Le Nasdaq a enregistré sa pire séance en 18 mois après un recul massif de près de 2 500 milliards de dollars. Cette chute brutale découle directement des résultats des élections de mi-mandat, où la victoire des démocrates a fait craindre aux investisseurs des restrictions réglementaires. Les marchés redoutent un ralentissement dans le développement des centres de données en raison de contraintes énergétiques et politiques. Les fournisseurs d'infrastructure et les fabricants de puces ont essuyé les baisses les plus sévères. Wall Street s'interroge sur la rentabilité à court terme des investissements massifs dans l'IA, craignant un éclatement de la bulle.Le 5 novembre 2026 a été une journée noire pour les valeurs technologiques américaines liées à l'IA. Le Nasdaq a connu sa pire journée depuis 18 mois avec un effondrement de 5,5 %. Ce repli brutal a fait basculer l'indice technologique en zone de correction, le situant à plus de 10 % en dessous de son récent sommet historique. Les graphiques montrent que cette correction a effacé près de 2 500 milliards de dollars de sa capitalisation boursière.
Il s'agit de la chute quotidienne la plus importante du Nasdaq depuis l'annonce des droits de douane d'avril 2025. L'ensemble des marchés américains a été emporté par le mouvement, le Dow Jones enregistrant une baisse de 3,4 % avec une perte de plus de 1 800 points, tandis que le S&P 500 s'est replié de 4,3 %.
Dans le même temps, l'indice de volatilité VIX s'est envolé de 61 %, atteignant son niveau le plus élevé depuis le début du conflit en Iran. La vague de ventes s'est ensuite propagée aux places asiatiques, où le Nikkei 225 japonais a cédé 6 % et le Kospi sud-coréen plus de 8 %. Neil Wilson, analyste chez Saxo UK, a décrit la journée comme « un événement de capitulation complète ». Il a déclaré que le marché doit chercher des signes de stabilité.
Contrecoup politique des élections américaines de mi-mandat
Ce mouvement de panique s'explique principalement par les résultats des élections américaines de mi-mandat, qui ont été perdues par les républicains. Les démocrates ont pris le contrôle du Congrès, marqué notamment par des victoires éclatantes dans des gouvernorats clés tels que le Texas, la Géorgie et l'Ohio. Ces succès électoraux ont ravivé les craintes d'une régulation accrue et d'un frein imposé à l'expansion des centres de données.
En effet, de nombreux candidats victorieux ont axé leur campagne sur « le ralentissement ou le gel temporaire de l'approbation de ces infrastructures », motivés par la consommation massive d'électricité de ces sites et les inquiétudes des communautés riveraines face à l'augmentation de leurs factures d'énergie.
« La crainte est celle d’un retournement total de la dynamique, alors que les démocrates fixent le rythme à la frontière technologique et mettent un coup d’arrêt à la construction de centres de données... Cela semble totalement exagéré, mais la nature du “vendez tout” sur ce marché implique que nous devons d’abord chercher des signes de stabilité ». Selon le PDG d’Infrastructure Capital Advisors, Jay Hatfield, « c’est une véritable panique ».
« Cela concerne à 100 % les valeurs du secteur des semiconducteurs et le ralentissement potentiel des positions sur l’IA », a-t-il ajouté. Rares ont été les secteurs épargnés par cette correction, les 11 secteurs d’activité du S&P ayant tous perdu du terrain, dont sept ont chuté d’au moins 2 %. L’action Caterpillar a perdu 6,4 %, JPMorgan a reculé de 4,2 % et UnitedHealth ainsi que 3M ont toutes deux cédé plus de 3 %, pesant sur le Dow Jones.
Selon l'analyste technologique Dan Ives, « il n’y a aucun moyen d’enjoliver le fait qu’une prise de contrôle du Congrès par les démocrates créera des obstacles majeurs pour la législation sur l’IA et la technologie à Washington au cours des deux prochaines années ». Même lorsqu'un projet dispose de ses financements et de ses commandes d'équipements, le blocage des permis ou des raccordements au réseau électrique en différera la réalisation.
Les fournisseurs d'infrastructures d'IA sont en première ligne
Si les géants du cloud computing comme Alphabet (-2,29 %), Microsoft (-3,25 %) et Amazon (-3,55 %) ont enregistré des baisses contenues, les entreprises fournissant les puces, les serveurs et les équipements électriques ont subi le choc le plus violent lors de cette correction. La chute a été particulièrement marquée pour AMD (-14,83 %), Micron (-14,18 %), Dell (-12,88 %), GE Vernova (-11,88 %), SanDisk (-22 %) et Western Digital (-17 %).
Les valorisations de Nvidia (-7,53 % à -9,2 %), Broadcom (-8,07 %), Lam Research (-12,44 %) et Applied Materials (-10,31 %) reposent en effet sur la poursuite des dépenses massives dans les infrastructures d'IA. Si les géants du cloud conservent d'importantes recettes leur permettant d'absorber leurs flux de trésorerie négatifs liés aux dépenses d'équipement, les équipementiers subissent immédiatement le contrecoup des reports de chantiers.
Les équipementiers portent actuellement l'essentiel du risque financier en cas de ralentissement des projets. La chute des cours a alimenté un mouvement de fuite vers la qualité en faveur des bons du Trésor, le rendement de l'obligation de référence à 10 ans tombant à son plus bas niveau depuis le 9 septembre.
« Aussi désagréable que cela puisse être pour l'industrie, j'espérais que les cours des actions liées à l'IA reviennent à la réalité. Une correction du marché est une chose saine tant qu'elle ne se transforme pas en effondrement. À mon avis, certaines entreprises du secteur de l'IA affichent des valorisations absurdes compte tenu de leur endettement astronomique. Un retour à la réalité pourrait s'avérer salutaire à long terme », a souligné un critique.
Une réévaluation globale des perspectives de l'IA générative
Les inquiétudes ne se limitent pas aux questions d'infrastructures, mais s'étendent à la rentabilité des investissements dans l'IA et à l'adoption par le grand public. Le marché des smartphones est au plus bas depuis 14 ans, enregistrant un recul net des livraisons mondiales de 20 % au trimestre de septembre 2026. Cette tendance a provoqué une chute de 26 % des revenus mobiles de Qualcomm et une baisse de 12,65 % de son cours de bourse.
La flambée des coûts de la mémoire, réorientée vers les serveurs d'IA, renchérit la fabrication des appareils grand public, alors même que les acheteurs refusent d'accepter des prix plus élevés pour des fonctionnalités IA jugées encore peu convaincantes. Commentant le sentiment général de Wall Street, Ted Parkhill, cofondateur et PDG de la société Incline Investment Management, a déclaré : « le marché passe de la promesse de l’IA au prix de l’IA ».
« Il ne fait aucun doute que l’IA va transformer le monde à long terme. Cependant, cela ne signifie pas que toutes les valeurs liées à l’IA sont actuellement correctement valorisées. Il va y avoir beaucoup de turbulences ». Certains analystes de Wall Street craignent notamment que les inquiétudes des investisseurs n’entraînent les marchés dans une spirale de ventes, ce qui pourrait provoquer un effondrement brutal de cette énorme bulle de l'IA.
En Chine, les valeurs technologiques surévaluées se sont effondrées sur fond d'inquiétudes concernant la demande en IA et les restrictions pesant sur les exportations chinoises. Concrètement, l'indice STAR50 de la bourse de Shanghai, qui regroupe les leaders de l’IA et des semiconducteurs, a chuté de près de 40 % en moins de quatre mois. Cet effondrement a entraîné l'effacement de quelque 480 milliards de dollars de capitalisation boursière.
Un impératif de 6 000 milliards de dollars pour soutenir la bulle
Dans son septième rapport annuel « Global Technology Report », le cabinet Bain & Company s'est particulièrement intéressé à l'industrie de l'IA générative et à la frénésie des investissements dans les centres de données. Le rapport suggère que l'industrie a besoin d'innovations de rupture capables de générer suffisamment de revenus, environ 6 000 milliards de dollars par an, pour que les paris actuels des investisseurs deviennent rentables.
Toutefois, c'est loin d'être gagné. Pour atteindre cet objectif, le cabinet estime que le secteur devra s'étendre bien au-delà des logiciels d'entreprise traditionnels. « Le débat actuel se concentre exclusivement sur la productivité des employés. L’économie des infrastructures d’IA exige des milliers de milliards de dollars de nouveaux revenus, au-delà des gains de productivité », a déclaré David Crawford, président du pôle Global Technology de Bain.
Le rapport indique que les services d’IA existants destinés aux particuliers et aux entreprises pourraient contribuer à hauteur de 1 800 milliards de dollars à ce chiffre d’affaires, laissant un écart d’environ 4 200 milliards qui devra être comblé par de nouveaux services et applications d’IA. Ces revenus supplémentaires pourraient provenir de domaines comme les machines autonomes, la robotique, la découverte de médicaments, l'IA physique, etc.
« Ce dont le secteur a besoin, c’est d’une vague d’innovation qui éclipsera largement ce qu’ont permis la téléphonie mobile et le cloud », ajoute David Crawford. Il rappelle que le développement des infrastructures d’IA devance actuellement largement la courbe de la demande, ajoutant que le maintien de ces investissements nécessiterait que l’IA contribue à hauteur d’environ 1 point de pourcentage à la croissance annuelle du PIB mondial.
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