Google a rejoint OpenAI et xAI comme fournisseur IA classifié du Pentagone, signant un accord qui autorise l'utilisation de ses modèles pour « tout usage gouvernemental légal ». La veille, plus de 600 employés avaient publiquement supplié Sundar Pichai de refuser. Il n'a pas répondu... il a signé. Anthropic, elle, avait refusé la même clause et s'est retrouvée blacklistée. Le marché militaire de l'IA américaine vient de poser ses règles : dedans ou dehors, sans négociation possible. En 2018, 4 000 employés Google avaient réussi à faire renoncer leur entreprise au projet Maven, qui visait à améliorer les opérations des drones en utilisant des technologies de reconnaissance d'images pour la détection automatique (trouver plus facilement des cibles militaires). En 2026, 600 signatures, dont celles de directeurs et vice-présidents, n'ont pas retardé l'accord avec le Pentagone d'une seule heure.La nouvelle a fuité mardi 28 avril via The Information, qui cite une source anonyme proche du dossier : Google a signé un accord classifié avec le Département américain de la Défense autorisant le Pentagone à utiliser ses modèles d'IA pour « tout usage gouvernemental légal ». L'accord a été révélé quelques heures à peine après qu'une lettre ouverte, signée par plus de 600 employés de Google DeepMind et Cloud, avait atterri sur le bureau de Sundar Pichai pour lui demander l'exact opposé.
L'accord classifié est structuré comme une extension du contrat existant de Google avec le Pentagone, offrant un accès API plutôt qu'un développement de modèles sur mesure. Le Pentagone peut désormais se connecter directement aux logiciels de Google sur des réseaux classifiés, ces systèmes isolés de l'internet public qui gèrent la planification des missions, l'analyse du renseignement et le ciblage des armements.
La trajectoire de Google vers ce point est méthodique. En décembre 2022, Google remportait une part du contrat Pentagon Joint Warfighting Cloud Capability à 10 milliards de dollars. En décembre 2025, le Pentagone lançait GenAI.mil, alimenté par le chatbot Gemini de Google. En mars 2026, Google déployait des agents Gemini auprès des trois millions d'agents du Pentagone sur des systèmes non classifiés. En avril 2026, Google étendait cet accès aux réseaux classifiés. Chaque étape, prise isolément, semblait défendable. Additionnées, elles dessinent une conversion complète.
Maven, acte II : une révolte interne ignorée en 24 heures
Pour comprendre le séisme symbolique que représente cet accord, il faut remonter à 2018. À l'époque, Google s'était retiré du programme Maven du Pentagone à la suite d'une révolte similaire des employés. Ce projet impliquait Google dans le développement d'outils d'IA pour analyser des images de drones. La pression interne avait fonctionné. Des milliers d'employés avaient signé une pétition, plusieurs ingénieurs avaient démissionné, et la direction avait cédé.
En 2026, l'histoire se répète, mais avec un dénouement inverse. Dans leur lettre ouverte au PDG, les employés de Google assignés aux systèmes d'IA ont exprimé leurs inquiétudes concernant les négociations en cours avec le Département de la Défense, estimant que la technologie n'était pas appropriée pour des « charges de travail classifiées ». Leur argument central : « La seule façon de garantir que Google ne soit pas associé à de tels préjudices est de rejeter toutes les charges de travail classifiées. Sinon, de tels usages pourraient se produire à notre insu ou sans que nous ayons le pouvoir de les arrêter. »
Le timing révèle un déséquilibre de pouvoir flagrant. L'activisme des employés avait fonctionné en 2018, quand les talents en IA étaient rares et que les entreprises se disputaient férocement les meilleurs chercheurs. Mais en 2026, avec des pressions économiques croissantes et des contrats de défense représentant des flux de revenus juteux, les priorités de l'entreprise ont clairement évolué. La décision de Google de signer l'accord le lendemain même de la réception des objections des employés envoie un message sans équivoque sur le poids relatif de leurs préoccupations.
La clause qui tue : « tout usage gouvernemental légal »
Le cœur du problème réside dans l'architecture même de l'accord. Le principe général est large : le Pentagone peut utiliser les modèles Google pour « tout usage gouvernemental légal ». L'accord contient bien des formulations restrictives (le système « ne doit pas être utilisé pour la surveillance intérieure de masse ou les armes autonomes sans surveillance humaine appropriée »), mais ces clauses sont consultatives, pas contraignantes. C'est précisément ce que les employés ont identifié comme le vice rédhibitoire : sur des réseaux classifiés isolés de l'internet, Google ne peut pas vérifier ce que le Pentagone fait réellement de ses modèles. Et l'accord précise explicitement que Google ne disposera d'aucun droit de veto sur les décisions opérationnelles du gouvernement.
Cette formulation, délibérément floue, est précisément ce qui avait conduit à la rupture avec Anthropic quelques semaines plus tôt. Anthropic avait refusé la formulation permettant l'utilisation de sa technologie à « toute fin légale ». Les principaux points de friction concernaient les usages potentiels liés à la surveillance intérieure et aux systèmes d'armes autonomes. Après l...
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