Le boom des infrastructures informatiques destinées à l'IA, évalué à 11 000 milliards de dollars, pourrait laisser Wall Street avec un marché de la dette de 7 000 milliards de dollars sur les brasL'Industrie de l'IA a délaissé le modèle classique des logiciels pour s'apparenter à de vastes projets d'infrastructures mondiales. Les investissements cumulés dans les centres de données et le matériel pourraient atteindre 11 100 milliards de dollars d'ici la fin de la décennie. Cette expansion massive repose sur un endettement croissant, ce qui transforme les processeurs de calcul en actifs financiers comparables à des infrastructures énergétiques. Nvidia agit comme stabilisateur de ce marché. Cependant, la bulle de l'IA éclaterait si la demande pour la puissance de calcul venait à ralentir face à des coûts de construction et d'énergie toujours plus élevés.
Les inquiétudes concernant une bulle de l'IA persistent. Mais le problème le plus grave pourrait bien être l'ampleur des déficits qui se cachent derrière l'engouement des entreprises pour l'IA. La course à l'IA est devenue si coûteuse qu'elle ne s'apparente plus à un cycle de produits classique. La phase actuelle de développement de l'IA nécessite des dépenses colossales dans les centres de données, les GPU, le réseau, l'énergie ou encore le refroidissement.
La plupart de ces dépenses étaient principalement financées par les flux de trésorerie des hyperscaleurs tels que Google, Amazon, Meta, Microsoft et Oracle. Mais au cours de l’année dernière, la tendance a commencé à s’inverser : Oracle, puis Meta, et désormais même Google se tournent vers l’endettement.
Les montants projetés pour construire cette infrastructure mondiale sont vertigineux, bien que les différentes prévisions n'incluent pas toujours exactement les mêmes paramètres d'analyse. Le financement par emprunt dans le domaine de l’IA deviendra un marché du crédit de plusieurs milliers de milliards de dollars, avec un encours de dette qui dépasse les 7 000 milliards de dollars d’ici 2029, une évolution qui inquiète de nombreux experts financiers.
L'engouement pour l'IA donne naissance à un marché massif de la dette
Le secteur de l'IA recourt désormais massivement à la dette. Les estimations ci-dessus proviennent du cabinet d'analyse SemiAnalysis. D'autres grandes institutions confirment cette ampleur : Goldman Sachs prévoit 7 600 milliards de dollars d'investissements mondiaux de 2026 à 2031, et McKinsey anticipe un besoin d'environ 5 200 milliards de dollars d'ici 2030 uniquement pour la partie des centres de données dédiée aux charges de travail liées à l'IA.
La nature même de ces investissements crée un énorme décalage financier : les coûts initiaux pour créer des clusters d'IA sont colossaux, tandis que les revenus ne rentrent que très lentement par le biais des abonnements aux produits de productivité pour les particuliers et les entreprises, de l'utilisation d'API ou de la location de GPU. Par conséquent, l'industrie va dépendre de plus en plus des prêteurs, du crédit privé et des investisseurs en infrastructures.
Les institutions financières tirent la sonnette d'alarme sur les risques. Cette dépendance engendre un véritable casse-tête de financement, car chaque acteur exige des garanties de la part des autres avant de s'engager : les prêteurs veulent des contrats à long terme, les clients réclament la certitude d'obtenir le matériel, et les opérateurs de centres de données attendent d'avoir des financements et une demande avérée avant de bloquer leurs capacités.
Avec des investissements cumulés estimés à environ 11 100 milliards de dollars entre 2024 et 2029, ce marché de la dette est voué à devenir le deuxième plus grand marché d'actifs adossés, juste derrière celui des prêts hypothécaires américains qui est actuellement évalué à un peu plus de 13 000 milliards de dollars.
Nvidia agit comme « la nouvelle Banque centrale » de l'industrie de l'IA
L'informatique de l'IA commence à ressembler à une classe d'actifs à part entière, où les banques évaluent les futurs revenus des GPU de la même manière qu'elles étudient les baux d'avions ou les infrastructures énergétiques. Pour déployer des clusters de calcul dédiés à l'IA, les acteurs doivent impérativement réunir trois éléments fondamentaux formant la « AI Project Trinity » : le capital, les contrats d'achat garantis (offtake) et les centres de données.
Les créanciers exigent des garanties solides avant de prêter, se reposant majoritairement sur des contrats de cinq ans soutenus par les bilans financiers des très grands acteurs du cloud. Le problème est que la capacité de ces géants à garantir des milliards de dollars de puissance de calcul n'est pas infinie.
Pour éviter que le financement ne devienne le principal obstacle au déploiement de l'IA, Nvidia a décidé d'intervenir directement sur le marché de la dette. En proposant d'absorber le risque des projets, l'entreprise se positionne comme un régulateur, devenant la « Banque centrale de l'IA ». Nvidia offre un programme de garantie, d'une durée de six ans, par lequel l'entreprise s'engage à racheter la puissance de calcul inutilisée à un prix minimum garanti.
En contrepartie de cette assurance, Nvidia s'octroie une part des revenus du « néocloud » (conçu pour l'IA) lorsque les prix de location dépassent le seuil de sécurité fixé. Bien que Nvidia n'ait aucune intention d'utiliser lui-même cette puissance de calcul, cette garantie rassure les banques, facilite les locations de courte durée pour les petites entreprises et permet de diversifier la clientèle du néocloud au-delà d'une poignée de géants technologiques.
Grâce à l'excellente note de crédit de Nvidia, les prêteurs évaluent désormais les prêts en s'appuyant sur les revenus minimums assurés par cette garantie, s'assurant ainsi que le service de la dette sera couvert même dans le pire des scénarios. Cette confiance nouvelle permet de structurer des financements d'une ampleur inédite. Cependant, les experts avertissement que la bulle éclaterait si la demande pour la puissance de calcul venait à ralentir.
Le FMI s'inquiète du niveau d'endettement croissant de l'industrie de l'IA
Tobias Adrian, directeur du département des marchés monétaires et des capitaux au FMI, s'est montré plus préoccupé par l'endettement des entreprises que par une éventuelle bulle de l'IA lors de la réunion annuelle des banques centrales européennes. « Ce qui est particulièrement préoccupant du point de vue de la stabilité financière, c’est que les grandes entreprises technologiques commencent elles-mêmes à recourir à l’endettement », a-t-il déclaré.
Il existe un risque de décalage entre la durée des actifs physiques et celle de la dette. Un décalage de maturité survient lorsque les entreprises recourent à la dette à court terme pour financer des actifs à long terme. Ici, la crainte provient du fait que les entreprises investissent dans des équipements qui pourraient perdre de la valeur avant le remboursement de la dette en raison de circonstances imprévues dans un secteur technologique en évolution rapide.
Dans le pire des cas, le financement s’épuise avant que les entreprises ne génèrent des bénéfices suffisants pour justifier les dépenses initiales. Pour l’instant, les investisseurs n’hésitent pas à débloquer des fonds pour les entreprises spécialisées dans l’IA, mais des signes de ralentissement commencent à apparaître.
Une analyse de J.P. Morgan publiée en mai indiquait que 60 % de la capacité des centres de données dont l’achèvement est prévu d’ici 2027 n’en est toujours pas au stade de la construction. Et environ 7 % ont pris du retard. L'opposition croissante provoque également la suspension de certains projets. Pendant ce temps, la demande d’obligations d’entreprise dans le secteur de l’IA est en pleine effervescence, avec une véritable frénésie d’emprunt en cours.
Le mois dernier, Alphabet a annoncé qu’il levait 85 milliards de dollars pour financer le développement de l’IA. Les géants de l’IA tels qu’Amazon, Alphabet, Meta, Microsoft et Oracle ont émis 159 milliards de dollars d’obligations d’entreprise au cours des cinq premiers mois de 2026. Cette somme colossale dépasse le total des emprunts contractés par ces entreprises au cours des cinq dernières années, selon la société de services financiers Dealogic.
Se dirige-t-on vers l'éclatement de cette bulle spéculative ?
À l'heure actuelle, le succès de l'IA générative repose sur son immense pouvoir de séduction auprès de cadres et de dirigeants déconnectés du travail réel. Les modèles de langage sont capables de simuler le travail accompli, flattant l'ego des managers en ne refusant jamais aucune directive, aussi absurde soit-elle. Selon l'analyste Edward Zitron, les dirigeants imposent une technologie extrêmement coûteuse simplement parce que la concurrence le fait.
L'analyste confirme un constat : l'IA n'est actuellement pas viable sur le plan économique, à l'exception de quelques acteurs très spécifiques. Nvidia est l'un des rares véritables bénéficiaires de cette course technologique. Le fabricant de puces et les entreprises de construction s'enrichissent en profitant de « l'exubérance irrationnelle » qui pousse les géants du cloud à investir des sommes colossales dans la construction massive de centres de données.
Edward Zitron estime que c'est précisément ce climat de mépris et d'épuisement qui s'apprête à détruire l'industrie de l'intérieur. Face à la maltraitance de leurs dirigeants, les employés révoltés ont commencé à exprimer leur mécontentement. Pour l'analyste, l'IA coûte trop cher et n'est rentable pour personne.
Source : SemiAnalysis
Et vous ?
Quel est votre avis sur le sujet ?
Que pensez-vous de la croissance rapide du niveau d'endettement du secteur de l'IA ?
Nvidia apparaît comme le garant d'une industrie hautement déficitaire. Pourra-t-il tenir ce rôle pendant encore longtemps ?Voir aussi
Les géants de la tech Nvidia et Microsoft injectent 15 milliards de dollars dans Anthropic, alimentant la bulle d'investissements circulaires dans l'IA, où les entreprises financent leur croissance mutuelle
La nouvelle phase du boom de l'IA est financée non seulement par des capitaux à risque, mais aussi par la dette, ce qui pourrait provoquer un désastre si la demande pour les services d'IA ne suit pas
La bulle de l'IA est sur le point d'éclater : la chute de 400 milliards de dollars de Microsoft un avant-goût du krach à venir ? Peu d'entreprises peuvent démontrer un ROI proportionnel aux dépenses engagées
Vous avez lu gratuitement 20 006 articles depuis plus d'un an.
Soutenez le club developpez.com en souscrivant un abonnement pour que nous puissions continuer à vous proposer des publications.
Soutenez le club developpez.com en souscrivant un abonnement pour que nous puissions continuer à vous proposer des publications.