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L'économie a rendu son verdict. Les contenus générés par l'IA n'ont pratiquement aucune valeur : « les acheteurs votent avec leur portefeuille, et le contenu généré par l'IA peine à s'imposer »

Le , par Mathis Lucas

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Les contenus générés par l'IA subissent un échec commercial cuisant malgré leur omniprésence croissante sur le Web. Une analyse de la plateforme CGTrader montre que les acheteurs boudent massivement ces produits automatisés en raison de leur qualité médiocre par rapport aux créations humaines. Bien que les outils numériques inondent les marchés de modèles 3D, les revenus générés par ces derniers restent dérisoires, prouvant que les consommateurs accordent peu de valeur économique à ce qu'ils considèrent comme du remplissage. Cette automatisation à outrance est perçue comme une menace pour l'intégrité de l'écosystème numérique.

Le contenu généré par l'IA est désormais omniprésent sur Internet, précipitant des réglementations telles que l'AI Act de l'Union européenne (UE). Dans le cas de CGTrader, un marché en ligne de modèles 3D utilisé par les développeurs de jeux vidéo, les monteurs de films et les passionnés d'impression 3D, fait face à une prolifération massive de contenus générés par IA. Un modèle sur six proposé sur cette plateforme est désormais issu de l'IA.

Pourtant, cette abondance visuelle ne se traduit pas par un succès commercial, puisque ces modèles ne représentent qu'un seul dollar de revenu sur quatre-vingt-dix. Cette disparité montre que l'impact économique réel de l'IA reste très limité, car les acheteurs refusent d'ouvrir leur portefeuille pour ces créations.

Comme le souligne la plateforme elle-même dans son rapport sur les tendances du marché : « les acheteurs votent avec leur portefeuille, et le contenu généré par l'IA a du mal à rivaliser ». Ce phénomène remet directement en cause l'idée reçue selon laquelle les créations générées par l'IA allaient redéfinir les prix du marché. Il démontre également que le battage médiatique est loin de la réalité ; la qualité des productions de l'IA laisse à désirer.

La confiance et la qualité au cœur de la résistance des acheteurs

La réticence des clients à payer pour ces modèles s'explique avant tout par des exigences de qualité non satisfaites. « Lorsque le coût de production d'un contenu tombe littéralement à zéro, sa valeur marchande chute en conséquence. Personne ne veut payer pour quelque chose que n'importe qui peut créer en cinq secondes », selon un critique sur Reddit. De plus, ceux qui produisent du contenu à l'aide de l'IA font tout pour dissimuler cette réalité.


Les acheteurs interrogés estiment en effet que les actifs générés par IA sont d'une qualité bien inférieure à ceux réalisés par des humains. Par exemple, environ 20 % des utilisateurs déclarent avoir essayé l'IA, mais l'avoir trouvée « insuffisante », tandis que seulement 4 % des acheteurs de modèles d'impression 3D jugent que l'IA fonctionne bien, notamment en raison des difficultés à convertir ces fichiers virtuels en objets physiques réels.

Ce rejet commercial reflète une crise de confiance plus globale. Le rapport de CGTrader souligne notamment : « les chiffres de téléchargement à eux seuls suggéreraient une prise de contrôle. Les chiffres d'affaires disent le contraire, et le fait que les acheteurs refusent de payer pour des modèles générés par IA envoie un signal plus fort qu'un simple "non, merci" : c'est un signal de la confiance qu'ils accordent à la génération par l'IA elle-même ».

Cette situation pose ainsi la question que tout le secteur tente d'éluder : « un modèle d'IA est peut-être moins cher à produire, mais quelle est sa valeur réelle ? » Cette dynamique illustre une tendance plus large où de vastes pans du Web se retrouvent submergés par des contenus générés par IA de piètre qualité.

Les contenus générés par les humains demeurent les plus prisés

Pour éviter la désillusion de ses utilisateurs et protéger leurs revenus, les plateformes comme CGTrader doivent réagir en valorisant activement le travail humain. Face à ce flux ininterrompu, la directrice générale de CGTrader, Dalia Lašaitė, a récemment déclaré à 404 Media que « la vitesse à laquelle les contenus générés par l'IA sont mis en ligne dépasse de loin celle des achats, ce qui impose donc de repenser la découvrabilité des produits ».

C'est pourquoi la plateforme de modèles 3D a choisi de prioriser les signaux de qualité et de performance commerciale plutôt que le simple volume brut, en mettant en avant la façon dont un actif performe sur le plan commercial ainsi que les notes laissées par les acheteurs afin de trier efficacement les modèles.

Le contenu du Web devient moins « qualitatif » qu'auparavant

L’un des effets les plus inquiétants de la prolifération de l’IA sur le Web est la détérioration progressive de la qualité du contenu en ligne. Ce phénomène repose sur un effet de boucle : les chatbots produisent du texte en s’appuyant sur de vastes ensembles de données extraites du Web. Auparavant, ces données provenaient en grande partie de contenus rédigés par des humains : journalistes, chercheurs, blogueurs, experts de tous horizons.

Aujourd'hui, une portion croissante du contenu en ligne est elle-même générée par l'IA. Cela conduit à un problème connu sous le nom de « model collapse » (effondrement du modèle). En résumé, les nouveaux modèles d’IA s’entraînent sur du contenu produit par des modèles de la génération précédente, eux-mêmes formés sur d'autres contenus synthétiques. Ce recyclage progressif appauvrit la diversité, la nuance et l'originalité de l'information.

Les erreurs peuvent s’amplifier à chaque génération, les biais se renforcer, et le contenu devient moins fiable, moins contextualisé et souvent déconnecté de toute vérification humaine ou source primaire identifiable. Ce problème vient s'ajouter à la baisse considérable du trafic des sites Web d'information.

Enfin, si les chatbots d'IA deviennent les principales sources d’information consultées, sans accès direct aux documents originaux, les internautes pourraient progressivement perdre l’habitude de confronter les sources, de lire dans le contexte, ou d’interpréter de façon critique les données. Le Web se transformerait alors en une interface de réponses simplifiées, certes pratiques, mais de plus en plus superficielles. Le Web tel qu'on le connaît pourrait disparaître.

Le trafic généré par les bots en ligne éclipse celui des humains

« La croissance rapide du trafic Internet généré par des agents automatisés signifie que les bots ont désormais dépassé le trafic humain en ligne pour la première fois dans l’histoire d’Internet. Eh bien, ça s’est produit plus vite que je ne l’avais prévu », rapporte Matthew Prince, cofondateur et PDG de Cloudflare. Cette évolution rend ses prévisions antérieures bien déconnectées de la réalité ; elles prévoyaient ce dépassement aux alentours de 2027.


Selon les données de Cloudflare, pour la première fois dans l’histoire d’Internet, les machines génèrent plus de trafic Web que les humains. Le tableau de bord Radar de Cloudflare estime que les bots représentent 57,5 % de toutes les requêtes HTTP vers du contenu HTML, contre 42,5 % pour les humains.

Il est important de distinguer cette nouvelle vague de trafic Internet des bots traditionnels que la plupart d’entre vous connaissent, tels que les robots d’exploration de sites Web, les indexeurs de recherche, ainsi que les bots malveillants utilisés à des fins de fraude ou d’abus. Aujourd’hui, Cloudflare recense des agents naviguant sur le Web à la manière des humains, pour le compte d’humains, et ce phénomène prend une grande ampleur.

Ces agents IA effectuent des tâches telles que la lecture de pages produits, la vérification des prix, la réalisation de tâches en plusieurs étapes comme la comparaison de vols, le scraping et l'indexation de contenu Web (mais pour des modèles d'IA, pas pour les moteurs de recherche), et agissent aussi en tant qu'assistants personnels pour commander de la nourriture, comparer et faire des achats, et gérer les interactions avec le service client.

IA générative : une rentabilité asymétrique et artificielle

Dans un analyse publiée le 7 août, Torsten Slok a souligné que les maillons de la chaîne de valeur de l’IA présentant les marges bénéficiaires les plus élevées, à savoir les fabricants de modèles et d'applications d’IA, affichent en réalité « les niveaux de rentabilité les plus faibles », ce qui s’écarte du modèle économique...
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