Malus est un projet satirique, mais opérationnel qui utilise l'IA pour réécrire des logiciels libres sans respecter leurs licences de copyright. En automatisant la méthode de « clean-room design », cet outil permet de créer des clones de code légalement distincts, privant ainsi les développeurs originaux de toute reconnaissance ou contribution. Bien que provocateur, ce service souligne une menace réelle pour l'écosystème de l'open source, où l'IA facilite désormais l'exploitation commerciale au détriment de l'éthique collaborative. La commercialisation d'un tel service soulève aussi de vives critiques dans la communauté, les auteurs étant accusés de manquer d'éthique.L'open source fait face à un autre problème. Malus est un outil présenté comme une satire, mais il n'en demeure pas moins entièrement fonctionnel et géré par une véritable société à responsabilité limitée qui génère des revenus. Créé par un chercheur et développeur de logiciels, cet outil propose d'ingérer n'importe quel logiciel open source pour en générer une version entièrement nouvelle, « libérée » de ses licences de droits d'auteur d'origine.
Les auteurs sont Dylan Ayrey, fondateur de la société open source Truffle Security, et Mike Nolan, architecte logiciel au Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). L'objectif provocateur est de permettre aux entreprises d'utiliser du code sans avoir à créditer les développeurs initiaux ni à respecter les clauses de « copyleft », qui obligent normalement les acteurs de l'open source à partager les améliorations apportées au logiciel.
L'automatisation du processus de « clean-room design » par l'IA
Le projet s'appuie sur un principe juridique ancien, posé dès l'arrêt Baker v. Selden de la Cour suprême des États-Unis : « le droit d'auteur protège l'expression d'une idée, non l'idée elle-même ». C'est ce qui a permis l'émergence du « clean-room design » (ou la technique de la muraille de Chine). Elle a notamment permis à des acteurs comme Phoenix Technologies de recréer légalement le BIOS des ordinateurs dans les années 1980.
Alors que cette méthode nécessitait autrefois des équipes humaines, une documentation rigoureuse et des mois de travail sous surveillance juridique, l'IA permet désormais de réaliser ce même processus en quelques minutes seulement via de simples commandes textuelles. Dans la démonstration, le résultat est présenté comme « du code légalement distinct, avec une licence adaptée aux entreprises, sans attribution, sans copyleft, sans problème ».
L'utilisation de l'IA pour médiatiser ce processus de reproduction soulève des questions complexes sur la définition même de la création indépendante et de l'usage équitable. La crainte majeure de la communauté open source réside dans le fait que des bases de code entières, souvent utilisées pour entraîner ces mêmes modèles de langage, puissent être réemballées dans des produits commerciaux sans que les créateurs originaux soient crédités.
Cette appropriation par les entreprises pourrait transformer des projets communautaires en outils propriétaires de manière systématique. L'open source souffrait déjà d'un problème du « travail gratuit ». L'IA pourrait accentuer ce problème en permettant aux entreprises de parasiter davantage l'open source.
Un défi éthique et structurel pour l'écosystème de l'open source
Pour une somme modique, Malus peut analyser n’importe quel logiciel que vous lui fournissez et en produire une nouvelle version qui le « libère » de toute licence de droits d’auteur existante. Il en résulte un nouveau logiciel qui remplit la même fonction, mais qui n’est plus tenu de respecter, par exemple, le type de licences de droits d’auteur garantissant que les logiciels libres restent libres d’utilisation et de modification. Les auteurs applaudissent.
Le site Web est une satire élaborée conçue pour attirer l’attention sur un problème bien réel dans le domaine de l’open source, mais il fait aussi exactement ce qu’il dénonce et est une véritable société à responsabilité limitée qui gagne de l’argent en utilisant l’IA pour produire des clones de logiciels existants.
L'émergence de tels outils, facilitée par la baisse des coûts liée à l'IA, représente une menace sérieuse pour l'écosystème du logiciel libre. Si la légalité de cette pratique semble techniquement correcte selon certains juristes, son éthique est vivement contestée, car elle rompt la relation de confiance et de collaboration qui fonde l'open source. Certains détracteurs soulignent que cette approche traite le code comme une simple marchandise jetable.
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