Pour les développeurs informatiques de la vielle école, la programmation à la main était une forme d’artisanat numérique caractérisé par la résolution d'énigmes logiques et une sensation de «code qui coule de source», et où la notion du temps s'effacait au profit de la tâche à accomplir. On en ressortait avec une forme de satisfaction d’avoir pu résoudre des problèmes. Avec l’avènement de l’intelligence artificielle, cet état de choses à été altéré. Désormais, la programmation consiste plus en une activité de supervision des productions de l’IA. Elle introduit une forme de mécanique qui ôte les plaisirs des origines.En toile de fond, c’est le développement centré sur l’artisanat et la beauté du texte qui fait face à celui axé sur le produit et l’impact concret
Pour la catégorie de développeurs centrés sur l'artisanat et la beauté de la syntaxe, l'IA a effectivement étouffé une partie du plaisir. Résoudre un bug complexe ou concevoir un algorithme élégant après des heures d'effort procurait une immense satisfaction. Déléguer cette friction à une IA transforme le travail en une tâche managériale, privant le développeur du sentiment de gratification personnelle.
«J'ai appris à programmer tout seul à l'âge de 12 ans, dans les années 90, et j'ai toujours aimé ce jeu d'allers-retours avec l'environnement d'exécution pour obtenir le bon résultat. Je me suis récemment remis à la programmation après avoir occupé d'autres postes, et lorsque j'ai lancé un nouveau projet l'année dernière, j'ai décidé d'essayer les nouveaux assistants IA.
Ma surprise initiale face à la qualité et à la rapidité que l’on peut atteindre en utilisant ChatGPT ou Copilot pour coder s’est transformée en déception au fil des mois, lorsque j’ai réalisé que tout le plaisir que je prenais à essayer d’obtenir le résultat souhaité — en améliorant petit à petit mon code, en réfléchissant lentement, en vérifiant les résultats par rapport à l’environnement d’exécution, et en finissant par réussir — avait, disons, disparu. Ce que je fais désormais, c’est taper des phrases en anglais dans des tentatives de plus en plus désespérées pour amener ChatGPT à produire ce que je veux (ou fournir des extraits à Copilot pour obtenir la bonne suggestion d’autocomplétion), ce qui — comme il s’agit pour ainsi dire de boîtes noires — est frustrant et non linéaire : soit « ça marche », soit ça ne marche pas. Il n’y a aucune mesure de progrès. D’une certaine manière, avoir Copilot dans l’IDE était encore pire, car il perturbait souvent ma réflexion en suggérant des compléments.
J’ai donc désactivé Copilot. Curieusement, je me sens moi-même désormais un peu désarmé sans lui dans l’IDE ; cependant, cette abstinence m’a redonné la capacité de prendre du recul et de réfléchir, et par là même, le plaisir de programmer. Pourtant, j’ai l’impression d’être désormais en quelque sorte un ancien toxicomane toujours au bord d’une rechute. Je me demandais si certains d’entre vous ressentaient la même chose, ou si je suis simplement vieux», rapporte un intervenant de la filière sur un forum en ligne.
En d’autres termes, le fait de devoir constamment basculer entre la formulation d'instructions (les prompts) et la vérification de la cohérence de l'IA brise la concentration profonde et le plaisir qui découle de la sensation d’avoir pu résoudre par soi-même un problème via l’approche manuelle. Certains professionnels confient sur les plateformes d'échange comme Medium ou DEV Community qu'ils finissent par chercher de la satisfaction dans des tâches manuelles ou physiques (comme le cyclisme ou le jardinage) pour compenser cette perte de concret.
À l'inverse, une autre faction de développeurs et de créateurs estime que l'intelligence artificielle a précisément libéré la joie de créer
L'intelligence artificielle supprime la corvée d'écrire du code passe-partout, de configurer des environnements complexes ou de rédiger la documentation. De plus, comme le soulignent des pionniers du milieu, l'intelligence artificielle permet de lever les yeux de la syntaxe pour se concentrer sur l'architecture globale, l'expérience utilisateur et les concepts créatifs. Elle agit comme un partenaire de brainstorming en temps réel. Des développeurs expérimentés peuvent ainsi bâtir des outils dans des langages qu'ils ne maîtrisent pas, redécouvrant la sensation magique de leurs débuts en informatique.
C’est ce qu’illustre le cas René Turcios. Cet Américain de 29 ans, a participé à plus de 200 hackathons en deux ans sans avoir aucune compétence en codage. Malgré le fait qu'il ne sait pas coder au sens traditionnel, il a accumulé les victoires et s’est forgé une réputation dans la communauté Tech locale. Sa méthode : « le vibe coding » avec l'IA générative. Pendant deux ans, il a perfectionné l'art du vibe coding et est aujourd'hui capable de livrer en quelques heures ce que des équipes d'ingénieurs logiciels mettent des semaines à coder. Son aventure a donné lieu à un débat sur la capacité de l'IA à remplacer les programmeurs, mais aussi sur la qualité du code généré par l'intelligence artificielle.
En somme, le codage assisté par ordinateur n’a pas tué la joie, mais il a déplacé le curseur. Le codeur de l’ancienne école trouvait son plaisir sur l’artisanat, la beauté de la syntaxe et le sentiment d’avoir résolu des problèmes à la main. Le codeur moderne pour sa part puise satisfaction dans la vitesse à laquelle il est capable de donner vie à un système complexe.
Source: Etude ResearchGate
Et vous?
Programmation manuelle centrée sur l’artisanat et la beauté de la syntaxe ou programmation assistée par IA axée sur le produit et l’impact: de quel bord êtes-vous ?
Êtes-vous à cheval entre la vielle école des programmeurs et celle dite ChatGPT ? Comment comparez-vous les deux époques ? Quels sont les avantages et les inconvénients de chacunes de celles-ci ?Voir aussi :
Il existe une meilleure façon de coder avec l'IA, par Namanyay Goel
Les instructions génératives de l'IA sont aussi une dette technique, par Sean Goedecke
Nous pleurons notre métier : Le pire avec ces outils d'IA, c'est qu'ils fonctionnent, ils peuvent écrire du code mieux que vous ou moi, par Nolan Lawson
Le piège du codage par l'IA, par Chris Loy
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