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L'administration Trump annonce 17,5 milliards de dollars de prêts pour la construction de 10 nouveaux réacteurs nucléaires de grande puissance
Pour répondre à demande croissante des centres de données d'IA

Le , par Mathis Lucas

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L'administration Trump annonce 17,5 milliards de dollars de prêts pour la construction de 10 nouveaux réacteurs nucléaires de grande puissance
pour répondre à demande croissante des centres de données d'IA

Washington a dévoilé un plan de 17,5 milliards de dollars en prêts destiné à financer la construction de dix nouveaux réacteurs nucléaires aux États-Unis. L'objectif est de satisfaire la demande énergétique croissante des centres de données, tout en renforçant la chaîne d'approvisionnement nationale via un modèle technologique standardisé. Bien que le projet soit présenté comme un moteur pour l'IA, certains critiques dénoncent les coûts élevés et les risques financiers associés au nucléaire. Cette initiative intervient alors que les centres de données destinés à l'IA font face à de vives protestations en raison de leur impact environnemental.

Le ministère américain de l'Énergie a annoncé l'octroi de 17,5 milliards de dollars sous forme de prêts conditionnels pour accélérer la construction de dix nouveaux grands réacteurs nucléaires. Le secrétaire à l’Énergie, Chris Wright, a expliqué que ce projet s’inscrivait dans le prolongement du décret présidentiel de Donald Trump en renforçant la base industrielle nucléaire, contribuant ainsi à « déclencher la prochaine renaissance nucléaire américaine ».

Cette initiative vise en priorité à répondre à la demande fulgurante en électricité générée par les centres de données destinés à l'IA. Ces infrastructures informatiques ont consommé environ 4 à 5 % de l'électricité totale produite par le pays en 2024, une part qui pourrait presque tripler d'ici 2028. Cette dynamique contribue à une hausse globale de la consommation électrique nationale, qui pourrait augmenter de 20 % au cours de la prochaine décennie.

L'appétit énergétique des centres de données met à rude épreuve les réseaux électriques dans le monde entier. Les vieilles centrales à charbon sont relancées pour répondre aux besoins de l'IA, ce qui accentue les niveaux de pollution déjà élevés. Ces infrastructures gigantesques nécessitent également d'énormes quantités d'eau pour refroidir les serveurs, ce qui accroit la pression sur les sources d'eau déjà surexploitées et pollue les nappes phréatiques.

Les orientations technologiques et la stratégie de déploiement

Ces prêts conditionnels ont été accordés par le Bureau du financement de la suprématie énergétique (EDF) du ministère de l’Énergie. Ils visent à contribuer à la réalisation de l’objectif fixé dans le décret présidentiel, à savoir que dix nouveaux réacteurs nucléaires de grande taille, dont la conception est achevée, soient en cours de construction d’ici 2030. Ces 17,5 milliards de dollars de prêts conditionnels contribueront à financer cinq initiatives éligibles.


Elles seront portées par des services publics et des sociétés du secteur de l’énergie, afin d'accélérer de trois ans le déploiement de dix réacteurs commerciaux de grande envergure à travers les États-Unis. Chacun de ces cinq prêts soutiendra la construction de deux réacteurs AP1000 sur un même site.

Conçus par la société Westinghouse, les réacteurs API1000 sont les seuls réacteurs commerciaux de grande envergure agréés actuellement en service aux États-Unis. Si les précédents réacteurs édifiés sur le sol américain (à la centrale de Vogtle) ont pâti de retards significatifs et de surcoûts liés à des difficultés logistiques et à la crise sanitaire, le secrétaire à l'Énergie Chris Wright a réaffirmé « la fiabilité » inhérente à cette conception technologique.

La fabrication en série devrait consolider la chaîne d'approvisionnement, forger une véritable expertise en matière de construction et, de ce fait, optimiser les coûts et les délais de réalisation. « Pour mener à bien cette mission, ces prêts joueront un rôle important dans la relance de la chaîne d’approvisionnement nécessaire pour que les États-Unis puissent à nouveau construire des réacteurs commerciaux à grande échelle », a expliqué Chris Wright.

Structuration financière des initiatives et ambitions politiques

Les fonds alloués par l'État fédéral, plafonnés à 3,5 milliards de dollars par projet, ont pour vocation exclusive l'acquisition de composants nucléaires à long délai d'approvisionnement (ou long lead items), et ne constituent nullement des prêts à la construction. Précisément, il s'agit de composants complexes d’une centrale nucléaire dont la fabrication et la livraison nécessitent le plus de temps, tels que les cuves de réacteur et les générateurs de vapeur.

Chacun des projets sera détenu conjointement par Westinghouse et le service public ou l’entreprise énergétique partenaire. Les deux parties sont tenues d’engager un apport en fonds propres de 500 millions de dollars chacune, soit un total de 1 milliard de dollars, avant de pouvoir accéder aux fonds de prêt. Sept services publics et sociétés du secteur ont signé des lettres d'intention identifiant des sites, bien que leur identité n'ait pas été divulguée.

La construction des centrales nucléaires pourrait débuter d’ici 2030 et celles-ci pourraient entrer en service au milieu des années 2030. Donald Trump veut quadrupler la production nationale d’énergie nucléaire au cours des 25 prochaines années, et il a signé des décrets visant à accélérer ce développement. L’administration s’efforce de faire progresser les nouvelles technologies nucléaires, telles que les petits réacteurs nucléaires modulaires (SMR).

« Nous sommes convaincus que ces projets seront rentables pour les actionnaires des services publics, les consommateurs et les hyperscaleurs », a déclaré Chris Wright. Il voit ce projet comme un accélérateur dans un contexte de hausse de la demande en électricité des centres de données destinés à l'IA.

Objections et controverses relatives à l'intervention de l'État

En dépit de l'enthousiasme manifesté par l'exécutif et les acteurs du secteur technologique, cette initiative suscite d'importantes réserves. Ses détracteurs arguent que la filière nucléaire s'avère particulièrement onéreuse et qu'elle présente des risques supérieurs à ceux d'autres alternatives énergétiques décarbonées. Plusieurs États américains disposent de législatives restreignant ou prohibant l'édification de nouvelles centrales sur leur territoire.

D'un point de vue idéologique et économique, certains analystes fustigent l'ingérence prononcée du gouvernement fédéral dans le domaine de l'électricité. Les analystes préconisent plutôt l'abolition des entraves réglementaires étatiques ainsi que de tout favoritisme fédéral, estimant qu'il incombe aux seules entreprises de concevoir des infrastructures capables de démontrer leur viabilité et leur rentabilité au regard des seules lois du marché.

« Supprimez les barrières étatiques et le favoritisme fédéral, et laissez les entreprises construire les centrales électriques qui résistent à l’épreuve du marché », a déclaré Travis Fisher, directeur des études sur la politique énergétique et environnementale au Cato Institute, un groupe de réflexion libertarien.

Une protestation mondiale contre les centres de données d'IA

Dans le nord de la Virginie, plaque tournante historique de ces infrastructures, le développeur Compass Datacenters a dû abandonner un projet colossal de 25 milliards de dollars face à la forte hostilité des résidents. L'impopularité des centres de données y est flagrante, le soutien public des électeurs ayant chuté de 69 % à 35 % en l'espace de deux ans. Selon les commentaires des groupes d'opposition, « ces campus sont nuisibles à leurs localités ».

Cette tendance se confirme à Seattle, où deux promoteurs ont retiré leurs projets après que les élus de la ville ont reçu plus de 54 000 messages d'alerte du public, poussant la municipalité à envisager un moratoire d'un an sur ces nouvelles installations. De son côté, le Maine a récemment failli interdire les nouveaux centres de données pendant 18 mois : les législateurs ont adopté la mesure, mais le gouverneur l'a bloquée de justesse par son veto.

En Europe, les analystes préviennent que les besoins en eau pourraient dépasser l'offre à mesure que les vagues de chaleur s'intensifient. Selon un rapport de Grundfos, les besoins énergétiques des centres de données européens devraient plus que tripler d'ici à 2030, passant de 10 à 35 gigawatts. Leur part dans la consommation totale d'électricité en Europe, aujourd'hui d'environ 3 %, pourrait grimper entre 7 et 9 % à la fin de la décennie.

Cette croissance rapide fait peser une pression considérable sur les ressources locales ; les systèmes de refroidissement absorbent environ 38 % de l'électricité de ces installations et mobilisent d'énormes quantités d'eau. Grundfos estime que les besoins des centres de données peuvent atteindre entre 11 356 et 18 927 mètres cubes d'eau par jour pour les plus grandes infrastructures, soit l'équivalent de la consommation 155 000 foyers européens.

Grundfos affirme que l'Europe doit impérativement concilier ses ambitions en matière d'IA et de cloud computing avec les limites de ses ressources en eau et en énergie. L'entreprise a déclaré que si le développement de ces infrastructures numériques n'est pas rigoureusement coordonné, la mauvaise implantation ou l'inefficacité des centres risquent d'aggraver les problèmes d'approvisionnement et de susciter une vive opposition de la part du public.

L'IA générative pousse ses acteurs vers les énergies fossiles

Il y a encore quelques années, Google, Microsoft, Amazon, et d'autres grandes entreprises technologiques étaient à l'avant-garde du monde des affaires pour reconnaître la gravité de l'urgence climatique et proposer des mesures concrètes visant à limiter les émissions de la Silicon Valley. Parmi ses nombreuses promesses en faveur du climat, Google s'est engagé en 2020 à alimenter toutes ses activités avec de l'énergie sans carbone d'ici à 2030.


À l'époque, le PDG de Google, Sundar Pichai, avait déclaré : « nous avons jusqu'en 2030 pour définir une cause durable pour notre planète, sous peine de subir les pires conséquences du changement climatique ». Il avait présenté un plan visant à alimenter les centres de données de l'entreprise en combinant des sources d'énergie éolienne et solaire. Sundar Pichai a également annoncé que Google travaillait à augmenter son utilisation du stockage par batterie.

Aujourd'hui, le géant de la recherche soutient farouchement le programme « d'abondance énergétique » de l'administration Trump. Ce programme largement controversé soutient le pétrole, le gaz et le charbon tout en pénalisant sévèrement les énergies renouvelables telles que l'éolien et le solaire.

Ce revirement indique qu'à l'heure où l'action climatique est sérieusement menacée par les républicains, les Big Tech du pays hésitent à soutenir les sources d'énergie les moins chères, les plus propres et les moins émettrices de carbone. Selon ces entreprises, les énergies renouvelables telles que l'éolien et le solaire ne sont pas abondantes, car elles ont des limites géographiques et climatiques, qui peuvent influencer leur déploiement et leur efficacité.

L'industrie impuissante face à la crise de l'eau relative à l'IA

La demande croissante en eau pour alimenter les ambitions américaines en matière d'IA survient alors même que les réseaux d'approvisionnement en eau, qui se détériorent à travers le pays, ont besoin d'être modernisés. Sans surprise, de nombreuses entreprises du secteur s'attendent à ce que l'IA contribue à résoudre les problèmes d'approvisionnement en eau. Selon les experts, si rien n’est fait, les conséquences pourraient être dramatiques.

Dans un récent rapport, The Information a expliqué pourquoi « la question de l’approvisionnement en eau est un problème que l’ensemble du secteur de l’IA doit résoudre », et pas seulement les centres de données. L'empreinte hydrique de l'IA est bien plus importante dans les usines de semiconducteurs et les centrales électriques qui alimentent la fabrication de puces et le calcul informatique que dans les centres de données eux-mêmes ».

Toutefois, selon les experts, à mesure que les centres de données hyperscales s'appuieront sans doute de plus en plus sur l'électricité pour leur refroidissement, la demande en eau destinée au refroidissement des centrales électriques va exploser. Une solution pour compenser en partie ce déficit pourrait consister à récupérer environ 30 % de l’eau perdue dans le monde à cause des fuites et des vols. Mais les solutions tardent à se concrétiser.

Certaines entreprises spécialisées dans l’IA, comme Microsoft, financent l’installation de « systèmes de détection des fuites d’eau de haute technologie » conçus par FIDO Tech. En intégrant les données des capteurs à l'IA, les compteurs intelligents avancés peuvent détecter et localiser les fuites, accélérant les réparations et limitant les pertes d'eau. Ces derniers permettent également de prioriser les interventions les plus urgentes sur le réseau.

Le désastre sanitaire causé par les centres de données d'IA

Une étude a quantifié ces impacts en dollars via des indicateurs comme le coût social du carbone, mesurant le préjudice économique de chaque tonne de CO2 émise. Il en résulte que le coût réel des centres de données dépasse largement leur prix d'achat. Il ne s'agit pas d'argent, mais de la santé des personnes vivant à proximité. En 2025, les dommages environnementaux causés par les centres de données ont coûté 25 milliards de dollars à l'économie.

Environ 3,7 milliards sont directement liés aux activités d'IA menées dans ces centres. Selon le rapport de l'étude, ce coût représente une externalité, c'est-à-dire une conséquence indirecte de l'activité économique qui impose des coûts à des tiers n'étant pas directement impliqués dans l'activité initiale.

Ces chiffres ne correspondent pas à des dépenses médicales directes ou à des impôts, mais reflètent la valeur économique attribuée à la réduction de l'espérance de vie et aux décès prématurés causés par l'impact environnemental de ces installations. L'auteur indique : « en ce qui concerne la consommation électrique des centres de données, les coûts externes liés à la production d’électricité sont supportés par les consommation exposés aux PM2,5 ».

Nicholas Muller fait référence aux particules fines inhalables qui peuvent présenter de graves risques pour la santé des communautés locales, notamment des maladies pulmonaires, des troubles cardiaques et, dans certains cas, des taux plus élevés de mortalité prématurée. « L'impact des gaz à effet de serre, quant à lui, se manifeste sur le long terme et représente donc une externalité supportée par les générations futures », a expliqué l'auteur.

Décalage entre promesses techniques et réalité économique

Il existe une déconnexion majeure entre les discours optimistes des dirigeants de la Silicon Valley et la situation financière réelle des citoyens. Les dirigeants promettent que l'IA augmentera la productivité et améliorera le niveau de vie de tous. Sam Altman a souvent prédit une ère de prospérité où « le travail deviendrait presque inutile ». Cependant, la réalité de 2026 est marquée par une inflation persistante et un sentiment de précarité économique.

Edward Zitron estime que « beaucoup de nouvelles technologies intégrant l’IA ne sont que des itérations d’outils déjà existants, habillés de marketing extravagant ». Ces produits sont présentés comme révolutionnaires alors qu’ils ne font rien de fondamentalement nouveau. L’industrie se concentre sur l’image et le battage médiatique plutôt que sur la création de valeur réelle. Il critique notamment le modèle de capital-risque et de l’investissement dans l’IA.

Edward Zitron est auteur, podcasteur et spécialiste des relations publiques anglais. Il est connu pour ses analystes critiques sur le secteur technologique, notamment l'essor de l'IA générative. Il dénonce le battage médiatique intense autour des entreprises spécialisées dans l'IA générative. D'après lui, le secteur de l'IA utilise les médias pour dissimuler une croissance des infrastructures nettement plus lente que ce qui est annoncé officiellement.

Les consommateurs perçoivent l'IA non pas comme une solution, mais comme un levier utilisé par les employeurs pour justifier des licenciements massifs et réduire les effectifs. En 2025, plus de 55 000 licenciements aux États-Unis ont été directement attribués à l'intégration de cette technologie, renforçant l'idée que l'IA sert avant tout les intérêts des entreprises au détriment des travailleurs. Tout cela alimente l'hostilité contre les leaders de la technologie.

Source : département américain de l'Énergie

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Avatar de Fagus
Membre expert https://www.developpez.com
Le 26/06/2026 à 13:25
Ces infrastructures gigantesques nécessitent également d'énormes quantités d'eau pour refroidir les serveurs, ce qui accroit la pression sur les sources d'eau déjà surexploitées et pollue les nappes phréatiques.
Pas forcément. À Fouju en Île-de-France, ils construisent un centre énorme de 1,4GW (un réacteur nucléaire moderne -pas une centrale- c'est de l'ordre de 1GW), à refroidissement à air.
ça semble étonnant, mais apparemment on peut... À voir quand l'air sera à 45° comment ils évacueront 1,4GW + les W des systèmes de soutien. Feront-ils du throttling ?
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