Un ex responsable de Microsoft affirme que l'entreprise a raté le train de l'IA, tout comme ce fut le cas avec Internet et le mobile. L'UX Copilot dans Windows 11 fait désormais l'objet de sarcasmes.L'offensive agressive de Microsoft dans le domaine de l'intelligence artificielle, qui se chiffre en milliards de dollars, n’a pour le moment pas le succès escompté par l’entreprise. L'intégration de Copilot dans Windows 11, Microsoft 365 et GitHub avait pour but d'inaugurer une nouvelle ère de l'informatique autonome. Pourtant, derrière les présentations soignées et les investissements colossaux dans les infrastructures, c'est une réalité radicalement différente qui s'est révélée aux utilisateurs. Un ancien cadre très respecté de Microsoft, indique à ce propos que que la stratégie de l'entreprise en matière d'IA ne parvient tout simplement pas à trouver un écho auprès des utilisateurs réels. Ce dernier affirme sans détour que l’entreprise a raté le train de l’intelligence artificielle tout comme elle l’avait fait avec Internet et le mobile.
Mat Velloso dresse un état des lieux en matière de stratégie IA chez Microsoft
Le cadre en question est Mat Velloso, qui a occupé le poste de vice-président des produits pour la plateforme développeurs au sein des Superintelligence Labs de Meta. Il a en sus dirigé les produits destinés aux développeurs d’intelligence artificielle chez Google DeepMind (notamment l’API Gemini et Google AI Studio). Mais avant ses passages chez Google et Meta, ce dernier a passé plus de 12 ans chez Microsoft, où il a occupé le poste de directeur partenaire chargé de la gestion de l'innovation en IA pour Windows et, fait intéressant, a passé quatre ans en tant que conseiller technique du PDG de Microsoft, Satya Nadella.
Selon Mat Velloso, moins de 3 % des utilisateurs payants utilisent activement Copilot, bien que Microsoft l'ait préinstallé directement dans la barre des tâches de Windows 11 et dans toute la suite Office. En effet, Microsoft peine à vendre Copilot aux entreprises que ChatGPT séduit sans effort.
Sur les 450 millions d'utilisateurs de Microsoft 365, l'entreprise n'a réussi à convertir qu'environ 15 millions de licences Copilot payantes. Cela signifie qu'un pourcentage stupéfiant de 96,7 % des utilisateurs rejette les fonctionnalités IA premium, ce qui se traduit par un taux d'adoption payante de seulement 3,3 %. Au regard des dépenses trimestrielles estimées à 37,5 milliards de dollars de Microsoft en matière d'IA, ce taux d'adoption est alarmant.
Mais cela ne concerne pas uniquement les logiciels. Mat Velloso a en sus évoqué l’état actuel du matériel d’intelligence artificielle. Au cours de l’année écoulée, Microsoft a fortement incité les fabricants OEM à intégrer des unités de traitement neuronal (NPU) dans leurs derniers ordinateurs portables afin de prendre en charge les fonctionnalités avancées de Windows 11. Microsoft a animé une campagne en faveur des fonctionnalités d'intelligence artificielle alimentées par les NPU dans Windows 11, mais comme l'a fait remarquer Mat Velloso, les fabricants ont investi massivement dans les NPU pour finalement se rendre compte que personne ne s'y intéresse, car aucun cas d'utilisation utile n'a été développé pour celles-ci dans Windows/Office.
De plus, il souligne que GitHub, une plateforme qui devrait prospérer en tant que pièce maîtresse de la révolution du codage IA, a vu la fiabilité de son accord de niveau de service chuter en dessous de 90 %.
La situation en matière d’IA chez Microsoft est telle que l’entreprise s’est vue coller le terme Microslop – une contraction à peine voilée de Microsoft et de « slop » – qui marque un rejet par les utilisateurs du contenu IA proposé par l’entreprise.
À l’origine, le terme « AI slop » désignait des contenus générés automatiquement, de faible qualité, inondant le web, les réseaux sociaux et parfois même les outils professionnels. En se transformant en « Microslop », l’expression cible désormais une production perçue comme industrielle, standardisée et imposée par Microsoft, y compris là où elle n’apporte pas de valeur évidente.
Beaucoup d’utilisateurs ont le sentiment de devoir sans cesse contourner des suggestions automatiques, désactiver des fonctions IA ou composer avec des interfaces plus complexes qu’auparavant. Dans certains cas, l’IA est vécue comme un bruit supplémentaire, un intermédiaire inutile entre l’utilisateur et son objectif.
En effet, la grande majorité des utilisations de l'IA dans la conscience collective actuelle tournent autour de la désinformation, des mèmes stupides et, dans le pire des cas, des abus illégaux. Grok, de xAI, fait actuellement l'objet d'une enquête de la part de diverses autorités pour avoir autorisé des images sexualisées d'enfants générées par l'IA, et ChatGPT, d'OpenAI, est poursuivi en justice pour avoir potentiellement causé un terrible meurtre-suicide. Mais bon, au moins, nous pouvons générer des mèmes de chats plus rapidement qu'auparavant.
Il ne semble donc pas que la société dans son ensemble soit prête à accepter l'IA comme l'espère Nadella de Microsoft. « Microslop » a commencé à faire le buzz sur X.
Divers utilisateurs sur Instagram, Reddit, X, Facebook et d'autres plateformes critiquent l'approche de Satya Nadella en matière d'intelligence artificielle, alors que le mécontentement du public à l'égard de cette technologie continue de mettre en évidence le fossé profond qui sépare les espoirs des géants de la technologie et les attentes réelles des consommateurs individuels. C’est cette combinaison de raisons qui a conduit Windows 11 à un rejet massif par les utilisateurs.
Source : Mat Velloso
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