Bill Gates exprime désormais de vives inquiétudes quant à l'IA. Il avertit que cette technologie menace de provoquer une catastrophe économique en raison de son impact sans précédent sur la quasi-totalité des métiers. Pour contrer ces risques majeurs, il préconise une intervention gouvernementale urgente, incluant la mise en place de taxes sur les robots et la réservation légale de certains emplois aux humains. Il souligne également des dangers critiques liés au bioterrorisme et à la cybersécurité, affirmant que le marché ne pourra pas résoudre seul ces défis sociétaux. Cette prise de position marque un revirement notable par rapport à son optimisme passé.Bill Gates, de son vrai nom William Henry Gates III, est entrepreneur et informaticien américain né en 1955. Cofondateur de Microsoft en 1975 avec Paul Allen, il a fait fortune en développant des systèmes d'exploitation, notamment MS-DOS puis Windows, qui domine le marché des ordinateurs personnels depuis des décennies. Bill Gates a dirigé Microsoft en tant que PDG jusqu'en 2000, avant de progressivement quitter ses fonctions exécutives.
Depuis les années 2000, il s'est surtout consacré à la philanthropie à travers la Fondation Bill et Melinda Gates, qu'il a créée avec son ex-épouse Melinda French Gates. Il était autrefois adepte d'un optimisme modéré face aux potentiels de l'IA, mais sa récente sortie marque un revirement radical.
Le milliardaire adopte désormais une position plus prudente et appelle d'urgence à tirer la sonnette d'alarme. Alors qu'il estimait encore trois ans auparavant que les perturbations de l'emploi liées à l'IA déboucheraient sur une transition gérable et aideraient simplement les gens à travailler plus efficacement, il prévoit désormais une véritable catastrophe économique marquée par un nombre d'emplois futurs largement inférieur à celui d'aujourd'hui.
Une menace inédite définie par son ampleur universelle
Constatant l'absence de réponse de la part des gouvernements et des leaders technologiques face à la rapidité de ces progrès, il exprime une profonde stupéfaction. Bill Gates confie être « sous le choc d'être en quelque sorte le premier à dire : "c'est fou. C'est insensé" » et se dit littéralement « assourdi par le silence » général. Sa plus grande crainte est que si l'essor de l'IA se poursuit sans contrôle, cela entraîne un rejet massif de la part de la société.
Bill Gates estime que ce désaveu massif pourrait bloquer le potentiel de la technologie dans des domaines cruciaux comme la santé ou les sciences. « Quelle sera la réaction lorsque ces emplois disparaîtront ? », a-t-il demandé. « Cela fera passer le problème des centres de données pour une broutille ». Il a déclaré qu'il s’agit du premier d’une série d’essais prévus, dont l’un proposera « une analyse plus approfondie des risques biologiques liés à l’IA ».
Le cofondateur de Microsoft insiste sur le fait que la particularité de cette transition technologique réside dans « le fait qu'il n'y a pas un seul métier qui ne soit pas affecté », prédisant que dans la majorité des secteurs, l'être humain finira par se retrouver « largement inférieur à l'IA effectuant le travail ».
C'est cette dimension omniprésente qui rend la situation sans aucun équivalent dans l'histoire, Bill Gates affirmant : « ce n'est pas la vitesse qui est différente, mais c'est l'ampleur qui fait de ce moment un moment absolument unique dans l'histoire de l'évolution ». Si certains enthousiastes rappellent que les révolutions passées finissent souvent par créer plus d'emplois qu'elles n'en détruisent en stimulant la demande, Gates se montre plus prudent.
Il a déclaré que l'effet de contagion globale sera sans précédent. Bien qu'il concède qu'il s'agit d'une prévision à long terme et non d'une tendance encore visible dans les indicateurs actuels du marché du travail, des institutions comme le FMI partagent l'hypothèse d'une exposition massive, estimant que l'IA pourrait affecter 40 % des emplois dans le monde et jusqu'à 60 % dans les pays développés. Celles-ci s'inquiètent d'une hécatombe de l'emploi.
L'insuffisance de la philanthropie et de l'autorégulation
Face à l'ampleur du problème, Bill Gates écarte catégoriquement l'idée que les fondations caritatives ou les Big Tech puissent apporter des solutions viables à eux seuls. Dirigeant la plus grande organisation philanthropique privée au monde, Bill Gates rappelle l'immense disproportion des forces, affirmant : « le gouvernement est 20 fois plus grand que toute philanthropie. Donc non, la philanthropie ne peut pas résoudre le problème du filet de sécurité ».
De même, il considère que les créateurs de modèles d'IA ne sont pas qualifiés pour concevoir des politiques publiques, d'autant qu'ils ont tendance à avoir « un léger parti pris qui les empêche de parler des aspects négatifs potentiels de leurs produits ». « La réponse ne peut pas être : "Hé, l'industrie, résolvez ça" ». Pour Gates, seule une intervention étatique directe et d'envergure internationale pourra instaurer les amortisseurs sociaux indispensables.
« Il est très, très heureux que j’écrive cette note », a-t-il souligné. D'autres figures, telles que Demis Hassabis, cofondateur de Google DeepMind, ont également renforcé leurs mises en garde. Il a récemment proposé la création d’un organisme de normalisation de l’IA de pointe, supervisé au niveau fédéral, s’inspirant en partie de la FINRA, financé en grande partie par le secteur et habilité à tester les modèles avancés avant leur mise sur le marché.
Des solutions étatiques fortes pour protéger l'humain
Bill Gates propose des solutions fiscales et réglementaires. Il suggère que les gouvernements interviennent pour sanctuariser certaines professions en les déclarant « réservées aux humains », garantissant ainsi que certains services restent assurés par des personnes physiques même si des machines pouvaient s'en charger plus efficacement. Il a justifié cette mesure de bon sens : « les signaux capitalistes sont là pour servir les humains ».
Une autre de ses propositions consiste à taxer l'utilisation de la puissance de calcul (les tokens) ou les robots afin de rééquilibrer les incitations financières des entreprises à remplacer leurs salariés. Il déplore qu'actuellement, les règles fiscales favorisent grandement l'automatisation au détriment du travail humain, ajoutant : « nous sommes très pro-robots dans nos politiques fiscales actuelles, et je dis que je pense que c'est une erreur ».
En 2023, Bill Gates, Mustafa Suleyman, Demis Hassabis et des centaines d’autres responsables de l'industrie et de la politique ont signé une déclaration affirmant que le risque d’extinction lié à l’IA devait être considéré comme une priorité mondiale au même titre que les pandémies et la guerre nucléaire.
Enfin, opposant une fin de non-recevoir aux partisans d'une accélération technologique débridée, Bill Gates rappelle une vérité philosophique et politique essentielle : « le but de l'humanité n'est pas l'optimisation économique ». Bon nombre des risques évoqués par Bill Gates sont spécifiques aux pays occidentaux les plus riches. Et le philanthrope a déclaré que pratiquement toutes les solutions nécessiteraient une intervention des gouvernements.
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