Les Américains considèrent l'IA comme un facteur d'inégalité des richesses, selon un sondage
Qui fait suite à des études selon lesquelles l’IA va accentuer les inégalités à l’échelle mondialeLa révolution industrielle a généralisé la mécanisation du travail et l’on a assisté à un profond changement dans les sociétés de la période partant du 18e au 20e siècle. De nombreux ouvriers ont été mis en touche par des machines tandis que la production et les économies ont connu un essor considérable. L’intelligence artificielle (IA) considérée par certains comme l’avancée technologique la plus importante depuis des décennies est susceptible d’avoir les mêmes effets sur les sociétés en opérant une transformation radicale. Dans une vingtaine d’années, l’IA pourrait être utilisée dans de nombreuses activités, ce qui aurait pour effet d’accroître la productivité et par conséquent les richesses. Mais à qui profiteront ces richesses ? Comme ce fut le cas dans les années 60 avec l’industrialisation, l’IA ne contribuera-t-elle pas à renforcer les inégalités sociales ? Ou assistera-t-on à une meilleure répartition des richesses générées par l’IA ? Un récent sondage met en avant que les Américains considèrent cette technologie comme un facteur d’inégalité des richesses.Lorsqu'on leur a demandé de choisir entre une aide aux travailleurs américains qui perdent leur emploi à cause de l'IA et des mesures incitatives pour que les entreprises technologiques américaines continuent d'innover afin que les États-Unis devancent le reste du monde dans le développement de l'IA, même si cela permet à ces entreprises de réaliser des profits tout en supprimant des emplois aux États-Unis, le public s'est massivement prononcé en faveur des travailleurs. Près de 60 % de l'ensemble des personnes interrogées — dont 67 % de celles qui ont voté pour Kamala Harris en 2024 et 50 % des électeurs de Trump — ont choisi de soutenir les travailleurs mis au chômage par l'intelligence artificielle.
Une majorité de personnes, soit 55 % de l'ensemble des personnes interrogées, s'est déclarée favorable à l'affirmation selon laquelle les entreprises technologiques ne devraient pas pouvoir réaliser des profits illimités grâce à l'IA et devraient être tenues financièrement responsables des emplois américains supprimés par l'IA. Ce chiffre représente près du double du soutien exprimé en faveur de l'affirmation selon laquelle les entreprises technologiques devraient pouvoir tirer autant de profits que le permet le marché libre grâce à de nouveaux produits, y compris l'utilisation de l'IA.
Ces propos trouvent un écho particulier à un moment où la population est confrontée à une insécurité économique croissante. Près des deux tiers des personnes interrogées ont déclaré que leur quotidien était devenu moins abordable au cours de l’année écoulée et seule une sur quatre se dit confiante quant à son avenir financier. Elles désignent en sus les grandes entreprises comme responsables. 64 % des personnes interrogées estiment que le système américain est truqué au profit de l’élite, et plus de la moitié d’entre elles souscrivent à l’affirmation selon laquelle les grandes entreprises augmentent leurs prix de manière abusive.
La position populiste adoptée par la majorité des personnes interrogées intervient alors que l'intelligence artificielle prend de l'importance parmi les questions jugées prioritaires par les électeurs. Bien qu'elle occupe actuellement la 29e place sur un total de 39 thèmes, c'est le sujet qui a gagné le plus en importance au cours de l'année écoulée. Elle a également dépassé, en termes d'importance pour la plupart des électeurs, des sujets habituellement très controversés tels que les armes à feu, le changement climatique, la garde d'enfants, le prix de l'essence et l'avortement.
Cette inquiétude croissante semble liée au fait que très peu de gens pensent que le gouvernement dispose actuellement d'un plan pour remédier au problème. Près de quatre personnes interrogées sur cinq se disent préoccupées par le fait que le gouvernement n'ait pas de plan pour protéger les travailleurs contre les pertes d'emploi liées à l'IA et par le fait que les jeunes entrent sur le marché du travail et trouvent moins d'opportunités d'emploi à cause de l'IA. Plus de trois personnes sur quatre se disent préoccupées par le fait que des secteurs entiers soient éliminés par l'IA avant que des alternatives ne soient disponibles.
L'enquête suggère que les responsables politiques qui mettent en avant l'innovation ou le statu quo en matière d'IA ne trouveront pas d'écho auprès de la plupart des gens. Le message selon lequel « l'IA générera une productivité économique qui profitera à tous » affiche un indice de confiance net de -20 auprès des personnes interrogées. Les affirmations selon lesquelles « l'IA n'entraînera pas de pertes d'emplois massives » ont obtenu des résultats encore plus médiocres, avec un indice de confiance net de -41.
En gros, il est clair que le discours des géants de la filière technologique sur l'innovation en matière d’intelligence artificielle est perçu comme une menace par le grand public.
De précédentes études étaient déjà arrivées à une conclusion similaire pour ce qui est de l’échelle mondiale
Yingying Lu, chercheur associé au Centre for Applied Macroeconomic Analysis, à la Crawford School of Public Policy, et un modélisateur économique au CSIRO a co-écrit un article sur l’intelligence artificielle (IA) et ses impacts potentiels sur la société et l’économie. Son analyse se base sur une revue de la littérature économique sur le sujet, ainsi que sur des exemples récents d’innovations et de controverses liées à l’IA. Il présente les opportunités et les risques que représente l’IA pour la productivité, la croissance, l’emploi, les inégalités, l’éthique et le rôle des humains.
Il commence par rappeler le contexte historique et actuel de l’évolution technologique et souligne que depuis un demi-siècle environ, les travailleurs du monde entier ont vu leur part du revenu total de leur pays diminuer, tandis que la croissance de la productivité a ralenti. Cette période a également connu d’énormes progrès dans la création et la mise en œuvre des technologies de l’information et de l’automatisation.
Yingying Lu explique que la technologie est censée augmenter la productivité, mais que l’échec apparent de la révolution informatique à produire ces gains est une énigme que les économistes appellent le paradoxe de Solow. Il se demande si l’IA va sortir la productivité mondiale de sa longue stagnation, et si oui, qui va en profiter.
Le chercheur associé au Centre for Applied Macroeconomic Analysis, à la Crawford School of Public Policy cite ensuite le cas de ChatGPT, le chatbot d’IA développé par OpenAI et lancé en novembre 2022, qui a rendu la dernière génération de technologies IA largement accessible. Il décrit les réactions contrastées qu’a suscitées cette innovation, entre enthousiasme et inquiétude.
Yingying Lu, qui est par ailleurs modélisateur économique au CSIRO (Commonwealth Scientific and Industrial Research Organisation) rappelle que ChatGPT a suscité des réactions contrastées depuis son lancement en novembre 2022, entre enthousiasme et inquiétude. Il cite les exemples de pays qui ont banni l’IA pour des raisons de protection de la vie privée, des personnalités du monde technologique qui ont appelé à une pause dans le développement des systèmes IA, et des chercheurs renommés qui ont dit qu’il fallait se préparer à lancer des frappes aériennes sur les centres de données associés à une IA malveillante.
Yingying Lu souligne que le déploiement rapide de l’IA et ses impacts potentiels sur la société et l’économie sont désormais clairement sous les projecteurs. Il soulève un lot de questionnements : que signifiera l’IA pour la productivité et la croissance économique ? Va-t-elle inaugurer une ère de luxe automatisé pour tous, ou simplement intensifier les inégalités existantes ? Et que signifie-t-elle pour le rôle des humains ?
Il affirme que les économistes étudient ces questions depuis de nombreuses années. Il dit avoir passé en revue leurs résultats avec son collègue Yixiao Zhou en 2021, et avoir constaté qu’on était encore loin de réponses définitives. Les principaux arguments et hypothèses des économistes sur les effets de l’IA, exposés par Yingying Lu, sont les suivants :
• l’IA peut augmenter la productivité et la croissance économique, mais aussi accroître les inégalités et supprimer des millions d’emplois ;
• l’IA peut sortir la productivité mondiale de sa longue stagnation, mais il existe une énigme économique appelée le paradoxe de Solow, qui désigne l’échec apparent de la révolution informatique à produire des gains de productivité ;
• l’IA soulève des questions éthiques et sociales difficiles sur le rôle des humains, la responsabilité des machines, la protection des données personnelles, la régulation des algorithmes.
Pour Yingying Lu, la plus grande source de prudence est l’incertitude énorme qui entoure l’évolution future de la technologie IA. Il dit qu’il existe différents scénarios possibles, allant d’une stagnation continue à une explosion exponentielle.
« Les effets de l’IA se feront sentir de manière inégale selon les secteurs, les tâches et les compétences. Certains emplois seront automatisés, d’autres seront rendus plus productifs ou plus créatifs, et de nouveaux emplois seront créés. Les travailleurs moins qualifiés et moins éduqués seront les plus vulnérables face à l’IA », déclare Lu.
Le chercheur conclut en disant que le déploiement rapide de l’IA et ses impacts potentiels sur la société et l’économie sont désormais clairement sous les projecteurs, et qu’il faut être prudent face à l’incertitude sur l’évolution future de la technologie.
Source : Blue Rose Research
Et vous ?

Selon vous, l’IA va-t-elle créer des richesses comme ce fut le cas avec l’industrialisation dans les années 50, 60 et 70 ? Ou pensez-vous que son impact sur les économies actuelles sera minime ?

Pourra-t-on résoudre le problème des inégalités dans la société à l’ère de la domination de l’IA ?

Quelles solutions proposeriez-vous si l’on vous demandait votre avis sur la manière dont on devrait utiliser les ressources et richesses générées par l’IA dans 20 ou 30 ans ?
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