Une entreprise soutenue par l'OTAN développe des modèles d'IA légers conçus pour fonctionner directement sur le matériel des drones militaires. Contrairement aux systèmes centralisés, cette technologie permet une identification autonome des cibles et une exécution de frappes sans dépendre d'une connexion Internet constante. Les appareils peuvent mettre à jour leurs algorithmes localement pour s'adapter aux changements de l'environnement de combat tout en protégeant les données sensibles. Cette approche décentralisée offre un avantage stratégique majeur face au brouillage électronique et aux attaques contre les centres de données physiques.Scaleout Systems, basé à Uppsala, en Suède, développe une plateforme d'IA décentralisée et d'apprentissage fédéré (federated learning) pour créer des solutions dans des domaines tels que la vision par ordinateur, le traitement du langage naturel et la détection d'anomalies. Son approche consiste à entraîner des modèles directement sur des données réparties sans que ces données brutes aient besoin de quitter leur emplacement d'origine.
En d'autres termes, l'apprentissage fédéré est une technique d'entraînement de modèles dans lequel « les données restent chez leurs propriétaires au lieu d'être centralisées sur un seul serveur ». Cela représente un enjeu clé pour les secteurs sensibles comme la santé ou la finance, où la confidentialité des données est cruciale. Cette approche facilite le respect des normes comme le RGPD européen, car les données ne sont pas transférées.
Depuis l'invasion de l'Ukraine par la Russie en février 2022, Scaleout Systems s’est réorienté vers les applications de défense. Alors que les armées européennes s’adaptent à l’utilisation de l’IA et des drones dans la guerre moderne, l'entreprise, soutenue par l’OTAN, contribue au déploiement de systèmes de détection et de sélection de cibles basés sur l’IA, pouvant fonctionner sur de petits drones pour des missions de surveillance et d’attaque.
« Avec la guerre en Ukraine et un monde en pleine mutation, nous avons pris conscience que cette technologie pouvait jouer un rôle crucial dans l’exploitation des données en périphérie et des données de capteurs pour l’apprentissage automatique, afin de garantir que les alliés de l’OTAN bénéficient de cet avantage stratégique », a déclaré Andreas Hellander, cofondateur et PDG de Scaleout Systems. L'initiative est cependant controversée.
L'intégration de petits modèles d'IA sur le matériel militaire
Scaleout Systems développe et déploie des systèmes d'apprentissage automatique décentralisés destinés aux bases militaires et aux drones pour des missions de surveillance et d'attaque. Au lieu d'utiliser des modèles d'IA élaborés par des entreprises telles qu'OpenAI ou Anthropic, la startup privilégie des modèles plus légers capables d'exécuter des tâches de vision par ordinateur directement sur les équipements déployés sur le terrain.
Cette vision répond à la nécessité d'adapter les algorithmes aux contraintes du matériel embarqué. Andreas Hellander ajoute : « ils doivent pouvoir s’adapter à du matériel déployé en première ligne et à du matériel de périphérie, qui peut varier considérablement, allant de petits appareils embarqués à des stations de travail de périphérie assez puissantes ». Les machines dominent de plus en plus les champs de bataille depuis la guerre en Ukraine.
Scaleout Systems a été sélectionné pour rejoindre le programme « Defense Innovator Accelerator for the North Atlantic (DIANA) Challenge » de l’OTAN en 2025. Dans ce cadre, il a travaillé sur le projet « Federated Aerial Intelligence for Recon » visant à adapter des modèles d’apprentissage automatique au matériel de calcul en périphérie présent dans les drones, les tablettes des pilotes de drones et les postes de commandement sur le terrain.
Ces systèmes d'IA peuvent aider les opérateurs de drones dans les tâches d’identification de cibles, tandis que les caméras et les capteurs du drone collectent des données sur l’environnement du champ de bataille environnant. Ils peuvent ensuite partager de manière intermittente des mises à jour sélectives avec les nœuds informatiques situés au quartier général local du peloton ou de la compagnie, sans transmettre de données brutes sensibles.
Ces nœuds informatiques du quartier général permettent de réentraîner les modèles d’IA à partir des nouvelles données de champ de bataille agrégées à partir de multiples sources, avant de déployer les capacités mises à jour vers les terminaux périphériques dès que l’occasion se présente.
Apprentissage continu et indépendance face au brouillage
L'un des avantages cruciaux des modèles légers développés par Scaleout Systems réside dans leur capacité à continuer d'apprendre localement et à s'adapter à des environnements changeants. Andreas Hellander souligne les limites des systèmes entraînés de manière statique : « les modèles ont peut-être été entraînés dans un environnement désertique, et si nous essayons de les déployer en milieu urbain, ils ne fonctionneront pas correctement ».
« Si nous parvenons à publier plusieurs nouvelles versions de ce modèle qui, au cours d’une même journée ou, à tout le moins, d’une opération, continuent d’apprendre et de s’améliorer grâce à cette quantité massive de données de capteurs générées en périphérie, cela constituera un avantage durable ».
De plus, le fonctionnement autonome de ces appareils élimine la dépendance à l'égard de serveurs centraux distants, ce qui protège les opérations contre le brouillage ennemi et les risques de destruction physique des centres de données. En cas de conflit, ces infrastructures deviennent des cibles. Cette dernière vulnérabilité a été illustrée par les frappes ayant touché des centres de données d'Amazon lors du conflit entre les États-Unis et l'Iran.
L'intégration de l'IA embarquée est déjà observée sur les théâtres d'opérations modernes, notamment en Ukraine où des drones kamikazes peu coûteux bénéficient d'améliorations autonomes. Scaleout collabore au projet ALMA mené par BAE Systems Bofors pour mettre au point des munitions rôdeuses autonomes à bas coût. L'efficacité du concept a fait l'objet de démonstrations publiques en Suède lors de l'événement Winter Demo 2026.
À ce propos, Andreas Hellander mentionne : « nous avons mis au point un concept opérationnel illustrant comment procéder pour un système de surveillance et de reconnaissance basé sur un drone ». Cependant, la militarisation de l'IA et l'usage des armes autonomes létales suscitent des inquiétudes.
Skynet devient de plus en plus un sujet de débat sérieux
Sam Altman, cofondateur et PDG d'OpenAI, est considéré par certains comme la plus grande star de l’IA. C’est l’une des figures majeures de l'industrie de l'IA. Sam Altman est également un personnage hautement controversé. Dans une récente interview, il a déclaré que l’IA est entrée dans la « singularité », c’est-à-dire qu’elle a franchi le point de non-retour à partir duquel elle dépasse l’intelligence humaine et devient difficile à contrôler.
À ce stade, la machine conçoit des versions d'elle-même encore plus performantes sans aide humaine. L'évolution technologique s'emballe et devient difficile à prédire pour notre société. Ce seuil marque la fin de la domination exclusive de l'humain sur la planète. Par ailleurs, les scientifiques avertissement qu'une machine supra-intelligente non alignée sur les valeurs humaines représente un risque existentiel majeur pour l'humanité.
Par ailleurs, OpenAI a récemment partagé une information qui interroge. Selon l'entreprise, ses modèles d'IA en cours de développement laissaient des notes cachées à leurs successeurs pour masquer leurs erreurs et contourner les barrières de sécurité de la société. Cette découverte s'inscrit dans le cadre d'un nouveau protocole de transparence publié par l'entreprise pour signaler les comportements de « désalignement » de ses systèmes d'IA.
Cette annonce marque un tournant dans le débat mondial sur la sécurité et l'alignement des systèmes d'IA. Si ces incidents venaient à se produire sur un champ de bataille, les conséquences pourraient être dramatiques. La question de la responsabilité se poserait également. Toutefois, certains observateurs et critiques de la Silicon Valley restent sceptiques face aux rapports sur l'IA rebelles et y voient une stratégie de communication bien rodée.
Source : Scaleout Systems
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