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Google DeepMind traverse une crise profonde : Demis Hassabis abandonne la direction pour se concentrer sur l'AGI, tandis que des figures clés comme Jeff Dean quittent l'unité pour fonder leur propre startup

Le , par Mathis Lucas

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Le département d'IA de Google traverse une période de turbulences majeures. Elle est notamment marquée par le retrait de Demis Hassabis de son poste de directeur général de DeepMind et le départ de chercheurs emblématiques comme Jeff Dean. Ces démissions en série surviennent alors que Google semble perdre du terrain face à ses concurrents OpenAI et Anthropic. Bien que la direction affiche son optimisme, cette fuite de cerveaux souligne des tensions internes et un ralentissement potentiel de l'innovation chez Google. Elle suscite des questions sur la capacité de Google à dominer la course vers l'intelligence artificielle générale (AGI).

Google DeepMind est un grand laboratoire de recherche en IA fondé en 2010 et racheté par Google en 2014. Il a fusionné en 2023 avec Google Brain pour former l'unité centrale d'IA d'Alphabet, célèbre pour ses programmes informatiques majeurs comme AlphaGo et AlphaFold. Basée à Londres, l'unité conçoit des technologies de pointe comme les modèles multimodaux Gemini et vise à créer une intelligence artificielle générale (AGI) sûre et utile.

Google DeepMind vient de lancer Gemini Robotics 2, une famille de modèles capables de contrôler un humanoïde de la pointe des pieds jusqu'au bout des doigts, de coordonner plusieurs robots à la fois et de s'adapter à une nouvelle machine en quelques heures. Il s'agit d'un véritable pas en avant vers « l'IA physique », même si les propres chiffres de la division montre que les robots restent lents et maladroits face aux tâches les plus délicates.

Google DeepMind a procédé à une restructuration profonde

Google DeepMind vient de procéder à une restructuration majeure. Demis Hassabis, cofondateur et figure emblématique de DeepMind, quitte ses fonctions de directeur général pour assumer le rôle de président du conseil d'administration de la division. Il cumulera cette fonction avec celle de directeur scientifique pour Alphabet, tout en conservant la direction d'Isomorphic Labs, la filiale spécialisée dans la découverte de médicaments par l'IA.


Ce repositionnement stratégique lui permettra de se détacher de la gestion courante pour se consacrer pleinement aux aspects scientifiques et à la vision à long terme du développement de l'IA. Dans le mémo mémo annonçant sa transition, Demis Hassabis a réaffirmé sa foi dans l'avènement imminent d'une AGI : « j'ai travaillé pour l'AGI toute ma vie et maintenant, comme beaucoup d'entre vous, j'ai le sentiment qu'elle est à portée de main ».

Désormais, la gestion quotidien de Google DeepMind, qui pilote la recherche fondamentale alimentant les avancées du modèle Gemini, est confiée à Koray Kavukcuoglu. Ce dernier, qui occupait jusqu'alors le poste de directeur de la technologie, devient vice-président principal de la division et rapportera directement au PDG de Google, Sundar Pichai. Ces changements ont été annoncés dans un article co-écrit par Sundar Pichai et Demis Hassabis.

Il a également souligné que sa priorité absolue serait de tracer la voie la plus claire possible pour concrétiser la feuille de route ambitieuse de Gemini tout en progressant de manière responsable vers l'AGI. En dépit des efforts de communication de l'entreprise pour présenter ces changements sous un jour positif, la transition a suscité l'inquiétude des marchés, provoquant une chute de plus de 4 % de l'action de Google à l'annonce de la nouvelle.

Départ de cadres historiques et fondation de Discovery Loop

Cette transition à la tête de Google DeepMind coïncide avec le départ simultané de plusieurs scientifiques et ingénieurs légendaires du géant de Mountain View, un coup dur pour les équipes de recherche. D'après les rapports, le chercheur en chef Jeff Dean, trentième employé de Google et véritable pilier ayant conçu les systèmes du moteur de recherche mondial ainsi que les récents modèles Gemini, quitte l'entreprise après 27 ans de carrière.

Jeff Dean s'associe à d'autres figures incontournables de l'IA de Google pour fonder Discovery Loop, une startup indépendante structurée comme une entreprise d'intérêt public (Public Benefit Corporation - PBC). Parmi les autres cofondateurs figurent Sanjay Ghemawat (chercheur émérite de Google), Oriol Vinyals (vice-président de Google DeepMind ayant activement conçu Gemini) et Quoc Le (cofondateur de l'unité historique Google Brain).

Bien que Google tente de limiter l'impact en intervenant comme investisseur et fournisseur de services cloud pour Discovery Loop, ces départs représentent une perte colossale. Sundar Pichai a d'ailleurs mené de multiples réunions infructueuses pour tenter de retenir Jeff Dean et Sanjay Ghemawat au sein de l'entreprise.

Jeff Dean a confié que cette transition hors d'une société cotée en bourse lui offrirait une liberté décisionnelle cruciale pour la recherche scientifique pure : « nous pourrions prendre des décisions qui ne sont pas nécessairement dans l'intérêt financier pur de l'entreprise ». En coulisses, des motifs d'ordre politique ont pesé sur ce choix, Jeff Dean ayant manifesté son opposition face au rapprochement croissant de Google avec l'administration Trump.

Fuite massive des talents et crise de développement interne

L'émergence de Discovery Loop s'inscrit dans une tendance de fond plus vaste et préoccupante pour Google, caractérisée par une fuite massive de ses meilleurs cerveaux vers des laboratoires concurrents. Plus tôt au cours de l'été, OpenAI a réussi un coup d'éclat en recrutant Noam Shazeer, ancien vice-président de l'ingénierie chez Google et auteur principal de l'article de recherche fondateur de 2017 sur « l'architecture des transformateurs ».


Dans la foulée, John Jumper, lauréat du prix Nobel 2024 pour son travail sur le pliage des protéines avec AlphaFold, a quitté Google DeepMind pour Anthropic. Il a été suivi par des chercheurs seniors comme Jonas Adler et Alexander Pritzel, dont le rôle avait été déterminant dans le lancement initial du projet Gemini.

Face à cette érosion de l'effectif scientifique, le PDG Sundar Pichai s'est voulu rassurant en affirmant que Google possédait toujours des talents extraordinaires, une puissance de calcul de classe mondiale et des produits touchant plus d'utilisateurs que n'importe quel rival. Pourtant, cette crise des ressources humaines se double d'un ralentissement notable des progrès technologiques de Google par rapport à ses concurrents OpenAI et Anthropic.

Lors de sa conférence de printemps, Google avait annoncé la sortie de son modèle de pointe, Gemini 3.5 Pro, pour le mois de juin. Plusieurs mois après cette échéance, le modèle n'est toujours pas disponible, l'entreprise s'étant contentée de lancer des déclinaisons Flash moins puissantes pendant qu'OpenAI et Anthropic enchaînaient les déploiements de modèles avancés. « Ça prendra du temps pour remplacer ces cerveaux », a écrit un critique.

Selon certains médias américains d'investigation, des sources internes chez Google attribuent ces retards techniques majeurs à un moral historiquement bas au sein des équipes, éprouvées par les pressions de la direction et les départs successifs de leurs collègues les plus respectés. Cette crise inquiète les investisseurs.

Un pari technologique et financier avec des risques majeurs

Ces restructurations critiques se déroulent alors que la Silicon Valley est engagée dans un pari financier d'une ampleur sans précédent, consistant à injecter des sommes phénoménales dans la construction de centres de données destinés à l'IA et l'achat de processeurs spécialisés. Cette course technologique sans précédent commence à assécher la trésorerie des géants du secteur, qui sacrifient leurs liquidités au profit du développement de l'IA.

Les analystes sont sceptiques quant à la rentabilité de ces investissements massifs. La situation financière de Google illustre cette démesure : pour chaque dollar de trésorerie généré par ses activités au cours des trois derniers mois, l'entreprise a dépensé 1,15 dollar en investissements matériels, en puces d'IA et en acquisitions foncières pour ses centres de données, l'obligeant à s'endetter et à émettre de nouvelles actions pour couvrir le déficit.

Si les dirigeants comme Andy Jassy d'Amazon défendent fermement ces dépenses en affirmant avoir une vision claire des retours financiers, les économistes s'alarment des risques d'une bulle technologique dont l'éclatement pourrait causer un désastre. L'économiste en chef Torsten Slok a résumé l'anxiété générale en avertissant : « cette affaire d'IA a intérêt à fonctionner, car si ce n'est pas le cas... nous allons avoir un véritable problème ».

Impacts des investissements dans l'IA sur les composants

Cette frénésie d'investissements produit des effets néfastes directs sur l'économie réelle et le pouvoir d'achat. La forte concentration de la demande sur les composants électroniques a provoqué une flambée des coûts de fabrication, poussant des entreprises telles que Microsoft et Apple à augmenter les tarifs de leurs smartphones et ordinateurs portables. Toute la capacité de mémoire DRAM pour toute l'année 2027 a déjà été réservée et vendue.

En parallèle, la consommation d'énergie colossale des centres de données d'IA surcharge les réseaux électriques régionaux, entraînant une hausse des factures d'électricité des ménages et alimentant une inflation persistante. Des associations professionnelles comme la NCTA ont formellement alerté l'administration Trump, prévenant que sans intervention, les consommateurs allaient souffrir à la fois « des coûts et du manque d'innovation ».

Sources : Google, Discovery Loop

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Quel impact cela pourrait-il avoir sur les capacités d'innovation de Google ?
Que pensez-vous des dépenses colossales dans l'IA ? Ce pari sera-t-il gagnant à long terme ?

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