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Alphabet va emprunter sur 100 ans pour financer l'IA, une première pour une entreprise tech depuis Motorola 1997, quelques mois après que Sundar Pichai a appelé à la prudence face aux investissements IA

Le , par Stéphane le calme

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Alphabet va emprunter sur 100 ans pour financer l'IA, la première « obligation centenaire » tech depuis Motorola 1997,
quelques mois après que son PDG Sundar Pichai a appelé à la prudence face aux investissements massifs dans l'IA

En l'espace de 48 heures, la maison mère de Google a levé près de 32 milliards de dollars sur les marchés obligataires mondiaux, dont une émission centenaire en livres sterling — la première d'une entreprise technologique depuis Motorola en 1997. Un signal fort envoyé à toute une industrie : la course à l'IA ne se gagnera pas sans dette massive, et Alphabet entend y jouer pour le siècle à venir. Notons que son PDG, Sundar Pichai, avait déjà mis en garde contre « l'irrationalité » du boom des milliers de milliards de dollars investis dans l'IA, affirmant qu'aucune entreprise n'est à l'abri d'un effondrement.

Le 10 février 2026 restera dans les annales de la finance d'entreprise. Ce jour-là, Alphabet a vendu des obligations libellées en livres sterling et en francs suisses, toutes deux constituant les plus importantes émissions obligataires d'entreprises jamais réalisées dans leurs marchés respectifs respectifs. La pièce maîtresse de cette opération hors normes : une obligation à 100 ans en sterling, ciblant la levée d'un milliard de livres — la première émission de dette à maturité aussi extrême par une société technologique depuis Motorola, en 1997.

Ce type d'instrument, appelé « century bond » ou « obligation centenaire », est une curiosité dans l'univers des marchés financiers. Le marché des obligations à 100 ans est dominé par des gouvernements et des institutions comme des universités. Pour les entreprises, les acquisitions potentielles, les modèles d'affaires dépassés et l'obsolescence technologique rendent de tels montages extrêmement rares. En dehors du secteur public, nous pouvons citer des acteurs comme Électricité de France (en 2014, obligations d'une maturité de 100 ans sur le marché américain pour 700 millions de dollars) ou encore l'Université d'Oxford (en 2017, obligations d'une maturité de 100 ans pour lever au moins 250 millions de livres). Autant dire que Google s'inscrit dans une liste très exclusive.

L'attrait des obligations centenaires réside moins dans leur nouveauté que dans leur capacité à correspondre à des engagements de long terme. Les compagnies d'assurance-vie et les fonds de pension sont les acheteurs naturels de ces instruments, car ils recherchent des actifs dont la maturité s'aligne sur leurs obligations décennales. C'est d'ailleurs la raison stratégique pour laquelle Alphabet a choisi le marché britannique pour cet instrument particulier : le marché sterling dispose d'un large bassin d'investisseurs habitués aux maturités ultra-longues.


Une opération en trois temps et trois devises

L'ampleur de l'opération donne le vertige. Lundi 9 février, Alphabet a levé 20 milliards de dollars dans sa plus grande émission obligataire en dollars jamais réalisée — davantage que les 15 milliards initialement prévus, après avoir réuni l'un des plus importants carnets de commandes de tous les temps.

La tranche en dollars est décomposée en sept parties, la plus longue étant une obligation à 40 ans arrivant à maturité en 2066. Puis, dans un second temps, l'entreprise a lancé une émission en sterling en cinq tranches pour un total de 5,5 milliards de livres sterling (environ 7,53 milliards de dollars), dont la tranche centenaire d'un milliard de livres. Enfin, Alphabet a également levé 3,055 milliards de francs suisses à travers une émission en cinq tranches aux maturités comprises entre 3 et 25 ans.

La demande des investisseurs a été proprement stupéfiante. L'émission en dollars a reçu plus de 100 milliards de dollars d'ordres, soit un niveau de sursouscription d'environ 5 à 7 fois la mise. Quant au « century bond » en sterling, Alphabet a reçu presque dix fois le montant mis en offre pour cette tranche limitée. En d'autres termes, pour chaque livre sterling d'obligation disponible, les investisseurs voulaient en acheter dix.

Pourquoi maintenant ? Le contexte explosif des dépenses en IA

Pour comprendre cette frénésie d'endettement, il faut regarder les chiffres de l'investissement en infrastructure IA. Google a publié des prévisions de dépenses d'investissement pour 2026 dans une fourchette allant de 175 à 185 milliards de dollars — près du double de ses dépenses totales de 2025 et environ 50 % supérieur aux attentes du marché de 119,5 milliards de dollars. Pour mettre ces chiffres en perspective : Alphabet prévoit de dépenser davantage en 2026 qu'au cours des trois années précédentes cumulées.

Et Alphabet n'est pas seule dans cette frénésie. Les dépenses d'investissement combinées d'Alphabet, Microsoft, Amazon et Meta pour 2026 devraient atteindre 660 milliards de dollars, non seulement bien au-delà des 410 milliards de 2025 et des 245 milliards de 2024, mais dépassant même le PIB du Danemark.

La semaine précédant l'émission d'Alphabet, Oracle avait levé 25 milliards de dollars dans une émission obligataire ayant attiré un record de 129 milliards de dollars d'ordres. Les acteurs du secteur parlent désormais d'une véritable « course aux armements de l'IA » qui transforme profondément les marchés de capitaux. BofA Securities estime que les cinq principaux hyperscalers — Amazon, Google, Meta, Microsoft et Oracle — ont émis 121 milliards de dollars d'obligations d'entreprises américaines l'année dernière. En 2026, ils devraient dépenser jusqu'à 650 milliards de dollars en investissements IA.

Du côté d'Alphabet, le PDG Sundar Pichai a été d'une franchise saisissante lors de la récente présentation des résultats trimestriels. Interrogé par CNBC sur ce qui l'empêchait de dormir, il a répondu « la capacité de calcul », ajoutant que « l'électricité, les terrains, les contraintes de la chaîne d'approvisionnement et la manière de monter en puissance pour satisfaire cette demande extraordinaire » constituent ses principales préoccupations.


Les ombres au tableau : ROI incertain et risques systémiques

L'enthousiasme des marchés ne doit pas occulter les interrogations légitimes que soulève cette opération. La dette à long terme d'Alphabet a quadruplé en 2025 pour atteindre 46,5 milliards de dollars — une progression vertigineuse pour une entreprise habituée à être considérée comme une forteresse financière. Et les analystes de Pivotal Research estiment que la montée en puissance des dépenses d'investissement va provoquer une chute du free cash flow de près de 90 %, passant de 73,3 milliards de dollars en 2025 à 8,2 milliards estimés en 2026. L'émission obligataire vise précisément à combler ce gouffre temporaire.

Par ailleurs, certains stratégistes crédit, dont ceux de JPMorgan et de Morgan Stanley, s'attendent à ce que le volume massif d'émissions pousse les spreads obligataires à s'élargir — évoquant un parallèle avec la période 1997-1998 où les dynamiques d'offre avaient dégradé la performance du crédit sans pour autant marquer une fin de cycle.

La comparaison avec Motorola est instructive. Le dernier « century bond » émis par une entreprise technologique était celui de Motorola en 1997 — avant l'iPhone. L'entreprise existe toujours, mais plus sous la même forme qu'il y a presque 30 ans. Ces obligations Motorola s'échangent désormais sur le marché secondaire aux alentours de 80 centimes pour un dollar. Un rappel que même les géants peuvent être transformés, absorbés ou dépassés — et que les créanciers centenaires prennent un pari sur l'histoire elle-même.

Andrew Dassori, directeur des investissements chez Wavelength Capital Management, a résumé l'enjeu : « Nous ne sommes clairement pas dans un cycle d'investissement typique, et après avoir été historiquement des épargnants nets, les entreprises concernées puisent maintenant profondément dans le puits pour financer les ressources nécessaires à la compétition. C'est une transition majeure, et une transition critique quand on pense au risque et au rendement potentiels des obligations d'entreprises aux États-Unis. »


Un tournant historique pour les marchés de capitaux

Les dépenses en capital dans l'IA, l'infrastructure cloud et les centres de données devraient atteindre 3 000 milliards de dollars cumulés d'ici 2029, selon une estimation de Bloomberg Intelligence. Morgan Stanley va plus loin en estimant que les hyperscalers emprunteront 400 milliards de dollars cette année, contre 165 milliards en 2025, et que ces émissions liées à l'IA pourraient générer jusqu'à 2 300 milliards de dollars de papier au total cette année.

Nous assistons donc à un moment charnière dans l'histoire de la finance d'entreprise. Des sociétés technologiques qui, il y a dix ans à peine, n'avaient quasiment aucune dette et se vantaient de leurs bilans en forteresse, se comportent désormais comme des opérateurs d'infrastructure souveraine — empruntant à des échéances que seuls les États et les universités osaient envisager. Le « century bond » d'Alphabet n'est pas simplement un instrument financier : c'est une déclaration d'intention sur ce que Google pense être sa place dans le monde dans un siècle. La question qui demeure ouverte — pour les investisseurs, les régulateurs et la société — est de savoir si cette conviction est du génie industriel ou du vertige spéculatif habillé en infrastructure pérenne.


Sundar Pichai appelait à la prudence

Récemment, dans une interview accordée à la BBC, le PDG d'Alphabet Inc., Sundar Pichai, a appelé à la prudence face à l'engouement pour les investissements dans l'intelligence artificielle. Pichai a commencé sa carrière en tant qu'ingénieur en matériaux. Après un bref passage chez le cabinet de conseil en gestion McKinsey & Co., Pichai a rejoint Google en 2004, où il a dirigé la gestion des produits et les efforts d'innovation pour une suite de logiciels clients de Google, notamment Google Chrome et ChromeOS, tout en étant largement responsable de Google Drive. Il a également supervisé le développement d'autres applications telles que Gmail et Google Maps. Le 24 octobre 2015, il a pris ses nouvelles fonctions de PDG à la fin de la création d'Alphabet Inc.

Dans son interview, Sundar Pichai a averti que le boom actuel de l'IA, qui représente des milliers de milliards de dollars, présente des « éléments d'irrationalité », établissant un parallèle avec la bulle Internet de la fin des années 1990. Il a souligné qu'aucune entreprise, y compris Google, ne serait à l'abri si la bulle éclatait, mettant en évidence les risques dans un secteur où les valorisations ont grimpé en flèche grâce aux promesses d'une technologie transformatrice.

La hausse des financements dans le domaine de l'IA a été stupéfiante, les géants de la technologie investissant des milliards dans les infrastructures et les start-ups se précipitant pour tirer profit des outils d'IA générative. Selon des rapports récents, les hyperscalers tels que Microsoft, Meta, Amazon et Google devraient investir près de 320 milliards de dollars dans les infrastructures d'IA rien qu'en 2025, alimentés par les progrès réalisés dans des modèles tels que ceux d'OpenAI et de DeepSeek. Pourtant, les remarques de Pichai soulignent les inquiétudes croissantes quant au fait que l'engouement pourrait dépasser les retours pratiques, faisant écho aux avertissements des analystes du secteur concernant des dépenses non viables.

Sources : rapport financier annuel de Google (dépôt auprès de la SEC), vidéos dans le texte

Et vous ?

Le pari du siècle est-il raisonnable ? Motorola, la dernière entreprise tech à avoir émis un "century bond" en 1997, existe encore mais sous une forme totalement différente, et ses obligations se négocient à 80 cents pour un dollar. Pensez-vous qu'Alphabet sera encore une entité dominante en 2126, capable d'honorer ces obligations ?

L'IA justifie-t-elle vraiment des niveaux d'endettement aussi colossaux ? Les 660 milliards de dollars de capex combinés des quatre plus grands hyperscalers en 2026 dépassent le PIB de nombreux pays. Les retours sur investissement observés jusqu'ici justifient-ils une telle escalade, ou sommes-nous face à une bulle d'infrastructure ?

La mutation des hyperscalers en « infrastructure » vous semble-t-elle légitime ? Les investisseurs traitent désormais Google, Amazon ou Microsoft comme des actifs comparables aux réseaux électriques ou aux opérateurs télécoms historiques. Partagez-vous cette vision, ou pensez-vous que la tech reste par nature trop cyclique et disruptible pour ce type de financement ?

Que penser de la stratégie multi-devises d'Alphabet ? Lever simultanément en dollars, sterling et francs suisses est une sophistication financière rare. Est-ce une gestion optimale du coût du capital, ou un signal que la demande en dollars seule ne suffit plus à absorber des besoins de financement aussi gigantesques ?

Voir aussi :

La bulle de l'IA est sur le point d'éclater : la chute de 400 milliards de dollars de Microsoft un avant-goût du krach à venir ? Peu d'entreprises peuvent démontrer un ROI proportionnel aux dépenses engagées

« La bulle actuelle dans le secteur de l'IA est bien pire que la situation qui prévalait lors de la bulle Internet », selon un critique qui estime que les investisseurs ont parié sur des « projets bidons »

Après avoir alerté sur la bulle IA, Sam Altman se dépêche de trouver de nouveaux investisseurs "optimistes" pour atteindre une valorisation de 750 milliards de $ pour OpenAI avant le krach

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Avatar de Anselme45
Membre extrêmement actif https://www.developpez.com
Le 11/02/2026 à 11:55
Rien de nouveau avec les Gafam américaines...

Il n'y a pas si longtemps, Apple, société massivement bénéficiaire, a emprunté pour payer le dividende de ses actionnaires!!!

PS: Ils devraient peut être emprunter sur 10 000 ans ou 1 million d'années, il y aura bien des idiots pour y investir leur pognon...
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