est de construire des agents IA capables d'accomplir des tâches de bureau en toute autonomie, exactement le type de logiciels que Meta cherche à commercialiser en concurrence directe avec OpenAI et Anthropic. Ces agents disposent déjà d'énormes quantités de données textuelles, mais manquent cruellement d'exemples concrets d'utilisation réelle d'interfaces graphiques. Le MCI est précisément conçu pour combler ce déficit.
Réactions internes : colère et absence de porte de sortie
La réception en interne a été sans équivoque. L'une des réponses les plus plébiscitées sur la plateforme interne de Meta était : « Ça me met vraiment mal à l'aise. Comment fait-on pour ne pas participer ? » La réaction dominante à l'annonce était un émoji visage en colère. La réponse de la direction à cette question n'a guère apaisé les tensions. Andrew Bosworth a précisé qu'il n'existait aucune option de désinscription pour les appareils fournis par l'entreprise.
Selon les informations de Business Insider, le logiciel s'applique uniquement à un ensemble prédéfini d'applications professionnelles approuvées, notamment Gmail, GChat et un assistant IA interne. Cette limitation de périmètre n'a manifestement pas convaincu les employés, dont beaucoup perçoivent le dispositif comme un pas supplémentaire vers une surveillance systématique de l'activité au travail.
La méfiance est d'autant plus grande que des experts en culture organisationnelle avertissent qu'un tel suivi pourrait freiner la créativité et l'innovation : lorsque les employés se savent constamment surveillés, ils tendent à devenir plus prudents et moins enclins à explorer. La...
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