La campagne menée par Donald Trump pour substituer « superintelligence » à « IA » n’a pas entraîné de changement uniforme dans le vocabulaire du secteur technologique. Elon Musk et Mark Zuckerberg ont adopté le terme « superintelligence ». Les PDG de Microsoft, d’Amazon et d’Alphabet continuent d’employer le terme « IA ». Même au sein d’une même entreprise, les deux appellations coexistent. En dehors de Meta et de Tesla, les conférences téléphoniques sur les résultats financiers conservent l’ancienne appellation. Les experts accusent Donald Trump de chercher à occulter les limites réelles et les risques de la technologie tout en exagérant ses capacités.Le 29 septembre 2026, Donald Trump a signé un décret exécutif ordonnant aux agences fédérales d'abandonner l'expression « intelligence artificielle » au profit du terme « superintelligence » dans toutes les politiques et communications officielles. Lors de la 81e Assemblée générale des Nations Unies, Donald Trump avait déclaré à ses homologues mondiaux que « l’utilisation du mot « artificielle » laisse penser que la technologie est fausse.
Depuis la signature du décret, le gouvernement américain procède à la modification des documents officiels et des sites Web. Les ministres et autres collaborateurs ont immédiatement adopté le nouveau terme. Donald Trump considère comme « ennemi » toute personne dérogeant à son injonction. Cependant, cette décision est largement critiquée dans la communauté technologique et les experts dénoncent une décision au profit des Big Tech.
Un mois après le début de cette campagne, tout ne se passe pas comme le président le souhaitait. Parmi les chefs d'entreprise du secteur technologique, Elon Musk et Mark Zuckerberg se sont montré les plus alignés sur la ligne présidentielle lors des présentations de leurs résultats financiers du troisième trimestre 2026. De son côté, Elon Musk a décidé de renommer en SpaceXSI la division qui développe le modèle d'IA Grok de l'entreprise.
Le milliardaire a également évoqué l'usage de la nouvelle terminologie lors d'une conférence de Tesla consacrée à la robotique humanoïde. Mark Zuckerberg a adopté cette orientation lors de la conférence sur les résultats de Meta le 21 octobre 2026 en réaffirmant l'objectif de son groupe de « délivrer une superintelligence personnelle à tous », appuyé par la création antérieure d'une division spécialisée baptisée Meta Superintelligence Labs.
Si d'autres chefs d'entreprises ont soutenu les cérémonies d'investiture ou supprimé des programmes internes contestés par l'administration Trump, Elon Musk et Mark Zuckerberg demeurent à ce jour les alliés les plus visibles du président sur cette question. Les documents existants n’ont pas besoin d’être réécrits : le décret exempte les règlements, actes présidentiels, contrats, subventions et autres documents historiques déjà publiés.
La réserve et les nuances des autres géants de la technologie
Selon une récente analyse de CNBC, de nombreux responsables majeurs de l'industrie maintiennent l'usage des termes traditionnels dans leurs interventions publiques. Le PDG d'Amazon, Andy Jassy, a utilisé l'appellation « IA » plus d'une douzaine de fois au cours de son propos introductif. De même, le PDG d'Alphabet, Sundar Pichai, a rapidement rappelé que les investissements dans l'IA continuaient de stimuler la croissance des utilisateurs.
Chez Microsoft, le PDG Satya Nadella a également réaffirmé que l'un des piliers stratégiques demeurait la conception d'une IA au service des utilisateurs. Toutefois, sans s'opposer frontalement à la Maison-Blanche, Microsoft a introduit le terme superintelligence à huit reprises dans son rapport annuel.
Pour Microsoft, la question centrale à l’aube de cette ère de la « super-intelligence » n’est pas seulement de savoir quelle ampleur prendra cette opportunité, mais comment nous allons produire les résultats concrets que chaque pays, chaque communauté et chaque entreprise exige et mérite. D'autres dirigeants du secteur des semiconducteurs et du logiciel ont également commencé à employer ce terme dans leurs communications officielles.
Le PDG d'IBM, Arvind Krishna, a combiné les deux appellations lors de la conférence téléphonique de son entreprise en déclarant : « l'innovation technologique dans les infrastructures hybrides et la superintelligence mène à de meilleures performances commerciales ». Il a décrit IBM comme « une entreprise de plateformes de cloud hybride et d’IA axées sur les logiciels ». L'entreprise fait partie des géants qui investissent le plus dans l'IA.
Le PDG d’Intel, Lip-Bu Tan, a quant à lui utilisé le terme « superintelligence » dans un autre contexte : il a attribué la pénurie d’approvisionnement dans le secteur des puces à une « demande sans précédent » pour cette technologie. Enfin, des figures comme Nikesh Arora, PDG de Palo Alto Networks, et Jensen Huang, PDG de Nvidia et proche allié de la présidence sur les enjeux de sécurité technologique, ont salué le décret présidentiel.
Tentative controversée de contrôler le langage autour de l'IA
Ce décret exécutif marque une rupture avec l'évolution habituelle du langage, qui s'établit par les usages collectifs, le travail et les réalités matérielles plutôt que par un décret présidentiel. Par exemple, le mot « computer » désignait au début du vingtième siècle des personnes qui calculaient à la main, avant d'être redéfini au milieu du siècle pour désigner des machines électroniques en raison de mutations technologiques et sociales.
Un changement de nom modifie la façon dont les consommateurs perçoivent une marque, mais aussi ce qu'ils pensent qu'elle est capable de devenir. La linguiste Naomi Susan Baron a qualifié cette tentative de redéfinition politique de « naïvement optimiste et dangereuse ». La professeure en linguistique computationnelle Emily Bender rappelle une règle fondamentale en soulignant que « les langues appartiennent à leurs communautés ».
Dans la communauté scientifique et technique, l'expression « superintelligence » renvoie à un concept théorique bien précis, désignant une machine hypothétique qui dépasserait largement les facultés cognitives humaines. Ce stade se situe au-delà de ce que les experts appellent « intelligence artificielle générale » (AGI), point théorique où des systèmes automatisés atteindraient une maîtrise globale égale ou supérieure à l'intelligence humaine.
Amalgamer les technologies actuelles à une superintelligence crée une confusion majeure en attribuant aux systèmes existants des capacités quasi surhumaines qu'ils ne possèdent pas. Même le terme « intelligence artificielle » fait l'objet de critiques pour son manque de précision, car elle regroupe sous une même étiquette divers outils, allant du traitement de données statistiques à la reconnaissance de formes ou à la génération de contenus.
Quid de la signification juridique ?
À l'heure actuelle, la signification juridique reste inchangée. Sauf disposition contraire de la loi, la superintelligence englobe les systèmes déjà couverts par la définition légale existante de l’IA. Une éventuelle modification de la définition constitue une étape distincte, qui n’est pas encore achevée. Le décret accorde à l’assistant du président chargé des sciences et des technologies un délai de 60 jours pour soumettre un projet de texte législatif.
Ce projet doit évaluer si une définition fédérale de l’IA devrait modifier, élargir ou remplacer la définition légale de l’IA. Pour l’instant, la substitution prévue par le décret de Donald Trump utilise une catégorie juridique existante plutôt que d’établir un nouveau niveau de capacité technique.
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Ce terme finira-t-il par remplacer l'appellation traditionnelle « IA ». Pourquoi ?Voir aussi
« L'IA n'est pas une superintelligence » : les experts accusent Trump de chercher à occulter les limites réelles et les risques de la technologie tout en exagérant ses capacités, au profit des Big Tech
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« Le théorème de Gödel brise le mythe le plus important de l'IA. L'IA ne sera jamais consciente », déclare le mathématicien Roger Penrose, il ajoute que le nom « intelligence artificielle » n'est pas le bon
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