Le PDG de Mistral AI estime que l'Europe dispose de deux ans pour éviter de devenir un « État vassal » des États-Unis en matière d'IAmais ses propos sont perçus comme un appel aux capitaux pour sa startup
Arthur Mensch, PDG de Mistral AI, avertit que l'Europe n'a que deux ans pour assurer son indépendance technologique face aux États-Unis. Il estime que le continent risque de devenir un simple vassal numérique s'il ne développe pas rapidement et massivement ses propres infrastructures de calcul et d'accès à l'énergie. L'enjeu majeur réside dans la maîtrise des semiconducteurs et de la puissance de calcul, des domaines où les géants américains investissent actuellement des sommes colossales. Pour contrer cette menace, Arthur Mensch prône une stratégie de souveraineté numérique et appelle à une réforme des marchés de capitaux européens.
Arthur Mensch, PDG de Mistral AI, a été auditionné le 12 mai par la commission d'enquête sur les dépendances structurelles et les vulnérabilités systémiques dans le secteur du numérique et les risques pour l'indépendance de la France. Le dirigeant a livré un diagnostic sans concession dès ses propos liminaires : « l'IA redéfinit les équilibres économiques et géopolitiques. Sans capacité à rivaliser, l'Europe se condamne et s'efface du concert des nations ».
Il compare l'IA générative à une ressource naturelle consistant à transformer de l'électricité en intelligence sous forme de « tokens ». Selon lui, importer l'intégralité des services numériques et des modèles d'IA depuis les États-Unis creuserait le déficit commercial européen tout en annihilant son influence.
Arthur Mensch estime que l'Europe ne dispose que d'une courte fenêtre de deux ans pour bâtir sa propre infrastructure d'IA. Il a fermement averti que le continent risquait de devenir un « État vassal » s'il échouait à développer sa propre industrie et continuait de dépendre des services numériques américains. Cette course technologique se joue désormais sur le contrôle de l'énergie, des puces électroniques et de la capacité des centres de données.
La stratégie élaborée par Mistral pour atteindre la souveraineté
« Tout se jouera au cours des deux prochaines années », a déclaré Arthur Mensch lors de son audition à l'Assemblée nationale sur la souveraineté numérique et l'IA. Face aux États-Unis qui prévoient de déployer mille milliards de dollars dès l'année prochaine, Arthur Mensch prévient que l'Europe risque d'être définitivement distancée et privée de tout moyen de pression si elle laisse les acteurs américains monopoliser ces ressources cruciales.
Le continent risquait de perdre le contrôle non seulement des modèles d’IA, mais aussi de l’infrastructure énergétique et informatique qui les alimente. « Une fois que l’offre sera monopolisée par les acteurs américains, nous n’aurons soudainement plus d’approvisionnement et nous ne pourrons plus transformer les électrons en tokens », a-t-il déclaré, faisant référence au processus de conversion de la puissance de calcul en résultats générés par l’IA.
Pour contrer cette dépendance, Mistral AI place la souveraineté européenne au cœur de sa stratégie open source. La startup parisienne répond à une demande croissante des gouvernements qui souhaitent des systèmes d'IA qu'ils peuvent contrôler indépendamment des géants technologiques américains.
Dans cette optique, l'entreprise a récemment conclu un partenariat avec le Groupe Caisse des Dépôts pour consolider la souveraineté numérique de l'Europe grâce à l'IA générative et aux infrastructures de calcul. De plus, Arthur Mensch a annoncé l'ambition de son entreprise de construire une capacité de calcul d'un gigawatt d'ici 2029, tout en précisant que l'Europe aura globalement besoin d'investissements beaucoup plus massifs.
« Le vainqueur sera l'acteur qui contrôle les puces et l'énergie »
Mistral AI est une entreprise française spécialisée dans l'IA qui a choisi l'open source comme modèle de développement. Fondée en 2023, elle s'est imposée en à peine deux ans comme l'un des acteurs les plus prometteurs du secteur à l'échelle mondiale. Sa valorisation atteint aujourd'hui 13,6 milliards d'euros, une trajectoire fulgurante qui témoigne de la confiance des investisseurs et de l'ampleur des ambitions des ambitions portées par ses fondateurs.
Arthur Mensch, cofondateur et PDG de Mistral AI, estime que la course à l'IA se transforme en une bataille pour l'accès à l'énergie, aux puces électroniques et à la capacité des centres de données. Les entreprises technologiques américaines agissent déjà de manière très offensive pour s'assurer ces ressources.
« Les Américains vont investir jusqu'à 1 000 milliards de dollars l'année prochaine. Celui qui contrôle les puces, qui contrôle les électrons, qui disposent d'un accès massif à l'énergie, c'est lui qui l'emportera », a déclaré Arthur Mensch aux députés. Le dirigeant a également critiqué la fragmentation des réglementations et des marchés de capitaux en Europe. Selon lui, cet état de choses rend la croissance des startups bien plus difficile qu'aux États-Unis.
« Si nous n'agissons pas assez vite, nous nous retrouverons dans une situation où nous n'aurons plus le choix. Dans un monde où l'on importe tous ses services numériques des États-Unis, on n'a aucun moyen de pression sur les États-Unis », a-t-il déclaré. Il estime indispensable de créer et d'exporter nos propres technologies et outils numériques pour conserver la valeur ajoutée en Europe et la réinvestir dans la recherche et le développement locaux.
Le carcan réglementaire et la fragmentation du marché européen
En mars 2025, Arthur Mensch a prédit que « l’IA pourrait entraîner une croissance à deux chiffres du PIB de chaque pays ». Il a soutenu que chaque pays devait trouver une stratégie nationale en matière d'IA et développer ses propres capacités dans ce domaine. Lors de son audition, il a évoqué un certain nombre de risques qui pourrait empêcher l'Europe de rivaliser convenablement dans la course à l'IA. La surréglementation est l'un de ces problèmes.
Contrairement aux États-Unis, l'Europe souffre d'un marché extrêmement fragmenté qui impose aux entreprises de s'adapter à une multitude de langues, de droits sociaux et de fiscalités pour se développer. À cette complexité s'ajoute un empilement de réglementations lourdes, notamment le RGPD, les lois sur le droit d'auteur et la loi européenne sur l'intelligence artificielle (AI Act), qui nécessitent d'importantes ressources afin d'assurer la conformité.
Devant les parlementaires de la commission d'enquête, Arthur Mensch a expliqué que la réglementation, souvent conçue avec l'intention de protéger le marché européen, favorise en réalité les monopoles américains qui disposent des fonds et des bataillons de lobbyistes nécessaires pour absorber ces contraintes.
Selon lui, importer l'intégralité des services numériques et d'IA depuis la Chine ou les États-Unis menace de creuser un déficit commercial abyssal. Si l'IA venait à représenter 10 % de la masse salariale européenne, l'importer se traduirait par un déficit d'environ 1 trilliard d'euros à ajouter au déficit actuel. « Cet argent fuirait l'Europe pour financer la recherche et le développement étrangers, réduisant potentiellement le continent à l'état de vassal », a-t-il averti.
Les patrons européens de l'industrie tirent la sonnette d'alarme
Plusieurs dirigeants de grandes entreprises technologiques européennes ont publié une tribune commune appelant l'Union européenne à agir pour renforcer la compétitivité du continent dans les domaines du numérique, de l'industrie et de l'IA. Les signataires comprennent : Börje Ekholm (Ericsson), Guillaume Faury (Airbus), Christophe Fouquet (ASML), Arthur Mensch (Mistral AI), Christian Klein (SAP), Justin Hotard (Nokia) et Roland Busch (Siemens).
« Nous sommes prêts à soutenir les dirigeants européens face à l'urgence de la situation. La prochaine phase d'innovation dépendra de la manière dont les capacités numériques seront appliquées concrètement, dans tous les secteurs, les infrastructures et l'ensemble des économies. La réalisation des objectifs stratégiques de l'Europe exige un soutien politique sectoriel solide, axé sur le marché et adapté aux besoins du marché », indique la lettre.
Parmi les mesures identifiées par les dirigeants figurent la nécessité de donner la priorité à l’innovation plutôt qu’à la réglementation, et de façonner les normes futures et le leadership technologique en développant et en déployant les technologies les plus récentes. Selon les dirigeants, des règles étouffantes, inutilement complexes et souvent redondantes rendent extrêmement difficile le suivi du rythme des progrès technologiques.
Le renforcement de la résilience stratégique est une autre priorité identifiée. Selon eux, la véritable richesse et la résilience reposent sur la création et le contrôle de la propriété intellectuelle, plutôt que sur sa simple consommation. Ils appellent les gouvernements à catalyser les capitaux privés, à parachever l'Union de l'épargne et de l'investissement, et à travailler pour favoriser les consolidations stratégiques indispensables à la compétitivité mondiale.
Si la tribune libre des créateurs de technologies souligne que l’Europe perd chaque jour un peu plus de sa compétitivité, une action collective résolue permettra de relever ce défi. À l’heure où la technologie et la géopolitique connaissent des bouleversements sans précédent, les PDG affirment que les décisions prises dans les mois et les années à venir détermineront si l’Europe sera en mesure de rivaliser et de prospérer au cours des prochaines décennies.
La sortie d'Arthur Mensch a suscité de nombreux commentaires
L'audition d'Arthur Mensch a suscité de nombreuses réactions dans la communauté. Certains internautes partagent son avis sur la question de la souveraineté numérique de l'Europe. « Il a tout à fait raison : l'Europe est dépendante dans presque tous les domaines, et elle le sera aussi pour les services d'IA. Nous devons accroître massivement notre capacité de production de puces avancées, notamment des puces de 2 nm », a écrit un commentateur.
Si son appel à l'indépendance numérique met en lumière des enjeux cruciaux pour l'avenir du continent, Arthur Mensch a également provoqué un certain scepticisme et fait l'objet de critiques de la part d'observateurs qui remettent en question tant ses motivations que la réalité de son calendrier.
Plusieurs critiques remettent en question sa sincérité, soulignant un conflit d'intérêts évident dans ses déclarations. En tant que dirigeant d'une entreprise européenne d'IA, ses appels à investir dans les infrastructures locales sont perçus par certains observateurs comme un simple discours de vendeur cherchant avant tout à attirer des financements pour sa propre startup. De plus, le vocabulaire employé par le dirigeant est parfois tourné en dérision.
Une autre critique porte sur le calendrier avancé par le dirigeant, jugé totalement déconnecté de la réalité actuelle. De nombreux commentateurs estiment que la fameuse fenêtre d'action de deux ans n'existe plus et que l'Europe est d'ores et déjà dans une position de dépendance technologique quasi totale vis-à-vis des services étrangers. Pour ces détracteurs, l'opportunité d'éviter ce statut d'État vassal a été manquée il y a déjà plusieurs années.
Source : Arthur Mensch, cofondateur et PDG de Mistral AI
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(solution tellement miracle que je connais une personne qui pensait avoir perdu un appel d'offre, qui vient de le gagner en faisant un changement minime : ajouter le terme IA régulièrement dans son offre sans changer la solution derrière)