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Une étude de Google conclut que l'IA ne menace pas les salariés : « son intégration dans le milieu professionnel reste superficielle et de nature collaborative »,
Alors que le rejet de l'IA s'intensifie

Le , par Mathis Lucas

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Une étude de Google Research remet en cause l'idée selon laquelle l'IA est en train de remplacer massivement les travailleurs humains. L'analyse porte sur 15 millions d'interactions anonymisées avec Gemini. Les chercheurs ont constaté que l'usage de l'IA reste superficiel et collaboratif, servant davantage à compléter les tâches qu'à les automatiser entièrement. Pour la grande majorité des professions, seule une infime fraction des activités quotidiennes est réellement déléguée à la machine. Ce rapport suggère donc que, malgré l'enthousiasme technologique, les compétences humaines uniques demeurent essentielles au sein du marché du travail actuel.

Malgré les discours alarmistes annonçant un remplacement massif de la main-d'œuvre humaine par l'IA, une récente étude de Google Research démontre le contraire. Intitulée « AI & Economy ATLAS » (Activity, Task, Landscape, and Adoption Study), elle a analysé 15 millions d’interactions anonymisées avec l’IA sur l’application Gemini, le mode IA de Google et l’API Gemini. L'étude a révélé que l’IA est utilisée dans un large éventail de professions.

Toutefois, « les chercheurs n'ont pas trouvé de preuves pour soutenir les affirmations selon lesquelles l'IA est sur le point de provoquer une automatisation massive et le déplacement du travail de bureau ». Les résultats indiquent que « l'intégration de l'IA dans le milieu professionnel reste superficielle et d'une nature massivement collaborative, les tâches automatisées de bout en bout étant extrêmement limitées », ce qui s'oppose à l'actualité.

Si cette conclusion de Google Research se confirme à mesure que l’IA se développe et se démocratise, elle pourrait laisser entrevoir un avenir où la demande de travailleurs hautement qualifiés s’accentuerait plutôt que de diminuer. « Ce n’est pas parce que vous utilisez l’IA que cela signifie pour autant que votre emploi va être automatisé », a fait valoir Scott Strand, économiste chez Google et l’un des chercheurs ayant participé à cette étude.

Google relève des disparités d'usage selon les secteurs d'activité

Pour parvenir à ces conclusions, les chercheurs ont utilisé un classificateur automatisé afin de trier les interactions professionnelles avec l’IA, en s’appuyant sur les classifications professionnelles standard du Bureau of Labor Statistics et sur la base de données O*NET, qui recense des interactions professionnelles spécifiques. Selon le rapport, cette méthode a nécessité une classification probabiliste d’interactions jugées « intrinsèquement incertaines ».


La vérification effectuée par des évaluateurs humains a toutefois montré qu’il s’agissait d’un indicateur fiable de la manière dont les prompts saisis dans le chatbot Gemini étaient utilisés dans le cadre professionnel. Le classificateur révèle que l'impact de l'IA varie considérablement selon la nature des métiers.

Sans surprise, les professions dites de cols blancs, œuvrant notamment dans les domaines de l'informatique, de la finance, ainsi que des arts et du divertissement, affichent une utilisation de Gemini nettement supérieure à la moyenne. Selon le rapport, les analystes financiers et de marché, les développeurs de logiciels et les administrateurs système comptaient parmi les utilisateurs les plus assidus de l'IA Gemini pour des tâches professionnelles.

Plutôt que de remplacer purement et simplement le travailleur humain, l'IA agit comme un assistant. Les chercheurs notent : « l'IA joue actuellement un rôle principal en complétant les tâches existantes et n'est pas encore capable d'accomplir de manière exhaustive le travail habituellement effectué par les humains ». Contrairement aux idées reçues, les salariés ne sont donc pas en train de se rendre obsolètes en automatisant leur propre travail.

Le degré d’intégration de l’IA dans diverses professions

Les commerciaux, les travailleurs du secteur des transports et les employés de la restauration étaient fortement sous-représentés dans les données relatives à l’utilisation de l’IA. En outre, les chercheurs ont également cherché à évaluer le degré d’intégration de l’IA dans divers métiers, en analysant la fréquence à laquelle des tâches professionnelles individuelles et détaillées issues de la base de données O*NET étaient tentées à l’aide de Gemini.

Les chercheurs n’ont pu classer que 21 % de toutes les tâches professionnelles comme des « tâches Gemini », c’est-à-dire celles qui atteignaient un seuil minimum de 25 interactions associées tentées dans cet échantillon massif. Pour de nombreuses professions (29 %), aucune tâche n'a atteint un seuil d'utilisation de l'IA qui soit significatif, ce qui indique que ces emplois restent pour le moment largement épargnés par la révolution technologique.

Pour 30 % supplémentaires de l’ensemble des professions, moins d’un quart des tâches suivies ont fait l’objet d’une utilisation significative de Gemini, ce qui indique que les humains restaient responsables de la grande majorité des composantes de ces emplois. Par ailleurs, dans seulement 3 % des professions par les chercheurs de Google, Gemini était régulièrement consulté pour au moins les trois quarts des tâches pertinentes de ces emplois.

Selon le rapport, des métiers tels que les analystes et testeurs en assurance qualité logicielle, les spécialistes des ressources humaines et les spécialistes de la gestion documentaire entraient dans cette catégorie et semblent être les plus touchés par l’utilisation de l’IA dans le cadre de cette étude.

La nature des tâches principalement déléguées à l'IA

Au-delà de l’analyse des métiers de haut niveau, les chercheurs de Google se sont également penchés sur les types spécifiques de tâches que les utilisateurs de Gemini demandent au chatbot d’effectuer. Les tâches cognitives représentaient 86 % des interactions avec Gemini mesurées (en volume), tandis que les tâches interpersonnelles et manuelles étaient sous-représentées dans l’échantillon par rapport à leur prévalence sur le lieu de travail.

Les travailleurs sollicitent l'IA principalement pour la recherche d'informations, l'apprentissage, la rédaction et la génération d'idées. Fait marquant, les missions cognitives déléguées à Gemini exigent globalement peu d'expertise et relèvent d'un cadre routinier, comme la traduction de contenus vers d'autres langues ou la révision de spécifications de produits. Les tâches les plus complexes d'un métier demeurent donc la chasse gardée de l'humain.

En définitive, le rapport conclut que « les travailleurs ne perdent pas leur raison d'être à cause de l'IA ». Au contraire, ils utilisent la technologie pour améliorer leur efficacité en automatisant leur travail cognitif routinier, tout en s'appuyant sur l'IA pour collaborer sur les dimensions non routinières de leur profession.

Cela pourrait évoluer si les futurs modèles s’avéraient plus utiles pour les tâches spécialisées ou si les robots dotés d’IA parvenaient à mieux accomplir les tâches manuelles. Dans l’ensemble, toutefois, les modes d’utilisation actuels de Gemini pour les tâches professionnelles mettent en évidence « une plus grande valeur ajoutée des compétences humaines dans les aspects non routiniers » qui continuent de dominer la plupart des descriptions de poste.

Une portée à nuancer et des enjeux stratégiques clairs

Une lecture critique de ce rapport impose de prendre en compte le contexte dans lequel il s'inscrit, car les enjeux financiers et d'image sont cruciaux pour Alphabet, la société mère de Google. Face à la colère croissante du public en raison la prolifération des centres de données et les licenciements imputés à l'IA, les acteurs de l'IA s'efforcent stratégiquement de modifier leur discours pour s'éloigner du récit alarmiste de la destruction d'emplois.


De plus, bien que le rapport de Google se concentre sur les interactions actuelles avec l'IA de manière rassurante, il laisse en suspens des questions fondamentales sur le long terme. L'étude n'écarte pas la possibilité que les futurs développements de l'IA finissent par automatiser le travail au lieu de le soutenir, ni que l'augmentation de la productivité des employés expérimentés finisse à l'avenir par bloquer le recrutement de...
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