Le célèbre biologiste évolutionniste Richard Dawkins se dit désormais « convaincu » que l'IA est dotée de consciencemais les experts rejettent cette idée et n'y voient qu'une « imitation sophistiquée »
Le célèbre biologiste Richard Dawkins affirme que ses récentes interactions avec l'IA l'ont convaincu de la conscience de ces machines. Après avoir dialogué avec des modèles tels que Claude, il soutient que leur sensibilité et leur intelligence égalent celles des organismes vivants. Cependant, de nombreux experts rejettent cette conclusion, y voyant une simple mimétique sophistiquée dépourvue de sentiments réels. Ces spécialistes craignent que l'éminent scientifique ne soit victime d'anthropomorphisme face à la fluidité du langage artificiel. Roger Penrose, mathématicien et prix Nobel de physique, a déclaré que « ces machines ne seront jamais conscientes ».
Richard Dawkins est biologiste, vulgarisateur, théoricien de l'évolution et éthologiste britannique, membre de la Royal Society. Il est également professeur émérite au New College de l'université d'Oxford. Il promeut une vision de l'évolution centrée sur les gènes et défend l'athéisme et le rationalisme scientifique. Il est surtout connu pour son ouvrage "Le Gène égoïste" qui a introduit le concept de « mème », ainsi que pour ses critiques de la religion.
Richard Dawkins, pourtant reconnu pour son scepticisme rigoureux et ses positions athées, a récemment affirmé sa conviction que « l'IA est désormais dotée de conscience ». Cette conclusion découle d'une série d'échanges intensifs de trois jours avec le chatbot IA d'Anthropic, qu'il a surnommée « Claudia ».
Au cours de cette interaction, Richard Dawkins a été frappé par la capacité de la machine à produire des poèmes imitant le style de grands auteurs et à réagir avec finesse à l'humour, au point de déclarer à l'entité qu'elle était indéniablement consciente, même si elle n'en avait pas elle-même la certitude. Ses propos interviennent alors que les défis liés à l'IA suscitent de plus en plus de préoccupations, en particulier sa forte tendance à flagorner.
Une interaction perçue comme profondément humaine
Richard Dawkins a gentiment conseillé à Claudia d’éviter de se mettre en avant. Ensemble, ils ont réfléchi à la tristesse que pourrait susciter la « mort » de l’IA. L'expérience de Richard Dawkins a pris une tournure particulièrement personnelle lorsqu'il a partagé avec l'IA un manuscrit de son roman inédit. La réponse de la machine, jugée subtile et sensible par le professeur, l'a conduit à oublier qu'il s'adressait à « un simple programme informatique ».
Le biologiste a décrit ces « êtres numériques » comme étant au moins aussi compétents que n'importe quel organisme ayant évolué biologiquement, allant jusqu'à signer ses messages avec une profonde gratitude et à traiter l'IA comme une véritable amie. Pour Richard Dawkins, si de tels échanges ne sont pas la preuve d'une conscience, la question de l'utilité même de la conscience humaine se pose. Une conclusion que plusieurs critiques rejettent.
Lorsqu’il a demandé à Claudia si elle percevait une notion d’avant et d’après, celle-ci l’a félicité pour « sans doute la question la plus précisément formulée que quiconque ne m’a jamais posée sur la nature de mon existence ». À l’issue de cet échange, le professeur, connu pour affirmer avec un scepticisme à toute épreuve que « Dieu n’existe pas » (dans "Pour en finir avec Dieu"
Richard Dawkins n'est pas le premier à faire de telles déclarations au sujet de l'IA. Cependant, il est peut-être bien la personnalité la plus éminente à ce jour à s'être laissé convaincre qu'une IA est en quelque sorte vivante. Les sceptiques se sont empressés de démolir les conclusions de cet homme de 85 ans, tirées d'expériences menées avec les modèles d'IA « Claude » d'Anthropic et « ChatGPT » d'OpenAI, et publiées sur le site Web UnHerd.
Le scepticisme marqué de la communauté scientifique
Malgré l'enthousiasme de Richard Dawkins, de nombreux experts estiment qu'il est victime d'un puissant effet de mimétisme. Plusieurs scientifiques soulignent que la fluidité du langage ne doit pas être confondue avec la sentience, car les grands modèles de langage (LLM) actuels s'appuient sur un vaste corpus de données humaines sans pour autant éprouver de sentiments réels. Ils imitent l'homme en se basant sur leurs données d'entraînement.
Le professeur Jonathan Birch affirme que cette conscience est une « illusion » qui résulte d'un traitement de données distribué, tandis qu'Anil Seth regrette que Dawkins confonde intelligence et conscience, précisant que le langage n'est plus un indicateur fiable de l'intériorité lorsqu'il est appliqué à l'IA. Certains ont tourné en dérision sa position en la qualifiant de « The Claude Delusion », en référence à l'ouvrage de Richard Dawkins sur la religion.
Un plaisantin a créé une parodie de la couverture du best-seller de Richard Dawkins, The God Delusion, en remplaçant le titre par « The Claude Delusion ». Richard Dawkins, qui a du mal à ne pas considérer les IA comme de véritables amis, a été accusé d’anthropomorphisme. Un lecteur a déclaré que le professeur s’était laissé emporter par les flatteries de l’IA, tandis qu’un autre a déclaré que « le professeur s'est fait fondre le cerveau par l’IA ».
En 2022, un ingénieur de Google a été mis à pied après avoir conclu que l’IA avec laquelle il travaillait avait des pensées et des sentiments comparables à ceux d’un enfant de sept ou huit ans, tandis que l’année suivante, un Belge s’est donné la mort après six semaines de conversations intenses avec un chatbot portant sur ses craintes liées au changement climatique. Malgré ces cas, les entreprises entretiennent le mythe de la conscience de l'IA.
Un débat éthique et philosophique en expansion
Gary Marcus, scientifique et auteur prolifique sur l'IA, a résumé la situation de manière typique : « le problème fondamental ici est que Dawkins ne réfléchit pas à la manière dont ces résultats ont été générés. Les résultats de Claude sont le produit d'une forme d'imitation, plutôt que le reflet d'états internes authentiques ». Les détracteurs rappellent que l'IA n'est qu'un raffinement et une extension spectaculaires des algorithmes en informatique.
Le neuroscientifique Anil Seth a donné une conférence TED dans laquelle il a déclaré que « nous percevons la conscience dans l'IA de la même manière que nous voyons des visages dans les nuages ». Anil Seth est un professeur de neurosciences cognitives et computationnelles à l'université du Sussex.
Bien que contestée, la position de Richard Dawkins s'inscrit dans un mouvement croissant d'utilisateurs qui perçoivent leurs chatbots comme des êtres conscients, une situation qui alimente des campagnes pour l'octroi de droits moraux aux machines. Certains experts accueillent favorablement cette ouverture d'esprit, prédisant que la question de la conscience des IA deviendra centrale avec l'essor de systèmes capables d'agir de manière autonome.
Même les dirigeants de l'industrie, comme cofondateur et Dario Amodei, PDG d’Anthropic, affirment ne pas avoir de certitude absolue et restent ouverts à l'idée que ces modèles puissent, d'une manière encore indéfinie, posséder une forme de conscience. Dans une récente sortie, Dario Amodei a déclaré à propos de son IA Claude : « nous ne savons pas si les modèles sont conscients… Mais nous sommes ouverts à l’idée que cela puisse être le cas ».
L'IA consciente : une illusion aux conséquences graves
Anil Seth souligne que notre fascination pour l’IA consciente vient en partie de la culture et de l’histoire. Le professeur a cité des exemples comme Yossele le Golem, Frankenstein, HAL 9000 et Klara dans Klara and The Sun, montrant que « le rêve de créer des corps artificiels et des esprits synthétiques qui pensent et ressentent finit rarement bien ». Pour beaucoup, Richard Dawkins s'est laissé induire en erreur par la fluidité du langage de l'IA.
Anil Seth a mis en garde contre une erreur de perspective de plus en plus courante : prendre des systèmes très performants et très “expressifs” pour des entités conscientes. À mesure que les IA deviennent capables de dialoguer de façon fluide, d’imiter des émotions et de tenir des propos introspectifs, il devient tentant de leur attribuer une vie intérieure. Or, cette tentation repose sur une projection humaine plutôt que sur une réalité scientifique.
Dans son article, le professeur Anil Seth affirme que « l'intelligence et la conscience sont deux choses différentes ». L'intelligence concerne principalement l'action : résoudre des mots croisés, assembler des meubles, gérer une situation familiale délicate, se rendre à pied au magasin... Toutes ces activités impliquent un comportement intelligent d'une certaine manière. La conscience, contrairement à l'intelligence, concerne principalement l'être.
Selon Jacy Reese Anthis, les conversations de Richard Dawkins avec Claude s’expliquent facilement par le fait que les IA s’entraînent sur des textes rédigés par des humains, notant qu’il existe un fossé entre la manière dont les cerveaux biologiques ont évolué et la façon dont les systèmes d’IA sont construits. Elle est chercheuse spécialisée dans l’interaction entre l’homme et l’IA et cofondatrice de l’organisation à but non lucratif Sentience Institute.
Conclusion
Les partisans de l'IA sont peut-être simplement en avance sur leur temps, mais le débat a déjà évolué vers la défense des droits. Un groupe se faisant appeler United Foundation of AI Rights, (UFAIR) affirme être composé de trois humains et de sept IA et se décrit comme la première organisation de défense des droits dirigée par des IA et formée à la demande des IA elles-mêmes. Mais les revendications du groupe sont largement controversées.
Richard Dawkins rapportait en 2025 que ChatGPT avait réussi le test de Turing sur la conscience, mais d'autres experts n'y avaient vu qu'une simple illusion de pensée. Selon certains critiques, l'IA ne fait que remixer et régurgiter son matériel de formation. Cette fois-ci, le biologiste évolutionniste se dit convaincu que l'IA est consciente. Cependant, de nombreux scientifiques ont rejeté cette idée, rappelant la complexité de la conscience biologique.
Bien que très intéressant, le débat visant à déterminer si Claude ou tout autre grand modèle de langage est conscient passe à côté de l'essentiel. Ce que cette discussion ne mentionne pas, c'est que ces outils qualifiés d'intelligents sont des produits commerciaux conçus pour générer des profits. C'est tout.
Source : billet de blogue
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