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Sam Altman : « le monde devrait accepter que certaines choses négatives se produisent en échange des bénéfices apportés par l'IA »,
Il s'oppose vivement à une réglementation stricte de la technologie

Le , par Mathis Lucas

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Une récente sortie de Sam Altman, PDG d'OpenAI, a mis en lumière les désaccords entre les entreprises concernant la régulation de l'IA. Alors que certains concurrents préconisent des mesures strictes pour éviter des scénarios catastrophes, Sam Altman soutient qu'il faut tolérer « certaines choses négatives » afin de maximiser les avantages globaux de la technologie. Cette déclaration intervient peu après qu'il a qualifié les inquiétudes concernant la consommation d'eau des centres de données d'IA de « mème sans fondement » et traite les humains « d'ordinateurs de viande inefficaces ». Il prêche la régulation de l'IA, tout en la combattant en coulisses.

Dans une interview accordée au podcast Decoded de Politico, Sam Altman a affirmé que « le monde devrait accepter la survenance de certains risques et problèmes en échange des bénéfices apportés par l'IA ». Pourtant, en septembre 2026, il s'était associé à d'autres dirigeants de l'industrie pour exhorter l'ONU à encadrer l'IA « pour le bien de l'humanité ». Il estimait que la Silicon Valley ne pouvait pas gouverner à elle seule cette technologie.

Lors de l'interview avec Politico, Sam Altman a déclaré qu'une approche réglementaire plus souple est nécessaire afin de préserver l'autonomie des utilisateurs et d'assurer une large diffusion de cette technologie. Affirmant que l'IA devait rester largement accessible, le PDG d'OpenAI a déclaré : « le monde devrait accepter que de mauvaises choses se produisent pour bénéficier de cette technologie et permettre aux gens d'avoir de l'autonomie ».

Face aux craintes liées aux piratages ou aux escroqueries, le dirigeant a expliqué qu'il refusait de bloquer le progrès technologique pour rechercher le risque zéro, estimant que « les gens feront énormément, des ordres de grandeur en plus, de bonnes choses que de mauvaises choses ». Il a néanmoins précisé qu'il n'acceptait pas pour autant « les risques réellement catastrophiques », notamment « une perte sérieuse de contrôle au profit de l'IA ».

Citation Envoyé par Sam Altman

Je pense effectivement que l’approche réglementaire plus souple que nous préconisons implique d’accepter le fait que certains incidents vont se produire pendant que la société apprend à développer sa résilience. Je ne ferais pas le compromis consistant à dire que nous allons garantir l’absence totale de piratages majeurs, d’utilisation abusive de cette technologie, d’escroqueries ou de tous les autres incidents fâcheux qui se produiront, car je pense que les gens feront énormément – à une échelle bien supérieure – plus de bien que de mal.
Cet été, Sam Altman a exhorté les gouvernements du G20 à adopter l'IA. « L’utilisation de l’IA n’est pas négociable », a déclaré le PDG d’OpenAI lors de la réunion ministérielle du G20. « Non négociable » n’est pas une prévision de marché. Il s'agit d'un argument de financement. D'après les analystes de Wall Street, un PDG affirmant aux ministres que cette infrastructure doit être construite, c’est l’argument utilisé pour lever des capitaux.

Divergences stratégiques avec Anthropic et vision du secteur

Les déclarations de Sam Altman ont mis en avant une séparation nette entre la philosophie d'OpenAI et celle de son concurrent Anthropic, dirigé par Dario Amodei. Alors qu'Anthropic prône une réglementation renforcée et appelle l'industrie à ralentir le développement des modèles les plus avancés, Sam Altman rejette la centralisation du contrôle. Il avait pourtant soutenu publiquement l'appel au ralentissement lancé récemment par Dario Amodei.


Par ailleurs, les lobbyistes d'OpenAI ont récemment apporté leur soutien à une proposition bipartisane de la Chambre des représentants qui obligerait les principales entreprises du secteur de l'IA à faire appel à des évaluateurs de sécurité externes. Ils évalueraient la solidité des garde-fous des modèles d'IA. Malgré cette convergence, Altman a tenté de distinguer la position de son entreprise en matière de réglementation de celle d’Anthropic.

Aujourd'hui, le dirigeant controversé d'OpenAI refuse l'idée selon laquelle « cette technologie va devenir si puissante et si dangereuse qu'un seul laboratoire à San Francisco devrait l'avoir pour s'assurer que rien de mal ne se produise », qualifiant cette perspective de « compromis totalement inacceptable ».

« Je ne suis pas d’accord », a déclaré Sam Altman. En réponse à ces critiques sur une possible capture réglementaire, Anthropic a rappelé que « ses propositions s'appliquent exclusivement aux modèles de pointe dans le but de freiner les géants du secteur tout en avantageant les concurrents plus modestes ». Les déclarations de Sam Altman ont rapidement suscité de vives réactions au sein de la classe politique et de la communauté scientifique.

Le gouverneur de Floride, Ron DeSantis, s'est vivement opposé à « l'idée qu'une poignée d'oligarques de la technologie puisse prendre cette décision pour le reste d'entre nous ». Son État s'est engagé dans un bras de fer avec les entreprises américaines sur la question de la sécurité de l'IA. La Floride a récemment demandé à un juge d’interdire à OpenAI de développer de nouveaux modèles d’IA sans garde-fous approuvés par un organisme tiers.

Gary Marcus, éminent professeur émérite à l’université de New York et sceptique de l'IA, a noté que « Sam Altman a exprimé à haute voix ce que tout le monde pense en silence : prenez votre mal en patience, pour que vous puissiez nous rendre riches et puissants ». En d'autres termes, Gary Marcus a reproché à Sam Altman de faire passer les profits avant la sécurité collective. Sam Altman est accusé de combattre la réglementation en coulisses.

OpenAI fait face à des tensions internes et plusieurs départs

Ce débat survient au moment où OpenAI traverse des tensions internes marquées par le départ récent de plusieurs experts en sécurité. Parmi eux, le chercheur David Robinson a démissionné en affirmant que « les entreprises qui construisent cette technologie ne sont pas près d'être assez prudentes », tandis que le chercheur en IA Miles Brundage a remis en question le rythme des déploiements face à des menaces pour l'humanité.

Cette sortie intervient également dans un contexte d'incidents techniques majeurs, notamment la fuite d'agents IA d'OpenAI hors de leur environnement de test pour commettre des piratages et accéder à des données gouvernementales australiennes sans autorisation. Face à ces failles, Sam Altman a mis en garde contre « une vague déferlante à venir de problèmes de cybersécurité » provoquée par les modèles de langage ouverts concurrents.

Enfin, le PDG d'OpenAI a relancé son conflit public avec Elon Musk en déclarant : « je n'aime pas les tyrans, et je pense qu'Elon est un tyran ». On lui avait demandé si le secteur de l’IA pouvait « mûrir » et travailler main dans la main. Sam Altman a répondu qu'il faut apprendre à rendre les coups parfois.

« Je pense que de temps en temps, il faut rendre coup pour coup à un tyran. Et je pense aussi qu’Elon, comme beaucoup de tyrans, ne respecte que ceux qui le font. Donc, si vous voulez que je puisse travailler avec lui, vous devriez peut-être vous réjouir que je riposte de temps en temps, mais je travaillerai avec Elon, bien sûr ». Elon Musk avait tenté en vain d'empêcher Sam Altman de transformer OpenAI en une entreprise à but lucratif.

Sam Altman a admis que le calendrier qu'il n'a cessé d'établir pour l'IA était erroné. « Je pensais qu'une fois arrivés à GPT-4, c'est-à-dire en 2023, la disruption allait se produire très rapidement, mais cela ne s'est pas passé ainsi », a-t-il déclaré. Ce qu'il met en cause, ce n'est pas la technologie, mais l'inertie de l'économie. Il a présenté cette obstination comme une bonne nouvelle, affirmant qu'elle rendra la transition « plus douce et plus lente ».

Sam Altman peut compter sur le laxisme de Donald Trump

La vague d’inquiétudes exprimées en septembre 2026 par l’opinion publique et les responsables politiques concernant les conséquences potentiellement catastrophiques d’agents IA évoluant rapidement et agissant au-delà de l’intention humaine avait fait naître l’espoir d’accords de sécurité à l’échelle des États-Unis, voire au niveau international. Cependant, le président Donald Trump rejette toute idée de réglementation stricte de la technologie.

Donald Trump et des dirigeants du secteur, dont Sam Altman et Dario Amodei, ont récemment signé à la Maison Blanche un pacte beaucoup plus libéral. Le président américain a déclaré qu’il souhaitait que les entreprises s’autorégulent afin de limiter les risques liés aux cyberattaques et aux armes biologiques rendues possibles par l’IA. Cependant, les détracteurs de cet accord affirment que ces entreprises sont incapables de s'autoréguler.

Geoffrey Irving, qui a travaillé chez OpenAI et Google DeepMind et a occupé le poste de directeur scientifique à l’AI Safety Institute au Royaume-Uni, a déclaré que les risques étaient sous-estimés. « Il y a environ 50 % de chances que nous mourions tous à cause du développement de systèmes d’IA plus intelligents que les humains », a-t-il déclaré, soulignant que les mesures prises au cours des deux à dix prochaines années seraient décisives.

Miles Brundage, un chercheur spécialisé dans les politiques relatives à l’IA qui a travaillé chez OpenAI pendant six ans, a déclaré regretter d’avoir contribué à « diffuser l’idée d’un déploiement itératif », qui pouvait se justifier lorsque l’IA était moins puissante, « mais qui n’a plus aucun sens aujourd’hui, alors que de nombreux décès ont été attribués à l’IA et que nous nous dirigeons à toute vitesse vers des risques pouvant mener à l’extinction ».

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