30 milliards de dollars sans avoir investi un centime : au procès Musk contre OpenAI, Greg Brockman incarne à lui seul la contradiction d'une entreprise qui se dit encore à but non lucratif tout en ayant fait naître des fortunes colossales dans ses propres rangs. La deuxième semaine d'audience à Oakland a transformé ce qui ressemblait à un règlement de comptes entre milliardaires en un débat de fond sur la nature même de l'IA et ceux qui la contrôlent.Quand l'avocat de Musk, Steven Molo, a demandé à Greg Brockman de confirmer la valeur de ses parts dans OpenAI, la réponse a résonné dans la salle d'audience du tribunal fédéral Ronald V. Dellums d'Oakland comme un aveu involontaire : près de 30 milliards de dollars. La réplique de Molo est restée dans les comptes rendus du jour : « Vous vous retrouvez juste 30 milliards de dollars plus riche ? » Brockman a répondu que la rémunération avait toujours été « secondaire par rapport à la mission ».
Ce qui rend la situation particulièrement saisissante, c'est que Brockman n'a personnellement investi aucun argent dans OpenAI. Sa participation lui a été octroyée par le conseil d'administration en 2018, des années avant le lancement de ChatGPT, à une époque où rien ne garantissait que l'organisation réussirait ni financièrement ni technologiquement. Brockman a précisé qu'il n'avait pas participé au vote du conseil qui lui avait attribué ces parts.
Cette participation le placerait, selon Forbes, entre la 80e et la 90e position mondiale des fortunes personnelles. Il détient par ailleurs 471 millions de dollars en actions de Stripe, où il avait servi comme directeur technique avant OpenAI.
La défense d'OpenAI a tenté de contrebalancer cette image en rappelant que la fondation à but non lucratif détient elle-même une participation d'une valeur supérieure à 150 milliards de dollars dans la société, et que les employés possèdent collectivement environ 25 % des parts. Argument de portée limitée face à la force rhétorique du chiffre brut.
Le journal intime qui contredit la mission
La stratégie de l'équipe juridique de Musk s'est construite autour d'une contradiction documentaire : d'un côté, les déclarations publiques de Brockman sur la primauté de la mission humaniste ; de l'autre, son journal personnel. Une entrée de 2017 introduite devant le jury montre Brockman écrivant : « Financièrement, qu'est-ce qui me permettra d'atteindre 1 milliard de dollars ? »
Molo a tenté de montrer aux neuf jurés que les intérêts financiers de Brockman dans d'autres sociétés (comme la société de cloud computing CoreWeave ou la firme de fusion Helion Energy, qui ont conclu des accords avec OpenAI) étaient problématiques. Dans ses courriels, Brockman affirmait que « notre principal atout est la haute moralité » ; son journal raconte une autre histoire.
L'épisode du don promis de 100 000 dollars est devenu un autre angle d'attaque efficace. Brockman avait promis de donner personnellement cette somme à OpenAI. Il ne l'a jamais fait. Sur la barre, il a justifié ce manquement en expliquant qu'il avait demandé à Sam Altman quand effectuer ce don, et qu'Altman lui avait dit qu'il le ferait savoir. Molo n'a pas manqué de souligner l'ironie : l'homme qui n'a pas versé 100 000 dollars n'a pas non plus donné les 29 milliards restants à la fondation. Brockman n'a pas eu de réponse directe à cette question.
Musk, Tesla et le travail gratuit d'OpenAI
L'une des révélations les plus explosives de la semaine est venue de Brockman lui-même, sur un sujet que personne n'attendait. Brockman a révélé que Musk avait recruté plusieurs employés d'OpenAI pour effectuer des mois de travail gratuit pour lui chez Tesla. Ce travail portait principalement sur la refonte de l'approche de la conduite autonome au sein de l'équipe Autopilot, en 2017.
Concernant le départ du chercheur Andrej Karpathy pour Tesla, Brockman a déclaré que Musk lui avait présenté des « excuses et une confession » après le fait accompli, et que ni Musk ni Karpathy ne l'avaient informé à l'avance du départ prévu. Ce témoignage va à l'encontre de la version de Musk, qui avait affirmé lors de la première semaine que Karpathy avait planifié son départ de lui-même.
Brockman a également décrit Musk comme quelqu'un qui ne comprenait pas vraiment l'IA, et qui aurait humilié un chercheur au point que celui-ci avait failli quitter le domaine. Ce chercheur est devenu par la suite l'une des figures clés derrière ChatGPT.
La scène du tableau arraché et la mécanique...
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