La rébellion contre les centres de données dédiés à l'IA prend de l'ampleur aux États-Unis : 69 collectivités locales bloquent les nouvelles constructions, dont quatre ont adopté des mesures définitivesLes Big Tech américains font face à une opposition citoyenne grandissante aux États-Unis contre l'expansion massive des centres de données dédiés à l'IA. Les habitants dénoncent la hausse des prix de l'électricité, les avantages fiscaux excessifs et la menace que l'IA fait peser sur l'emploi. Face à ces blocages politiques et sociaux croissants, de grands projets sont désormais annulés ou suspendus dans plusieurs États. Cette résistance généralisée pousse certains experts à envisager le transfert de ces infrastructures vers l'espace orbital. De son côté le milliardaire Kevin O'Leary estime que les opposants aux projets de centre de données sont des payés pour le faire.
De nombreux hyperscaleurs spécialisés dans l'IA aux États-Unis se précipitent pour construire des centres de données à travers le pays, dans leur course pour devenir la force dominante dans le domaine de l'IA. Mais cet investissement effréné dans les centres de données entraîne des pénuries de diverses ressources. Le débat autour des infrastructures d’IA s’intensifie, car les habitants s’inquiètent de leur impact sur l’environnement et leur portefeuille.
Une rébellion grandissante s'organise à travers les États-Unis contre la construction de centres de données destinés à l'IA. Cette opposition, qui transcende les clivages politiques, s'intensifie de manière spectaculaire, menant à l'annulation de grands projets de plusieurs milliards de dollars. Selon de récents rapports, jusqu'à 69 collectivités locales bloquent les nouvelles constructions de centre de données, dont quatre ont adopté des mesures définitives.
Un incident a notamment vu la maison d’un homme politique de l’Indiana prise pour cible par un agresseur inconnu qui a laissé le message « PAS DE CENTRES DE DONNÉES » sur le pas de sa porte. Les rapports mentionnent également la démission ou l'éviction en masse de membres de conseils municipaux qui ont approuvé des projets de centre de données, alors que les habitants se révoltaient contre l'impact de ces campus sur leur mode de vie.
Une contestation nationale contre les centres de données
Dans le nord de la Virginie, plaque tournante historique de ces infrastructures, le développeur Compass Datacenters a dû abandonner un projet colossal de 25 milliards de dollars face à la forte hostilité des résidents. L'impopularité des centres de données y est flagrante, le soutien public des électeurs ayant chuté de 69 % à 35 % en l'espace de deux ans. Selon les commentaires des groupes d'opposition, « ces campus sont nuisibles à leurs localités ».
Cette tendance se confirme à Seattle, où deux promoteurs ont retiré leurs projets après que les élus de la ville ont reçu plus de 54 000 messages d'alerte du public, poussant la municipalité à envisager un moratoire d'un an sur ces nouvelles installations. De son côté, le Maine a récemment failli interdire les nouveaux centres de données pendant 18 mois : les législateurs ont adopté la mesure, mais le gouverneur l'a bloquée de justesse par son veto.
À l'échelle du pays, plus de 140 groupes de défense répartis dans 24 États s'organisent actuellement pour empêcher de nouvelles constructions. D'après le U.S. Data Center Moratorium Tracker, le nombre d'interdictions visant les projets de construction de centre de données aux États-Unis augmente rapidement.
Selon le traqueur, on compte actuellement 50 interdictions actives dans différentes juridictions à travers le pays, dont quatre permanentes, ainsi que trois projets de ban supplémentaires. Entre mars et avril 2026 seulement, 14 nouvelles interdictions ont été enregistrées. Sur les douze derniers mois, la progression est spectaculaire : le traqueur ne recensait que huit moratoires en mai 2025 ; environ un an plus tard, ce chiffre a atteint un total de 78.
Cela va poser un problème à de nombreux hyperscaleurs, d’autant plus qu’ils sont déjà aux prises avec des retards causés par des pénuries de matériel informatique, notamment au niveau des infrastructures électriques. Et alors que les investisseurs dépensent des milliards de dollars sur la promesse que l'IA rapportera beaucoup d’argent, ces retards pourraient les effrayer et entraîner l’assèchement des financements dont dépendent les entreprises.
Impact économique de ces projets et menace pour l'emploi local
La colère des citoyens s'enracine principalement dans les répercussions financières de ces installations massives. Les populations locales refusent de subir des hausses de tarifs d'électricité et de financer des allègements fiscaux pour des géants technologiques sans en tirer de bénéfices directs. Dans le Michigan, par exemple, le fournisseur d'énergie DTE a tenté de conditionner le gel de ses futures hausses de tarifs à l'ouverture d'un centre de données.
Cette méthode a été assimilée à une « demande de rançon » par les autorités locales. Goldman Sachs avertit que la demande liée aux infrastructures d'IA fait augmenter les coûts de l'électricité, des composants électroniques et des logiciels, ce qui va stimuler l'inflation au cours des prochaines années.
À cette pression économique s'ajoute une menace existentielle pour les travailleurs. Les centres de données servent à entraîner des modèles d'IA avancés conçus pour remplacer à terme les employés de bureau. Des entreprises de la tech suppriment déjà des milliers de postes pour investir dans l'IA, à l'image d'Oracle ou encore de Meta, qui surveille informatiquement ses employés pour entraîner des agents d'IA capables de reproduire leur travail.
Les citoyens se retrouvent ainsi dans la position paradoxale de devoir subventionner, via leurs impôts et leurs factures énergétiques, les outils qui élimineront leurs propres emplois. Face à cette hostilité, l'industrie technologique pourrait bientôt se tourner vers l'espace pour accueillir ses centres de données. Selon la théorie de « l'IA orbitale », le placement de fermes de serveurs en orbite terrestre basse devient une option de plus en plus pertinente.
Grâce aux avancées de sociétés comme SpaceX, le coût de lancement dans l'espace a drastiquement chuté et pourrait passer sous la barre des 100 dollars par kilogramme d'ici 2028. À ce prix, il deviendrait financièrement plus avantageux de construire des centres de données en orbite plutôt que d'essayer de les imposer dans des régions réticentes, offrant ainsi aux géants de la technologie une solution radicale pour contourner la rébellion terrestre.
L'essor des centres de données crée des pénuries de composants
Le monde est actuellement confronté à une pénurie massive de puces de mémoire et de stockage. Les centres de données consomment des quantités colossales de composants électroniques, au point de provoquer des tensions sévères sur les chaînes d'approvisionnement mondiales. Une crise similaire menace désormais les CPU, dont le besoin s'intensifie à mesure que les charges de travail d'inférence des grands modèles de langage se multiplient.
Par ailleurs, les prix de gros de l'électricité ont grimpé en flèche jusqu'à 267 % en cinq ans sous l'effet de la demande des centres de données. Cette pression généralisée sur les ressources matérielles et énergétiques complique d'autant plus les projets d'expansion des hyperscaleurs, qui se retrouvent coincés entre des communautés locales hostiles, des infrastructures électriques saturées et des composants de plus en plus difficiles à obtenir.
Selon certains observateurs, cette dynamique de rejet rappelle fortement l'expansion des chemins de fer à la fin du dix-neuvième siècle. À l'époque, cette technologie transformatrice, dominée par de grandes entreprises et largement subventionnée, avait été imposée aux communautés locales avec très peu de concertation, déclenchant le désespoir économique des travailleurs, des émeutes et la destruction de centaines d'infrastructures ferroviaires.
L'écrivain Samuel Butler avait d'ailleurs anticipé ce type de conflit il y a 150 ans dans son roman dystopique Erewhon, où une société décide de détruire toutes ses machines par crainte qu'elles ne finissent par l'asservir. Aujourd'hui, les campus de centres de données font figure de nouvelles gares ferroviaires de l'ère technologique, suscitant l'angoisse et un rejet massif similaires face à des systèmes perçus comme incontrôlables.
Kevin O'Leary soupçonne les protestataires d'être téléguidés
Début mai, à Tremonton, dans le comté de Box Elder (Utah), les commissaires du comté ont été submergés par des centaines de manifestants scandant « Shame ! Shame ! Shame ! » (Honte ! Honte ! Honte !) lorsqu'ils ont voté à l'unanimité en faveur de la construction d'un gigantesque centre de données hyperscale dédié à l'IA. De nombreux habitants de la communauté craignent pour ses effets potentiels sur les prix de l'énergie et l'accès à l'eau.
Face à l'opposition croissante aux centres de données, Kevin O'Leary a opté pour une stratégie de contre-offensive sur les réseaux sociaux, via une vidéo publiée sur X. L'investisseur a affirmé que plus de 90 % des manifestants n'étaient pas des habitants de l'Utah ou du comté de Box Elder, et qu'ils avaient été acheminés par bus depuis d'autres États. Il a ajouté que les protestants étaient des « protestataires professionnels payés par quelqu'un ».
Kevin O'Leary a également suggéré qu'une partie de cette opposition était amplifiée par l'IA, laissant entendre que des comptes ou des commentaires générés automatiquement alimentaient le mouvement de contestation en ligne. Des affirmations présentées sans la moindre preuve à l'appui.
Sur le plan environnemental, Kevin O'Leary s'est présenté comme « le seul développeur de centres de données sur Terre à avoir obtenu un diplôme en études environnementales », se disant pleinement conscient des enjeux liés à l'air, à l'utilisation de l'eau, à la chaleur et au bruit. Le milliardaire a aussi évoqué des technologies de refroidissement avancées et la possibilité d'intégrer du solaire, de l'éolien et des batteries au mix énergétique.
Problème : le projet est alimenté entièrement par du gaz naturel, selon la fiche technique publiquement disponible du centre de données, ce qui contredit frontalement ses déclarations sur les énergies renouvelables. La multiplication rapide des centres de données engendre également des niveaux records d'émission.
L'ampleur du désastre sanitaire lié aux centres de données
Une étude a quantifié ces impacts en dollars via des indicateurs comme le coût social du carbone, mesurant le préjudice économique de chaque tonne de CO2 émise. Il en résulte que le coût réel des centres de données dépasse largement leur prix d'achat. Il ne s'agit pas d'argent, mais de la santé des personnes vivant à proximité. En 2025, les dommages environnementaux causés par les centres de données ont coûté 25 milliards de dollars à l'économie.
Environ 3,7 milliards sont directement liés aux activités d'IA menées dans ces centres. Selon le rapport de l'étude, ce coût représente une externalité, c'est-à-dire une conséquence indirecte de l'activité économique qui impose des coûts à des tiers n'étant pas directement impliqués dans l'activité initiale.
Ces chiffres ne correspondent pas à des dépenses médicales directes ou à des impôts, mais reflètent la valeur économique attribuée à la réduction de l'espérance de vie et aux décès prématurés causés par l'impact environnemental de ces installations. L'auteur indique : « en ce qui concerne la consommation électrique des centres de données, les coûts externes liés à la production d’électricité sont supportés par les consommation exposés aux PM2,5 ».
Nicholas Muller fait référence aux particules fines inhalables qui peuvent présenter de graves risques pour la santé des communautés locales, notamment des maladies pulmonaires, des troubles cardiaques et, dans certains cas, des taux plus élevés de mortalité prématurée. « L'impact des gaz à effet de serre, quant à lui, se manifeste sur le long terme et représente donc une externalité supportée par les générations futures », a expliqué l'auteur.
Source : datacentertracker
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