La faille dormait dans le code depuis 27 ans. Un modèle d'intelligence artificielle l'a trouvée en deux jours. Avec Claude Mythos Preview, Anthropic vient de franchir un seuil que la communauté de la cybersécurité redoutait depuis des années : des systèmes automatisés capables de détecter et d'exploiter des vulnérabilités à une vitesse et une échelle inédites. Bienvenue dans l'ère du « bugmageddon ».Le code avait survécu à des décennies d'audits humains. Écrit en 1998 pour OpenBSD, un système d'exploitation réputé précisément pour sa rigueur sécuritaire, il contenait une faille capable de provoquer un crash à distance sur des serveurs, des pare-feux et des équipements réseau. Niels Provos, chercheur en sécurité et ancien responsable de la sécurité chez Stripe, s'en souvient : quand il a appris la découverte, il a immédiatement vérifié si c'était lui qui avait commis l'erreur pendant son doctorat à l'Université du Michigan. C'était bien le cas. « Franchement, j'ai trouvé ça hilarant, a-t-il déclaré. Ce code est tellement vieux. Qui sait quand un humain l'a regardé pour la dernière fois. »
Ce bug de 27 ans dans OpenBSD est l'une des découvertes emblématiques de Mythos Preview, le dernier modèle frontier d'Anthropic. En tests, le modèle a prouvé sa capacité à identifier et exploiter des vulnérabilités zero-day dans chaque grand système d'exploitation et chaque navigateur web majeur. Parmi ses autres exploits documentés : une faille vieille de 16 ans dans FFmpeg, une vulnérabilité corrompant la mémoire dans un moniteur de machine virtuelle à mémoire sécurisée, et un exploit de navigateur enchaînant quatre vulnérabilités pour s'échapper simultanément du bac à sable du moteur de rendu et de celui du système d'exploitation.
Mythos Preview a découvert des milliers de vulnérabilités à haute criticité. Le budget engagé pour trouver la faille OpenBSD, avec plusieurs dizaines d'autres problèmes en parallèle, représentait environ 20 000 dollars de puissance de calcul sur deux jours.
Project Glasswing : la défense d'abord, mais pour combien de temps ?
Face à ces capacités jugées trop dangereuses pour une diffusion publique, Anthropic a opté pour une stratégie de déploiement restreint. Le modèle est accessible dans le cadre d'une initiative baptisée Project Glasswing, impliquant 12 organisations partenaires pour des travaux de sécurité défensive sur des logiciels critiques, avec 40 organisations ayant accès à la préversion au total. Parmi elles figurent Microsoft, Apple, Google, CrowdStrike et JPMorgan Chase. Anthropic engage jusqu'à 100 millions de dollars en crédits d'utilisation pour ces acteurs, ainsi que 4 millions de dollars en dons directs à des organisations de sécurité open source comme OpenSSF et la Fondation Apache.
La société précise qu'elle n'a pas explicitement entraîné Mythos Preview pour ces capacités offensives : elles sont apparues comme une conséquence indirecte des améliorations générales en matière de code, de raisonnement et d'autonomie. Les mêmes progrès qui rendent le modèle plus efficace pour corriger des vulnérabilités le rendent également plus efficace pour les exploiter.
Logan Graham, qui dirige l'équipe rouge offensive d'Anthropic, résume le problème avec une clarté désarmante : même si Mythos ne devait jamais être rendu public, il s'attend à ce que les concurrents d'Anthropic, y compris ceux basés en Chine, publient des modèles aux capacités de piratage comparables dans les mois ou années à venir.
OpenAI finalise pour sa part un modèle similaire à Mythos qu'il compte diffuser uniquement à un groupe restreint d'entreprises dans le cadre de son programme « Trusted Access for Cyber ». Google travaille également sur une initiative d'accès anticipé pour les développeurs, selon des déclarations officielles de la compagnie.
Voici un extrait de l'annonce d'Anthropic :
« Nous annonçons aujourd’hui le lancement du projet Glasswing, une nouvelle initiative qui rassemble Amazon Web Services, Anthropic, Apple, Broadcom, Cisco, CrowdStrike, Google, JPMorgan Chase, la Linux Foundation, Microsoft, NVIDIA et Palo Alto Networks dans le but de sécuriser les logiciels les plus critiques au monde.
« Nous avons créé le projet Glasswing en raison des capacités que nous avons observées dans un nouveau modèle de pointe formé par Anthropic et qui, selon nous, pourrait révolutionner la cybersécurité. Claude Mythos Preview est un modèle de pointe polyvalent, non encore commercialisé, qui révèle une réalité frappante : les modèles d’IA ont atteint un niveau de capacité de codage tel qu’ils peuvent surpasser tous les humains, sauf les plus compétents, dans la détection et l’exploitation des vulnérabilités logicielles.
« Mythos Preview a déjà détecté des milliers de vulnérabilités de gravité élevée, dont certaines dans tous les principaux systèmes d'exploitation et navigateurs web. Compte tenu du rythme des progrès de l'IA, ces capacités ne tarderont pas à se généraliser, potentiellement au-delà des acteurs qui s'engagent à les déployer en toute sécurité. Les répercussions — sur les économies, la...
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Pierre Louis Chevalier,