Un rapport révèle une augmentation du nombre d'employés de grandes entreprises dépendants des aides publiques pour se nourrir et se soigner. Ces entreprises comprennent Walmart, Amazon, Uber, Lyft, DoorDash, Grubhub et Instacart. Cela constitue un nouvel exemple de la crise du pouvoir d’achat qui touche de nombreuses personnes aux États-Unis, où même les salariés ont besoin de l’aide publique afin de subvenir à leurs besoins fondamentaux. Pendant ce temps, Amazon prévoit d'investir 200 milliards de dollars dans l'IA. Le contraste est frappant entre les ambitions technologiques massives de la firme et la précarité croissante d'une partie de sa main-d'œuvre. Un rapport récent du Government Accountability Office (GAO) a suscité un tollé dans le secteur technologique et dans celui de l'économie à la tâche (gig economy). Le document, commandé par le sénateur américain Bernie Sanders (Vermont), met en lumière une crise de l'accessibilité financière de plus en plus marquée aux États-Unis, où de nombreux travailleurs doivent recourir aux aides de l'État pour subvenir à leurs besoins fondamentaux.
Il révèle une augmentation spectaculaire du nombre d'employés d'Amazon bénéficiant du programme d'assistance nutritionnelle supplémentaire (SNAP, appelé « food stamps ») et de Medicaid. Dans les onze États étudiés représentant environ un cinquième de la population américaine, le nombre de salariés d'Amazon dépendants de ces programmes d'aide publique a presque triplé par rapport à l'étude précédente publiée par le groupe en 2020.
Plus précisément, 12 346 employés d'Amazon étaient inscrits au programme SNAP et 11 338 bénéficiaient de l'assurance Medicaid au cours de la période allant de février 2020 à septembre 2025. Alors que ses salariés américains peinent à survivre, Amazon a les yeux rivés sur l'IA et investit massivement.
L'émergence des plateformes de transport et de livraison telles que Lyft, Uber, DoorDash, Grubhub et Instacart a également redessiné le paysage du travail à bas salaire. Ces entreprises de l'économie à la tâche se classent désormais parmi les plus grands employeurs de bénéficiaires d'aides sociales et ont collectivement dépassé Walmart pour devenir la plus importante catégorie de bénéficiaires du programme SNAP à l'échelle nationale.
Malgré ce dépassement par le travail contractuel, Walmart reste le premier employeur traditionnel de bénéficiaires dans l'échantillon, comptant 15 515 salariés sous le programme SNAP et 16 055 couverts par Medicaid, ce qui correspond à une hausse de 55 % par rapport aux données précédentes. D'autres enseignes de la distribution y figurent aussi : Target, Dollar General, Dollar Tree, Family Dollar, Kroger, Stop & Shop, Walgreens et CVS.
Contraste saillant entre profits records et précarité des employés
Cette dépendance accrue aux aides publiques intervient alors même que les grandes entreprises concernées affichent une santé financière insolente et des profits historiques. À titre d'exemple, le bénéfice annuel d'Amazon est passé de 11,59 milliards de dollars en 2020 à 77,67 milliards de dollars pour l'exercice 2025. Au même moment, l'entreprise prévoit 200 milliards de dollars d'investissement dans ses infrastructures d'IA pour cette année.
Le PDG d'Amazon, Andy Jassy, a d'ailleurs justifié cette accélération des investissements en déclarant devant les investisseurs : « nous monétisons les capacités aussi vite que nous pouvons les installer ». Face à cette situation, Bernie Sanders s'est insurgé contre ce qu'il qualifie de « subvention publique déguisée », affirmant : « une personne qui travaille pour une entreprise réalisant des milliards de bénéfices ne devrait pas vivre dans la pauvreté ».
Il a dénoncé le fait que les contribuables doivent financer les « salaires de famine des géants comme Walmart et Amazon ». Quant à Walmart, ses bénéfices ont progressé d'environ 47 % pour atteindre 21,89 milliards de dollars, tandis que la proportion de ses salariés inscrits à Medicaid a parallèlement bondi de 55 %. Alors que le rapport suscite un tollé sur la toile, Amazon rejette fermement les conclusions tirées du rapport de l'organisation.
Selon Rachael Lighty, porte-parole d'Amazon, l'explication de ces chiffres réside dans le fait que « l'admissibilité au SNAP et à Medicaid est basée sur le revenu total du ménage et la taille de la famille, et non sur les salaires ou les avantages individuels ». Elle ajoute que les employeurs proposant des emplois à temps partiel pour ceux qui le souhaitent sont plus susceptibles de compter « des bénéficiaires de ces aides publiques » dans leurs rangs.
Amazon ajoute avoir fait des efforts financiers, notamment avec l'annonce fin 2025 d'un investissement de 1 milliard de dollars pour revaloriser les salaires et réduire les coûts de santé de son personnel de transport et logistique, portant le salaire de base moyen à plus de 23 dollars de l'heure. Walmart met en avant une augmentation de 93 % de ses salaires de départ depuis 2015 pour les salariés touchant en moyenne 18 dollars par heures.
Répercussions systémiques et nouveau cadre législatif fédéral
À l'échelle nationale, la persistance de cette situation touche des millions de travailleurs américains, les estimations du GAO indiquant que 13,8 millions d'actifs étaient inscrits à Medicaid et 10,6 millions vivaient dans des foyers bénéficiant du SNAP. La stagnation des rémunérations réelles offre une explication à cette précarité durable. Le salaire horaire moyen nominal de l'ensemble du secteur privé américain a atteint 37,64 dollars en juin 2026.
Cependant, le salaire horaire moyen réel est resté pratiquement inchangé, s'établissant à 11,32 dollars en juin 2026 contre 11,18 dollars en juin 2024. Cette précarité se heurte désormais à un durcissement des règles fédérales sous l'impulsion de la loi présidentielle appelée « One Big Beautiful Bill Act ».
Cette législation, vivement soutenue par l'administration Trump, impose aux allocataires de SNAP et de Medicaid de travailler, de faire du bénévolat ou de suivre une formation professionnelle au moins 80 heures par mois pour conserver leurs droits. Si les partisans de cette mesure soutiennent qu'elle favorisera l'autosuffisance, ses détracteurs craignent qu'elle ne prive de nombreux ménages pauvres de couverture santé et d'aide alimentaire.
Par ailleurs, cette réforme réduit le soutien financier de l'État fédéral aux programmes de protection sociale, contraignant certains États à trouver de nouvelles sources de financement. C'est le cas du New Jersey, qui a mis en place depuis le 1er juillet 2026 une contribution annuelle obligatoire imposée aux employeurs de 50 salariés ou plus à temps plein bénéficiant de Medicaid, s'élevant de 325 à 725 dollars par employé et personne à charge.
Instaurer un « contrôle démocratique » sur l'industrie de l'IA
Bernie Sanders a déposé plusieurs propositions de loi visant à réguler la technologie. En juin, il en a présenté un nouveau qui vise à créer « un fonds souverain de 7 000 milliards de dollars pour transférer le contrôle et une partie des richesses de l'industrie de l'IA vers le public américain ». Ce fonds serait financé par une taxe unique de 50 % sur les actions des grandes entreprises d'IA réalisant au moins 200 millions de dollars de ventes annuelles.
D'après le texte proposé par le sénateur de 84 ans, grâce à ces revenus, chaque citoyen américain pourrait recevoir plus de 1 000 dollars de dividendes par an, et des centaines de milliards de dollars serviraient à financer des programmes sociaux essentiels comme la santé, l'éducation et le logement.
L'objectif de cette législation est d'empêcher qu'une poignée de grandes entreprises n'accaparent les bénéfices de l'IA, et de garantir qu'ils soient partagés avec la population. Le texte prévoit de donner aux Américains une influence directe sur les décisions des entreprises pour éviter que l'IA ne nuise aux gens ordinaires. Il propose de créer une « Commission indépendante pour une IA démocratique » qui sera dirigée par un conseil de sept membres.
Elle serait chargée de superviser le fonds et pourrait utiliser ses droits de vote pour bloquer des décisions jugées néfastes. Par ailleurs, la loi exigerait que les entreprises séparent leurs activités liées à l'IA de leurs autres activités commerciales, ce qui pourrait bouleverser la structure de grands groupes comme celles d'Elon Musk. (Pour rappel, Elon Musk a fusionné sa société de fusées SpaceX, sa startup xAI et son réseau social xAI X (ex-Twitter).)
Sources : rapport de l'étude, Bernie Sanders
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