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Les libraires soupçonnent les entreprises d'IA d'acheter des livres rares et de les détruire après numérisation. Ils refusent désormais les gros volumes de commandes pour empêcher cette approche destructrice

Le , par Mathis Lucas

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26  0 
L'achat massif de livres rares par les entreprises d'IA inquiète de plus en plus les libraires. Ces firmes sont accusées de détruire ces ouvrages, en découpant leur reliure pour les numériser plus rapidement. Bien que des alternatives respectueuses existent, la rapidité et les économies priment souvent sur la préservation du patrimoine. Face à des commandes suspectes et volumineuses, certains vendeurs de livres rares choisissent désormais de boycotter ces transactions pour protéger la propriété intellectuelle et les objets historiques. Cette situation cristallise le conflit éthique entre l'innovation technologique effrénée et la sauvegarde du patrimoine écrit.

Pour entraîner leurs grands modèles de langage (LLM), les entreprises d'IA recherchent activement des textes longs et de haute qualité, qui ne se trouvent bien souvent que dans les livres. Elles achètent donc des millions de livres, parfois rares, pour en extraire le contenu. Cependant, la technique employée par les entreprises de la Silicon Valley pour numériser le patrimoine écrit conduit à la destruction massive de ces ouvrages précieux.

Afin de numériser ces œuvres le plus rapidement et au meilleur coût possible, la méthode la plus simple consiste à trancher la reliure des livres pour en détacher les pages, les scanner à grande vitesse, puis les jeter. Anthropic a adopté cette approche dans le cadre de l'entraînement de son modèle Claude. Cette pratique destructrice suscite l'effroi des amoureux des livres, qui craignent « la disparition de certains exemplaires physiques uniques ».

Pour les entreprises d’IA qui cherchent à tout prix des raccourcis, la méthode délicate de Google ou de l’Internet Archive peut sembler presque extraterrestre. L'industrie de l'IA doit livrer de nouveaux modèles à un rythme soutenu, ce qui la contraint à privilégier une méthode moins coûteuse, mais destructrice.

Le raccourci de l'industrie de l'IA pour entraîner ses modèles

La révélation de ces pratiques a débuté à l'été 2025, notamment avec un procès intenté à Anthropic pour la destruction de millions de livres imprimés. Face à la colère du public, l'entreprise a même eu recours à un nom de code, « Project Panama », pour dissimuler ses activités de numérisation destructrice. Selon les révélations, Anthropic a même embauché un ancien ingénieur de Google Books pour diriger ce projet de numérisation secret.


Selon des documents judiciaires, Anthropic a dépensé des millions de dollars pour cette opération d'achat et de numérisation, achetant souvent des livres d'occasion en gros. Ensuite, Anthropic retirait la reliure des ouvrages, coupait les pages aux dimensions voulues, les numérisait sous forme de piles de pages pour en faire des fichiers PDF contenant du texte lisible par la machine, y compris les couvertures, puis jetait les originaux imprimés.

Anthropic aurait acheté, découpé et numérisé des millions de livres avant de détruire les originaux. Des géants comme OpenAI collaborent avec des bibliothèques pour numériser des ouvrages du domaine public, et Elon Musk affirme avoir demandé à son équipe chez xAI de préserver les livres rares. Toutefois, de nombreux observateurs restent sceptiques quant à la sincérité de ces promesses et à la définition exacte de ce qu'est un livre rare.

Cette approche destructrice est symbolique d’une vision purement extractive de la culture, où le livre n’est réduit qu’à une matière première pour entraîner une IA, sans respect pour sa valeur patrimoniale ou artistique. Des voix critiques estiment que cette méthode constitue un véritable gaspillage culturel. Les critiques redoutent notamment la disparition définitive d’exemplaires imprimés parfois rares, très difficiles à retrouver ou uniques.

L'alternative artisanale et respectueuse de l'Internet Archive

Ce qui rend cette destruction d’autant plus douloureuse, c’est qu’elle n’est pas une fatalité, comme le prouve le travail minutieux de l'Internet Archive. En outre, Google a breveté en 2009 une technologie de numérisation non destructrice des livres que les fabricants de grands modèles de langage pourraient utiliser pour numériser efficacement les ouvrages, à condition d’accepter de ralentir le rythme et d’investir davantage dans le processus.

L'approche de l'Internet Archive est purement humaine et méticuleuse. Après avoir testé sans succès des scanners automatisés dotés de bras d'aspiration qui endommageaient les volumes fragiles, elle a choisi de numériser ses collections « à la dure », une page à la fois, sans jamais couper la reliure d'un livre.

Ce travail repose sur l'attention constante de numériseurs professionnels comme Eliza Zhang, qui utilise une pédale pour soulever « délicatement » la vitre du scanner à chaque changement de page et ajuste manuellement l'appareil. Ce qui permet de protéger les ouvrages. Pour Eliza Zhang, cette tâche est une passion constante : « tout ! Je trouve tout intéressant. Je ne trouve pas cela ennuyeux. Chaque collection est importante pour moi ».

Andrea Mills, responsable des opérations de numérisation de l'Internet Archive, explique : « les mains humaines propres et sèches sont le meilleur moyen de tourner les pages ». Ce respect du support physique garantit une numérisation parfaite tout en préservant l'intégrité de l'œuvre. Toutefois, les entreprises d'IA sont pressées par le temps et n'envisagent pas d'investir davantage dans les numériseurs humains, qu'elles aimeraient bien remplacer.

Certaines libraires indépendantes commencent à se rebeller

Anthropic et Google achètent en gros des livres publiés avant 2022 pour éviter les « déchets d’IA ». La plateforme ISBNdb sert d’intermédiaire pour des commandes en gros de livres imprimés destinées aux laboratoires d’IA, allant de 1 000 à 1 million d’ouvrages par contrat, dans le cadre d’accords de confidentialité stricts. L'inquiétude s'est propagée jusqu'aux libraires indépendants, qui constatent désormais des commandes groupées suspectes.

Récemment, la librairie irlandaise Kennys a signalé une commande étrange de 5 000 livres obscurs et disparates. Contrairement aux habitudes des universités ou des bibliothèques, l'acheteur n'a pas cherché à négocier les prix, ce qui est désormais considéré comme un signal d'alarme majeur indiquant l'implication potentielle d'une firme d'IA. Pour éviter le risque que ces ouvrages soient détruits, certains refusent désormais ces commandes.

« Certains étaient des livres documentaires de grande qualité, comme *A History of Connemara*, et d’autres concernaient *The Eddie Hobbs Guide to your SSIA* », a déclaré Tomás Kenny, de la librairie Kennys, au Irish Times. Dans cet exemple, le premier est un ouvrage historique consacré à une région de l’ouest de l’Irlande, tandis que le second traite du compte d’épargne spécial « Special Savings Incentive Account », propre à ce pays.

La levée de boucliers va-t-elle provoquer un changement ?

Bien que ces transactions massives génèrent un profit immédiat, de nombreux professionnels craignent désormais de signer leur propre arrêt de mort en vendant des œuvres destinées à être détruites par des technologies qui menacent leur secteur. Face à ce dilemme éthique, Tomás Kenny a choisi de refuser les commandes suspectes dans le but de préserver les droits des auteurs, ainsi que l'accès des lecteurs à ces précieux ouvrages.

Il exprime fermement sa position : « s'ils prennent un livre et le scannent dans le but de s'approprier la propriété intellectuelle, alors Kennys ne veut pas en faire partie ». Les librairies berlinoises recevraient également des commandes similaires contenant des titres qu’il serait illogique d’acheter aujourd’hui.

Il est possible que la levée de boucliers de l’opinion publique pousse les Big Tech à adopter des méthodes similaires à celles de l’Internet Archive, qui mettent autant l’accent sur la préservation physique des ouvrages rares que sur leur conservation numérique. Mais il est déchirant d’imaginer l’alternative, où les livres rares deviendraient encore plus rares, en particulier pour ceux qui aiment la sensation de tenir un vieux livre entre leurs mains.

Les entreprises brandissent l'usage loyal pour se défendre

Les Big Tech font face à des actions en justice. Anthropic a accepté de 1,5 milliard de dollars à titre de règlement à l’amiable pour avoir porté atteinte aux droits des auteurs et de leurs éditeurs. Malheureusement, la sanction prononcée ici repose sur l’utilisation de livres piratés par la startup : le tribunal a en effet jugé que l’utilisation de ces œuvres écrites par les entreprises d’IA pour entraîner leurs modèles relevait du « fair use » (usage loyal).

Toutefois, cela ne s’applique pas en Allemagne. « En vertu de la législation allemande, la numérisation de livres, quelle qu’en soit la finalité, ne serait pas autorisée et constituerait une violation manifeste du droit d’auteur », a souligné Thomas Koch, porte-parole de l’Association allemande des éditeurs et libraires. « Le fait que cela se produise désormais avec des livres d’occasion est un autre exemple très préoccupant de cette pratique ».

L’association suppose aussi que ces achats sont orchestrés par des robots basés sur l’IA qui parcourent Internet à la recherche d’ISBN qu’ils ne possèdent pas encore dans leur bibliothèque. Les commandes sont expédiées à des adresses locales, mais comme certains pays européens ont des lois interdisant la numérisation de livres, l’association estime qu’il s’agit simplement de points de collecte en vue d’un envoi groupé vers les États-Unis.

D’un côté, ces commandes en gros constituent une bouée de sauvetage pour ces magasins et pourraient leur permettre de traverser plus facilement la transition de la société vers les livres numériques et les liseuses. D’un autre côté, l’IA leur fait peur, et certains craignent que cela ne marque pas seulement la fin des librairies, mais que cela puisse également entraîner une dégradation des capacités de réflexion critique des êtres humains.

Et vous ?

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Que pensez-vous de la destruction de livres par les entreprises d'IA ?
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Voir aussi

Les entreprises IA achètent des quantités considérables de livres anciens car ils ne contiennent pas d'AI Slop, Anthropic a embauché un ancien ingénieur de Google Books pour diriger un projet de numérisation

Anthropic a acheté, découpé et numérisé des millions de livres physiques avant de détruire les originaux, dans le seul but d'entraîner son IA Claude, il a également téléchargé 7 millions de livres piratés

Comment Anthropic a créé Claude avec le Projet Panama : achat de livres physiques, section des reliures, scans des pages afin d'enrichir son IA avec une matière textuelle jugée plus «noble» que le flux du Web
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Avatar de kain_tn
Expert éminent https://www.developpez.com
Le 14/08/2026 à 21:04
Citation Envoyé par Mathis Lucas Voir le message
Que pensez-vous de la destruction de livres par les entreprises d'IA ?
A risque de prendre un point Godwin, je ne vois pas bien la différence entre ce qu'ils font et ces heures sombres de l'histoire où l'on brûlait des livres... Le résultat est le même: empêcher la masse d'y avoir accès.
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Avatar de abgech
Membre actif https://www.developpez.com
Le 19/08/2026 à 9:49
Le patrimoine, ils n'ont n'en rien à foutre.

L'important, c'est d'amasser le plus de fric possible le plus vite possible. Quelle vie exaltante que d'avoir pour but d'être le plus riche du cimetière ! Il est vrai que ces clowns se croient immortels.

Mais ces quelques malades mentaux remettent en question la viabilité sur Terre de la plupart des mammifères, dont Homo sapiens. Pas grave pour la vie en général, les scorpions résistent bien à des conditions sévères et la tardigrades supportent avec aisance des conditions extrêmes.
Si dans quelques dizaines de millions d'années des espèces intelligentes de scorpions ou de tardigrades existent, espérons qu'ils ne feront pas les mêmes conneries qu'Homo sapiens.

Je dois dire qu'à 84 ans, n'ayant pas d'autre descendance qu'un fils de 55 ans, qui lui n'a pas d'enfant, ma seule ambition, c'est que nous puissions vivre jusqu'à la fin, ma compagne, moi et mon fils dans des conditions acceptables.
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Avatar de Anselme45
Membre extrêmement actif https://www.developpez.com
Le 15/08/2026 à 10:48
Citation Envoyé par kain_tn Voir le message
A risque de prendre un point Godwin, je ne vois pas bien la différence entre ce qu'ils font et ces heures sombres de l'histoire où l'on brûlait des livres... Le résultat est le même: empêcher la masse d'y avoir accès.
Il y a pire, c'est l'effacement à long terme du savoir humain!

Tacite, Virgile, Cicéron, autant d'auteurs romains dont les oeuvres nous sont partiellement parvenues après plus de 2 000 ans d'histoire et cela par une transmission de l'écrit via le papier et le livre.

Nous détruisons donc aujourd'hui le livre pour le remplacer par des supports numériques dont AUCUN n'a une durée de vie au-delà d'une décennie:

  • Disque dur (HDD) : 3 à 5 ans en utilisation continue (jusqu'à 10 ans si stocké hors tension)
  • Disque SSD : 5 à 10 ans selon l'écriture des données et l'usure des puces
  • Clé USB et carte mémoire : 5 à 10 ans (la mémoire flash garde mal les charges électriques sur de très longues périodes sans alimentation).
  • CD-R / DVD-R gravés : 2 à 10 ans selon la qualité de la gravure et l'exposition au soleil.
  • Disques pressés du commerce (CD/DVD/Blu-ray audio ou vidéo) : 10 à 30 ans ou plus si manipulés sans rayures


Et là, les "neuneux" vont nous dire "mais on recopie les données sur de nouveaux supports" mais est-ce que les "neuneux" en question croient que les 1 000 ou 2 000 prochaines années se feront sans guerre, sans destruction, sans catastrophes climatiques... Est-ce que ce sont les Musk, Altman et leur descendants qui vont assurer le service après-vente de leur conneries pour les prochains millénaires?

Quelles traces vont laisser dans l'histoire les GAFAM? Aucune!

Quel savoir transmettrons-nous à nos successeurs dans 1 000 ou 2 000 ans? Rien!

Notre civilisation de haute technologie, si avancée, n'est pas prête à concurrencer l'Egypte des pharaons qui nous ont transmis leur vécu après plus de 4 000 ans ou même ceux que l'on nomme encore "les hommes des cavernes" qui eux ont laissé leur trace plusieurs milliers d'années après avoir peint les parois de grottes
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Avatar de Astraya
Membre émérite https://www.developpez.com
Le 28/08/2026 à 8:31
Les derniers qui ont fait ça a grande échelle.... 39-45 allemands tout ça tout ça....
4  0 
Avatar de e-ric
Membre expert https://www.developpez.com
Le 28/08/2026 à 11:17
Salut

c'est le moment de leur envoyer les piles de vieux Playboy ;-)

c'est bon je sors...
4  0 
Avatar de OuftiBoy
Membre éprouvé https://www.developpez.com
Le 15/08/2026 à 17:09
C'est pour cela que quelle soit l'issue, l'IA n'est pas une bonne chose.

Soit c'est "magique" et au final l'homme n'aura plus besoin d'apprendre (sauf une élite bien sélectionnée pourra/devra/saura cultiver l'innovation et la recherche humaine) -> décébération des masses.

Soit ça se termine en eau de boudin, et là encore, qui va trinquer ?

Mais c'est rien d'étonnant, cela a toujours fonctionner ainsi de tout temps. Les civilisations évoluent, atteignent un point culminant, puis s'effondrent.
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Avatar de totozor
Expert confirmé https://www.developpez.com
Le 18/08/2026 à 8:00
Citation Envoyé par OuftiBoy Voir le message
Soit c'est "magique" et au final l'homme n'aura plus besoin d'apprendre (sauf une élite bien sélectionnée pourra/devra/saura cultiver l'innovation et la recherche humaine) -> décébération des masses.
Soit ça se termine en eau de boudin, et là encore, qui va trinquer ?
Je ne vois pas en quoi la première hypothèse n'est pas contenue dans la deuxième.
Qui dans l'élite va se charger d'innover une fois qu'ils seront dans leur tour d'ivoire?
Innover avec quel savoir?
Celui que leur fournit l'IA? Qui sera la seule encyclopédie existante.
Savoir qui sera tantôt réel tantôt une hallucination.
Les plus malins arrêteront d'essayer d'apprendre à voler après que 10 personnes aient tenté un saut de la foi avec une technologie issue de l'IA.
La mort de l'évolution.
La mort de l'humain.
Dans ces conditions un si mauvaise nouvelle?
0  0 
Avatar de der§en
Membre expérimenté https://www.developpez.com
Le 18/08/2026 à 14:55
@totozor:

c’est peut-être le « grand filtre » du Paradoxe de Fermi…
0  0 
Avatar de Anselme45
Membre extrêmement actif https://www.developpez.com
Le 19/08/2026 à 10:47
Citation Envoyé par abgech Voir le message
Pas grave pour la vie en général, les scorpions résistent bien à des conditions sévères et la tardigrades supportent avec aisance des conditions extrêmes.
Les scorpions ne font surtout pas appel à l'IA pour tout et n'importe quoi!
0  0 
Avatar de made in morocco
Candidat au Club https://www.developpez.com
Le 18/08/2026 à 16:51
"probablement"
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