Un sondage révèle qu’une majorité d'Américains préconise désormais la saisie d'une partie de la richesse générée par l'industrie de l'IA. Ils soutiennent une proposition législative du sénateur Bernie Sanders, visant à transférer la moitié des actions des grandes entreprises du secteur vers un fonds souverain public. Le but de cette mesure radicale est de redistribuer les profits générés par la technologie à l'ensemble de la société pour compenser les pertes d'emplois et les dégâts environnementaux. Bien que certains critiques redoutent « une influence étatique excessive » sur l'innovation, le sondage souligne une volonté populaire de régulation stricte. Bernie Sanders est un homme politique et militant américain, sénateur senior du Vermont, poste qu'il occupe depuis 2007. Il est le sénateur indépendant ayant exercé le plus longtemps dans l'histoire du Congrès américain, mais entretient des liens étroits avec le parti démocrate. Il soutient les risques sociaux liés à l'IA, tels que la suppression massive d'emplois, la menace pour la vie privée et les répercussions sur la santé mentale des jeunes.
Bernie Sanders a déposé plusieurs projets de loi visant à réguler la technologie. Récemment, il en a présenté un nouveau qui vise à créer « un fonds souverain de 7 000 milliards de dollars pour transférer le contrôle et une partie des richesses de l'industrie de l'IA vers le public américain ». Ce fonds serait financé par une taxe unique de 50 % sur les actions des grandes entreprises d'IA réalisant au moins 200 millions de dollars de ventes annuelles.
D'après le texte proposé par le sénateur de 84 ans, grâce à ces revenus, chaque citoyen américain pourrait recevoir plus de 1 000 dollars de dividendes par an, et des centaines de milliards de dollars serviraient à financer des programmes sociaux essentiels comme la santé, l'éducation et le logement.
Un ressentiment croissant des travailleurs envers la technologie
Selon un récent sondage, une majorité de salariés américains sont favorables à l'idée de responsabiliser les grandes entreprises d'IA par le biais d'un fonds souverain public. Ce soutien massif intervient dans un contexte de mécontentement face aux vagues de licenciements incessantes dans le secteur technologique, malgré la hausse globale des bénéfices de nombreuses entreprises. Désormais, les travailleurs se sentent de plus en plus démunis.
L'enquête, réalisée en juin par le cabinet d’études Verasight auprès de 1 690 adultes, a été publiée au début du mois de juillet. Elle révèle que 69 % des Américains sont désormais favorables à l'idée d'obliger les entreprises spécialisées dans l'IA à céder 50 % de leurs actions à un fonds souverain public.
« Aux yeux du grand public, les fonds souverains dédiés à l’IA sont perçus comme un outil permettant de redistribuer les bénéfices générés par le secteur de l’IA à l’ensemble de la société », a déclaré Benjamin Leff, directeur général de Verasight. Dire que les Américains sont divisés sur la question de l’IA serait un euphémisme. Les sondages montrent que jamais autant de personnes n’ont eu une opinion négative face à une nouvelle technologie.
Et les raisons de cette hostilité croissant ne manquent pas. Elle s'explique par de multiples facteurs, dont la crainte que l'IA ne détruise des emplois, ne nuise à l'environnement, ne fasse grimper les factures d'énergie, n'utilise des œuvres et des textes de façon illégitime pour son entraînement, et ne provoque des crises de santé mentale par le biais des chatbots. L'IA est aussi à l'origine d'une pénurie de mémoire causée par la demande du secteur.
Dans l'ensemble, les Américains souhaitent également davantage de garde-fous pour les entreprises spécialisées dans l’IA. Selon l’enquête, 89 % se déclarent favorables à l’obligation pour ces entreprises de divulguer au public les résultats de tous leurs tests de sécurité internes. De plus, 81 % des répondants au sondage se disent favorables à ce que le gouvernement fédéral dispose du « pouvoir de bloquer les systèmes d’IA jugés dangereux ».
Les analystes craignent une hécatombe sur le marché de l'emploi
Les économistes commencent progressivement à se rallier à l'idée que l'IA détruit bel et bien des emplois, y compris des lauréats du prix Nobel. Joseph Briggs, économiste mondial senior chez Goldman Sachs, estime que « plus de 9 % de la population active, soit environ 15 millions de travailleurs, pourraient perdre leur emploi au cours d’une période de transition de dix ans liée à l’IA », a indiqué la banque dans un rapport publié le mois dernier.
« Ce serait le type de choc lié à l’automatisation et à la réaffectation des emplois que nous avons connu à la fin des années 90 et au début des années 2000, ainsi que lors d’autres périodes de changements technologiques majeurs », a déclaré Joseph Briggs. Mais Joseph Briggs a déclaré que ces pertes s’avéreront temporaires, car il s’attend à ce que l’IA crée de nombreux nouveaux emplois à long terme, même si elle en détruit des existants.
Certains proposent des approches de solution. Les fonds souverains peuvent jouer plusieurs rôles en matière d’IA. Selon le cabinet d’études Windfall Trust, ils peuvent diriger le développement de l’IA sur le plan national en finançant des infrastructures d’IA à forte intensité capitalistique, prendre des participations dans des entreprises spécialisées dans l’IA et capter une part des gains économiques générés par l’IA au profit du Trésor public.
Mais les fonds souverains pourraient également être confrontés à des défis pour concilier l’intérêt général et la course mondiale au développement des capacités en matière d’IA. La technologie est considérée comme un enjeu de souveraineté, poussant certains gouvernements à en faire une priorité nationale.
« Il existe aussi une tension entre la mission financière (maximiser les rendements pour les citoyens) et la mission stratégique (développer les capacités nationales en matière d’IA, conserver une influence sur les systèmes de pointe), car ces objectifs peuvent entrer en conflit lorsque le meilleur investissement financier réside dans une entreprise étrangère spécialisée dans l’IA plutôt que dans une entreprise nationale », a ajouté Windfall Trust.
L'idée d'un fonds souverain public suscite toutefois des réserves
Bernie Sanders veut empêcher qu'une poignée de grandes entreprises n'accaparent les bénéfices de l'IA, et garantir qu'ils soient partagés avec la population. Le texte prévoit de donner aux Américains une influence directe sur les décisions des entreprises pour éviter que l'IA ne nuise aux gens ordinaires. Il a déclaré que le principe est simple : lorsqu’une ressource publique génère de la richesse, le public doit avoir sa part de cette richesse.
Il a déclaré : « l’avenir de l’IA et le sort de l’humanité ne doivent pas être décidés à huis clos dans la Silicon Valley par des milliardaires cherchant à maximiser leur pouvoir et leurs profits. Ce sont les travailleurs, les parents, les enseignants, les artistes, les scientifiques, les communautés et le peuple américain qui doivent en décider ». Dans une présentation de sa proposition, il a indiqué que ce fonds remplirait trois missions principales :
- créer une commission indépendante pour une IA démocratique chargée de gérer ce fonds ;
- exiger des entreprises qu’elles « séparent » leurs activités liées à l’IA de celles qui ne le sont pas ;
- réinjecter les bénéfices générés par l’IA dans l’économie.
Les pressions populaires ont déjà entraîné la fermeture de certains projets de centres de données. Bien que la mesure gagne en popularité, elle ne fait pas l'unanimité. Certains ont fait valoir que le fait de conférer au gouvernement une participation aussi importante dans les entreprises d’IA l’encouragerait à assouplir la réglementation et donnerait à ces entreprises une influence encore plus grande sur le gouvernement qu’elles n’en ont déjà.
L'idée est critiquée par dirigeants comme Sam Altman d'OpenAI, avec qui Bernie Sanders a reconnu être en profond désaccord sur la taille de la participation publique. Malgré ces failles...
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