Les services de renseignement militaire ukrainiens affirment avoir découvert un processeur Jetson Orin de Nvidia à l'intérieur du nouveau missile de croisière russe S-71 Monochrome, ce qui laisse supposer la présence de capacités d'intelligence artificielle (IA) avancées dans ledit missile, même si Kiev précise que le rôle exact de cette puce reste incertain. Cette découverte survient alors que l'Ukraine affirme avoir saisi un total de 35 composants électroniques étrangers dans plusieurs systèmes d'armement russes. Elle relance également la question du contournement des sanctions, notamment celle de savoir comment des composants électroniques occidentaux parviennent encore jusqu’aux chaînes de production de Moscou, malgré des années de restrictions.Nvidia Corporation est une multinationale américaine spécialisée dans les technologies, dont le siège social est situé à Santa Clara, en Californie. La société développe des processeurs graphiques (GPU), des systèmes sur puce (SoC) et des interfaces de programmation d'applications (API) destinés à la science des données, au calcul haute performance, à l'IA ainsi qu'aux applications mobiles et automobiles. Fondée en 1993 par Jensen Huang, Chris Malachowsky et Curtis Priem, Nvidia est souvent considérée comme une entreprise du secteur des « Big Tech ».
Pour rappel, Nvidia a dévoilé le Jetson Orin Nano Super en décembre 2024. L'entreprise le présentait comme un mini-ordinateur destiné aux développeurs d'IA, capable d'atteindre des performances de 67 TOPS grâce à une architecture combinant un processeur ARM, un GPU Nvidia personnalisé doté de 1 024 cœurs CUDA et de 32 cœurs Tensor, ainsi qu'un système d'exploitation Linux personnalisé. Commercialisé au prix de 249 dollars, ce système visait à permettre une entrée abordable dans le domaine de l'IA.
L’utilisation de technologies Nvidia dans des systèmes militaires russes n’est pas une première. En juillet 2025, des rapports ont révélé que la Russie avait testé sur le terrain un drone IA équipé d’un superordinateur Jetson Orin de Nvidia. Le Shaded MS001 serait capable de prendre des mesures de manière autonome, sans dépendre de coordonnées transmises. L'analyse d'un appareil abattu a également révélé la présence d'une caméra thermique, d'un système GPS Nasir doté d'une antenne CRPA, de puces FPGA et d'un modem radio pour la télémétrie et la communication avec l'essaim. Le Shahed MS001 serait un « prédateur numérique », selon un responsable militaire ukrainien.
La guerre en Ukraine continue de mettre en lumière la manière dont des composants occidentaux de pointe se retrouvent intégrés dans les systèmes d'armement d'États hostiles. Cette fois-ci, le composant provient du cœur même du secteur de l'IA : les services de renseignement militaire ukrainiens, le HUR, affirment avoir découvert une puce Nvidia Jetson Orin à l'intérieur du nouveau missile de croisière à lancement aérien russe S-71 Monochrome.
Selon les services de renseignement ukrainiens, la présence de ce processeur pourrait indiquer que la Russie intègre des capacités basées sur l'IA dans ce missile. Pour l'instant, toutefois, il s'agit davantage d'une hypothèse que d'une fonction confirmée. Le HUR n'a pas précisé en quoi consistait exactement le rôle de ce processeur à l'intérieur du missile, ni présenté de preuves démontrant qu'il était utilisé pour faire fonctionner un modèle d'IA.
La puce Nvidia retrouvée dans le missile de croisière russe
Une petite puce aux capacités exceptionnelles
La gamme Jetson Orin de Nvidia est conçue pour exécuter des applications d'IA directement sur des appareils et des systèmes robotiques, sans nécessiter de connexion permanente à un centre de données ou au cloud. Ces processeurs peuvent être utilisés pour des tâches telles que le traitement d'images, l'analyse des données de capteurs et la vision par ordinateur.
Dans un missile de croisière, ce type de traitement en temps réel pourrait théoriquement servir à analyser les données des capteurs, à identifier des cibles ou à faciliter la navigation. Cependant, les services de renseignement ukrainiens n’ont pas révélé l’architecture du système du missile et n’ont pas précisé que ces fonctions étaient nécessairement celles assurées par le Jetson Orin qui s’y trouve.
Cette découverte a été rendue publique via War&Sanctions, une base de données gérée par les services de renseignement ukrainiens qui recense les composants de fabrication étrangère présents dans les armes russes utilisées pendant la guerre. Lors de sa dernière série d'inspections, l'Ukraine affirme avoir identifié un total de 35 composants électroniques dans plusieurs systèmes d'armes russes.
Cette découverte est d’autant plus remarquable que le Jetson Orin n’est pas un simple processeur ni un composant électronique générique, mais une plateforme informatique spécialement conçue pour les systèmes qui effectuent des tâches d’IA en périphérie, c’est-à-dire directement sur l’appareil lui-même.
Pour les services de renseignement ukrainiens, sa présence dans ce nouveau missile pourrait donc indiquer que la course à l’IA s’étend de plus en plus profondément au sein des systèmes d’armement russes.
Les sanctions n'ont pas interrompu l'approvisionnement
Le « Jetson » n'est qu'un des nombreux composants étrangers que les experts ukrainiens affirment avoir découverts à l'intérieur d'armes russes. Les enquêteurs ont également identifié des pièces provenant d’un système de guidage radar passif que la Russie a commencé à installer sur les drones Geran-2, tandis que le drone à réaction Geran-4 s’est avéré contenir une caméra Honpho TS130C-01 de fabrication chinoise. Selon les services de renseignement ukrainiens, ce système est destiné à permettre aux drones de détecter et d’attaquer les systèmes de défense aérienne et les stations radar.
Tête radar passive du drone « Geran-2 »
Ces conclusions s'inscrivent dans le cadre d'un effort plus large mené par l'Ukraine depuis le début de la guerre pour démonter, répertorier et analyser les armes russes saisies ou récupérées. L'objectif n'est pas seulement de comprendre le fonctionnement de ces systèmes, mais aussi d'identifier qui a fabriqué leurs composants et comment ces pièces ont pu parvenir en Russie malgré des sanctions très strictes.
C'est peut-être là la question la plus importante soulevée par cette découverte concernant Nvidia. Du point de vue de Kiev, la présence d'un composant informatique de pointe de Nvidia dans une arme russe récemment mise au point constitue une preuve supplémentaire que les efforts visant à priver Moscou des technologies étrangères sont encore loin d'être infaillibles.
La présence d'un composant de fabrication occidentale dans un système d'armement russe ne signifie bien sûr pas que le fabricant l'ait vendu directement à la Russie ou qu'il savait où il finirait par aboutir. Les composants électroniques commerciaux peuvent transiter par des chaînes d'approvisionnement complexes, des distributeurs et des pays tiers avant d'être intégrés dans des systèmes militaires.
Pour l'Ukraine, le démantèlement des armes russes est donc également devenu une forme de renseignement économique. Chaque numéro de modèle et chaque logo d'entreprise découvert sur un circuit imprimé peut fournir un indice supplémentaire sur la chaîne d'approvisionnement et servir éventuellement de base à des sanctions plus strictes, à des restrictions à l'exportation et à des mesures coercitives.
Dans le même temps, les services de renseignement ukrainiens affirment que la Russie continue de faire face à des contraintes de production qui l'empêchent de maintenir un rythme élevé et constant de lancements de drones. Selon Kiev, Moscou est donc contrainte de constituer d'importants stocks avant de lancer des vagues d'attaques particulièrement intenses.
Pour l'instant, la question clé reste sans réponse : le Jetson Orin dote-t-il réellement le S-71 Monochrome de capacités d'IA et, si tel est le cas, quel rôle joue cette technologie ?
La récente découverte des services de renseignement ukrainiens intervient alors que l’Ukraine expérimente déjà des drones capables d’identifier et d’attaquer des cibles de manière autonome, illustrant ainsi les capacités croissantes de l’IA sur le champ de bataille. En mars 2024, une vidéo publiée par le collecteur de fonds ukrainien Serhii Sternenko montrait déjà un drone d'attaque capable de reconnaître automatiquement une cible et de poursuivre son attaque contre un char russe, malgré la perte de la liaison vidéo. Ces avancées surviennent alors que les appels à réglementer l’utilisation de l’IA se multiplient.
Source : Services de renseignement militaire ukrainiens (HUR)
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