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Le vice-recteur de l'université de Dartmouth nous avait mis en garde contre la tricherie assistée par IA et c'est justement son utilisation furtive de cette technologie qui a fini par lui coûter son poste

Le , par Patrick Ruiz

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Santiago Schnell (mathématicien, biologiste mathématique et ancien vice-recteur académique du Dartmouth College) a été poussé à la démission au terme du mois d’octobre 2026. Motif: un comité d’enquête interne est arrivé à la conclusion qu’il a eu recours à l'intelligence artificielle générative de manière importante dans ses écrits scientifiques et d'opinion, et ce, sans respecter les obligations de transparence et de déclaration exigées par les éditeurs. Ce cas soulève une foule d’aspects contradictoires parmi lesquels on retrouve la fiabilité des détecteurs d’IA et la difficulté de l’établisement de la frontière entre assistance et plagiat.

C’est l’ironie de la situation qui a particulièrement marqué l’opinion. En effet, en août 2026, Santiago Schnell a publié une tribune dans le Washington Post intitulée «Universities are fighting AI cheating. But there's a deeper problem» (Les universités luttent contre la triche assistée par IA, mais le problème est plus profond). Au travers de cette dernière, il mettait en garde contre les dérives de l'intelligence artificielle dans l'enseignement, tout en minimisant ou en taisant sa propre utilisation de ces outils.

Les détails informatiques de l’affaire révèlent une utilisation totale de l’intelligence artificielle pour la rédaction d’articles publiés sur les colonnes de grands quotidiens comme le Washington Post

Tout débute en août 2026 lorsque le média Semafor, au travers d’une enquête menée avec l’outil de détection de contenus générés par IA (Pangram), a analysé des tribunes publiées dans de grands quotidiens. Celle de Schnell dans le Washington Post a été classée à 100 % comme rédigée par une intelligence artificielle. S’en est ensuite suivie l’enquête du journal étudiant de Darmouth. Ce dernier a poursuivi les vérifications en soumettant neuf textes rédigés par Schnell en 2026 au détecteur Pangram. Résultat: score médian de 96 % de contenu généré par intelligence artificielle.

Le comité d’enquête indépendant nommé par la présidente de Dartmouth, Sian Leah Beilock, ne s’est pas limité aux résultats des détecteurs probabilistes de contenus générés par intelligence artificielle. Il a en sus procédé à un examen des journaux d'activité du compte d’entreprise Anthropic Claude mis à disposition de Schnell par l'université. Il en est ressorti que Schnell a soumis des manuscrits (dont un article dans la revue ChemSystemsChem et un autre intitulé Academic Freedom and Catholic Mission) en demandant explicitement à Claude : « Y a-t-il beaucoup de signatures d'écriture par IA dans cet article ? » Santiago Schnell a aussi intégré les suggestions de réécriture des outils d’IA pour lisser le texte, corriger des erreurs de code informatique et générer des illustrations.

Santiago Schnell et ses avocats ont rebondi sur le fait que les logiciels de détection (comme Pangram) ne constituent pas une preuve absolue d’infraction

La distinction entre le contenu créé par l’homme et celui généré par l’IA devient floue. Les détecteurs d’IA, conçus pour identifier les textes générés par l’IA, sont devenus des outils controversés. Des rédacteurs se retrouvent licenciés suite à des accusations erronées d’utilisation d’IA, soulevant des questions sur la fiabilité de ces technologies et leurs implications pour l’emploi.

L’IA « vole » déjà le travail des rédacteurs, et maintenant, ils perdent également leurs emplois à cause de fausses accusations d’utilisation d’IA. Les détecteurs d’IA, bien qu’ils prétendent avoir des taux de précision élevés, sont souvent moins fiables que ce que promettent leurs créateurs. Les experts, les études et les initiés de l’industrie soutiennent que ces outils sont loin d’être aussi fiables qu’annoncé.

Kimberly Gasuras n'utilise pas l'intelligence artificielle. « Je n'en ai pas besoin », a-t-elle déclaré. « J'ai été journaliste pendant 24 ans. Comment pensez-vous que j'ai fait tout ce travail ? » Cette logique n'a pas suffi à sauver son emploi.

En tant que journaliste locale à Bucyrus, dans l'Ohio, Gasuras a recours à des activités annexes pour payer ses factures. Pendant un certain temps, elle a gagné beaucoup d'argent sur une plateforme de rédaction en freelance appelée WritersAccess, où elle rédigeait des blogs et d'autres contenus pour des petites et moyennes entreprises. Mais au milieu de l'année 2023, ses revenus ont chuté car certains clients ont opté pour ChatGPT pour leurs besoins en rédaction. C'était déjà une période difficile. C'est alors que le courriel est arrivé.

« Je n'ai reçu qu'un seul avertissement », explique Gasuras. « J'ai reçu ce message disant qu'ils avaient signalé mon travail comme étant effectué à l'aide d'un outil IA appelé "Originality" ». Elle est restée abasourdie. Gasuras a écrit pour défendre son innocence, mais elle n'a jamais reçu de réponse. Originality coûte de l'argent, mais Gasuras a commencé à soumettre son travail à d'autres détecteurs d'IA avant de l'envoyer pour s'assurer qu'elle ne se faisait pas épingler par erreur. Quelques mois plus tard, WritersAccess l'a quand même exclue de la plateforme. « Ils m'ont dit que mon compte avait été suspendu en raison d'une utilisation excessive de l'IA. Je n'arrivais pas à y croire », a déclaré Gasuras.

Les entreprises qui fabriquent des détecteurs d'IA affirment qu'ils sont un outil nécessaire mais imparfait dans un monde inondé de textes générés par des robots. Il existe une demande importante pour ces services, qu'ils soient efficaces ou non.

Alex Cui, directeur technique de la société GPTZero, spécialisée dans la détection de l'IA, estime que les détecteurs présentent des lacunes importantes, mais que les avantages l'emportent sur les inconvénients. « Nous voyons un avenir où, si rien ne change, l'internet sera de plus en plus dicté par l'IA, qu'il s'agisse d'actualités, d'articles évalués par des pairs ou de marketing. Vous ne savez même pas si la personne à qui vous parlez sur les médias sociaux est réelle », a déclaré Cui. « Nous avons besoin d'une solution pour confirmer les connaissances en masse et déterminer si le contenu est de haute qualité, authentique et d'origine légitime ».


Schnell soutient en sus que l'utilisation de l’intelligence artificielle pour la génération de textes n'est qu'un moyen de polissage linguistique (à l'instar d’un correcteur orthographique ou d'un éditeur de style) et estime que la structure intellectuelle et la recherche viennent de lui. Le comité universitaire juge, à l’inverse, que les modifications sont assez profondes pour altérer la paternité réelle du texte.

Et vous ?

Que vous inspire le cas Santiago Schnell? Comment appréciez-vous ses arguments? Les éléments en charge sont-ils suffisants pour mener à une démission? Est-il possible que ce cas soit la résultante d’un faux positif?
Quelle est votre expérience personnelle avec les détecteurs d’IA ? Avez-vous déjà été confronté à un faux positif ?
Comment les personnes et les organisations devraient-elles équilibrer l’utilisation des détecteurs d’IA avec le risque d’erreurs et de licenciements injustifiés ?
Quel rôle les rédacteurs et les créateurs de contenu devraient-ils jouer dans le développement et l’évaluation des détecteurs d’IA ?
Quelles sont les conséquences éthiques de l’utilisation des détecteurs d’IA dans les milieux académiques et professionnels ?
Comment pouvons-nous améliorer la transparence et la responsabilité des entreprises qui développent et déploient des détecteurs d’IA ?
Quelles garanties juridiques devraient être mises en place pour protéger les droits des travailleurs face aux technologies de détection d’IA ?
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