La directrice du FMI, Kristalina Georgieva, met en garde contre les bouleversements induits par l’IA. Elle affirme que l'IA provoque des mutations économiques majeures comparables à un « tsunami progressif » qui menace particulièrement les nouveaux diplômés. Alors que le FMI estime que 40 % des emplois mondiaux subiront des répercussions, la technologie redéfinit la demande en compétences tout en réduisant les revenus fiscaux potentiels des États. Selon Anthropic, l'IA pourrait faire bondir le PIB américain de 32 % d'ici à 2030, mais l'adoption massive de l'IA se traduit par une précarité financière pour les travailleurs de plusieurs professions.Kristalina Ivanova Georgieva, née le 13 août 1953 à Sofia, est économiste, fonctionnaire internationale et femme politique bulgare. Elle est directrice générale du Fonds monétaire international (FMI) depuis le 1er octobre 2019. Kristalina Georgieva reste dubitative quant à l'impact de l'IA sur le marché mondial de l'emploi et l'économie. Selon elle, l'IA pourrait augmenter la productivité, mais pourrait aussi exacerber les inégalités dans notre société.
Dans une sortie récente, elle a averti que l'impact de l'IA sur l'emploi ne fait que commencer et s'apparente à « un tsunami qui avance lentement ». Le FMI estime qu'environ 40 % des emplois à l'échelle mondiale seront transformés, dégradés ou supprimés au fur et à mesure des progrès technologiques.
Bien que les travailleurs dotés de compétences avérées en IA bénéficient de salaires plus élevés, cela ne s'est pas encore traduit par une croissance globale de l'emploi. Kristalina Georgieva cherche toutefois à dissiper le mythe selon lequel la technologie réduirait la demande globale de main-d'œuvre, affirmant qu'elle est en train de « déplacer la demande de personnes » à l'heure actuelle, tout en précisant que cela pourrait évoluer à l'avenir.
Les travailleurs aux « qualifications intermédiaires » occupant des postes très exposés à l'automatisation risquent ainsi d'être distancés, un phénomène qui touche particulièrement les économies avancées. « C'est une période incertaine pour les développeurs », a conclu l'enquête « The State of Devs 2026 » publiée récemment. Les résultats ont révélé une forte précarité financière dans la profession à l'ère de l'IA, marquée par des pressions sociales.
Des retombées particulièrement lourdes pour les jeunes diplômés
Les jeunes qui entrent sur le marché du travail figurent parmi les premiers concernés par ces bouleversements. Traditionnellement, les nouveaux arrivants débutent par des tâches routinières et répétitives qui leur permettent d'acquérir de l'expérience et de gravir les échelons. Kristalina Georgieva a rapporté que si ces postes de débutant disparaissent, aucun jeune ne souhaite voir son avenir professionnel limité à devenir « un barista dans un café ».
« Les personnes dont il faut se préoccuper en priorité sont les jeunes qui font leur entrée sur le marché du travail », a-t-elle déclaré le 12 octobre 2026 lors d’un événement organisé en marge des assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale à Bangkok. Ces changements appellent à des réformes.
« Normalement, ils occuperaient ces emplois routiniers et répétitifs, puis graviraient les échelons. Mais si ces postes disparaissent, je ne pense pas qu’un jeune ait envie de devenir barista dans un café comme... avenir professionnel », a-t-elle ajouté. De son côté, le président singapourien Tharman Shanmugaratnam appelle à pérenniser les mesures de soutien instaurées en « période de crise » afin de favoriser l’insertion professionnelle des jeunes.
Tharman Shanmugaratnam a souligné que le premier échelon de l'emploi connaît une baisse de la demande, illustrée par le taux d'emploi à temps plein des diplômés universitaires à Singapour qui est passé de 79,4 % en 2024 à 74,4 % en 2025. Il a également prévenu que les jeunes diplômés contraints d’attendre et de rivaliser avec la promotion suivante risquent de perdre plus d’un an de compétences, mais aussi leur « confiance dans l’avenir ».
Cette inquiétude face à la détérioration progressive des perspectives se traduit d'ailleurs déjà par des manifestations étudiantes en France depuis le 18 septembre 2026. Le président de la Banque mondiale, Ajay Banga, estime que 1,2 milliard de jeunes atteindront l’âge de 18 ans au cours des quinze prochaines années, et que le secteur privé, qui génère déjà entre 75 % et 85 % des emplois dans chaque pays, devra en absorber la plupart.
Les diplômés en informatique se tournent vers la restauration
L'émergence de l'IA générative modifie profondément l'insertion professionnelle des jeunes diplômés. Quelques mois seulement après le lancement de ChatGPT le 30 novembre 2022, le premier échelon de l’échelle professionnelle dans la technologie a commencé à disparaître. Les diplômés ayant suivi des études en informatique et dans d’autres domaines liés à l’IA se voient de plus en plus souvent privés des emplois pour lesquels ils se sont formés.
Une grande partie d’entre eux se retrouvent à la place derrière les comptoirs des restaurants et aux caisses des magasins. C’est ce que révèle une étude publiée récemment par des économistes du Bureau du recensement (Census Bureau) des États-Unis. Selon le rapport, les filières les plus touchées par l'IA regroupent notamment l'informatique, les mathématiques, les statistiques, le réseau, quelques branches de l'ingénierie ainsi que le journalisme.
L'étude a examiné comment les diplômés des filières les plus exposées à l'IA s’en sont sortis depuis le lancement de ChatGPT fin 2022, qui a contribué à déclencher le boom de l’IA générative. Les conclusions montrent une « détérioration nette » des conditions de début de carrière pour le dixième des spécialisations les plus exposées à l'IA. Bien que le constat soit largement partagé, certains observateurs ajoutent que cela ne se résume pas l'IA.
Les conclusions ne sont pas encourageantes pour les personnes issues des domaines les plus exposés : les perspectives de carrière et de revenus du décile supérieur (c’est-à-dire les 10 % des filières les plus exposées à l’IA) semblent aussi mauvaises que celles des milléniaux plus âgés ayant obtenu leur diplôme pendant la Grande Récession. Sa probabilité d'emploi initial diminuer de 5 % ; les gains initiaux sur un trimestre complet ont chuté de 13 %.
Les implications fiscales et la nécessité d'une réponse structurelle
Face à cette menace, les dirigeants d'organisations internationales appellent les gouvernements à anticiper la crise plutôt qu'à attendre qu'elle se concrétise. Ils invitent à déployer des mesures pour protéger l'emploi des jeunes diplômés. La directrice du FMI insiste sur le fait que les États doivent repenser l'éducation pour un monde où les travailleurs ne peuvent plus compter sur un unique ensemble de compétences tout au long de leur carrière.
Elle souligne également les conséquences budgétaires des perturbations du marché du travail, car une baisse de l'emploi entraîne une diminution des dépenses de consommation et des recettes fiscales pour les gouvernements. Tharman Shanmugaratnam suggère de s'inspirer des politiques publiques déployées lors de la crise financière de 2008 et de la pandémie de COVID-19 afin d'accompagner les travailleurs dans cette transition économique.
Si Kristalina Georgieva et Tharman Shanmugaratnam lancent des mises en garde, d'autres figures majeures affichent un ton plus optimiste ou constatent « un rythme d'automatisation plus lent que prévu ». Dans une interview en septembre 2026, Sam Altman, PDG d'OpenAI, a admis s'être trompé en pensant qu'un plus grand nombre d'emplois de bureau pour débutants auraient été supprimés à ce jour, affirmant être « ravi d'avoir tort à ce sujet ».
Selon Dario Amodei, PDG d'Anthropic, automatiser 90 % d'une tâche permet aux employés de se concentrer sur les 10 % restants, décuplant ainsi leur productivité globale. Enfin, Donald Trump se montre confiant quant au fait que l'IA, qu'il qualifie de « superintelligence », sera un créateur d'emplois majeur. Il estime même qu'il y aura tellement d'emplois créés qu'il n'y aura pas assez d'humains pour les pourvoir, nécessitant le recours aux robots.
Répartition des richesses et accentuation des inégalités sociales
La répartition des richesses produites par l'IA constitue l'une des principales préoccupations des économistes. Selon l'étude, l'augmentation globale de la richesse s'accompagne d'une profonde modification de la répartition entre le travail et le capital. Alors que la répartition actuelle attribue 60 % des revenus au travail et 40 % au capital, le scénario extrême ferait chuter la part des travailleurs à 45 % au profit des propriétaires qui capteraient 54 %.
Bien qu'Anthropic concède que « ce processus peut être douloureux, mais qu'il fonctionne relativement bien d'un point de vue macroéconomique », le modèle économique exploité par la société laisse sans réponse la question de savoir comment ces gains matériels seront redistribués au sein de la population.
Bill Gates avertit que cette technologie menace de provoquer une catastrophe économique en raison de son impact sans précédent sur la quasi-totalité des métiers. Pour contrer ces risques majeurs, il préconise une intervention gouvernementale urgente, incluant la mise en place de taxes sur les robots et la réservation légale de certains emplois aux humains. Il souligne également des dangers critiques liés au bioterrorisme et à la cybersécurité.
Le PDG d'Anthropic, Dario Amodei, appelle l'industrie à ralentir la course à l'IA afin de mieux sécuriser les modèles face aux risques d'extinction humaine. Cette proposition suggère une « surveillance » indépendante et une régulation internationale rigoureuse. Elle est soutenue par des figures majeures comme Sam Altman d'OpenAI et Elon Musk de SpaceXAI. Cependant, ce projet se heurte au dilemme de la compétition avec la Chine.
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