L'intelligence artificielle générative évolue si rapidement et entraîne des bouleversements si importants et durables dans le domaine de l'éducation qu'un comité du MIT a proposé des changements en profondeur pour faire face aux risques liés à cette technologie. Les responsables de l’institution proposent entre autres un retour aux méthodes d’évaluation classiques (oraux, examens sur papier, etc.).Le rapport a révélé que, si l’IA accélère et élargit le champ des découvertes, elle entraîne de l’autre côté des changements radicaux dans la culture universitaire, bouleversant des pratiques fondamentales telles que les groupes d’étude, les permanences et la recherche de premier cycle.
Ces technologies sont désormais capables de réaliser de manière crédible la plupart des travaux demandés aux étudiants de premier cycle, a écrit le comité, coprésidé par les professeurs Eric Klopfer et Samuel Madden.
La plupart des cours dispensés au MIT devraient être réexaminés, et bon nombre d’entre eux devront faire l’objet de modifications substantielles, souligne le rapport, exhortant les enseignants à envisager d’autres moyens d’évaluation — notamment des examens oraux, des portfolios et des entretiens en présentiel liés aux travaux réalisés en dehors des cours.
Le rapport invite les responsables universitaires à faciliter et à accélérer la modification des cours, à mettre à disposition davantage d’espaces physiques permettant aux étudiants et aux enseignants de se rencontrer en personne, et à renforcer l’esprit communautaire.
Les mesures en gestation au MIT interviennent suite à une étude selon laquelle « les risques liés à l'intégration de l'IA dans les cursus scolaires l'emportent sur les avantages »MIT's Ad Hoc Committee on AI Use in Teaching, Learning, and Research Training spent seven months studying what generative AI has done to the university's ability to tell whether a student learned anything, and concluded the answer is to rebuild assessment around supervising the…
— 🔻agitprop + absurdity🔻 (@agtprpnabsrdty) August 26, 2026
Cette étude de grande envergure menée par le Centre pour l'éducation universelle de la Brookings Institution comprend des groupes de discussion et des entretiens menés auprès d'élèves de la maternelle à la terminale, de parents, d'enseignants et d'experts en technologie dans 50 pays, ainsi qu'une analyse documentaire portant sur des centaines d'articles de recherche. Elle a révélé que l'utilisation de l'intelligence artificielle dans l'éducation peut « nuire au développement fondamental des enfants » et que « les dommages qu'elle a déjà causés sont considérables », bien qu'ils soient « réparables ».
En cela, elle s’aligne sur les conclusions de précédentes études selon lesquelles l’utilisation de l’intelligence artificielle a un mauvais impact sur les élèves. A mi-parcours de l’année précédente, une enseignante dresse un constat alarmant pour ce qui est de l’impact de l’impact de l’intelligence artificielle dans l’éducation. L'enseignante a exprimé une frustration profonde face à la détérioration des compétences fondamentales en lecture et en pensée critique chez ses élèves. Selon elle, une grande partie de la jeunesse actuelle manifeste un désintérêt marqué pour l'apprentissage traditionnel, préférant la gratification instantanée offerte par les écrans. Elle a noté que de nombreux adolescents peinent à comprendre des textes complexes et à mener des réflexions autonomes, des compétences pourtant essentielles à leur développement intellectuel et à leur future insertion professionnelle.
Elle ne parle pas d'enfants en bas âge, mais d'adolescents. « Beaucoup d'enfants ne savent pas lire », dit-elle. « On leur a lu des choses... Ces enfants s'en moquent. Ils ne se soucient pas de faire une différence dans le monde. Ils ne se soucient pas de savoir comment rédiger un CV ou une lettre de motivation - parce que ChatGPT le fera pour eux ».
Selon l’enseignante, les étudiants lèvent les yeux au ciel et « piquent des crises » lorsqu'on leur demande d'écrire à la main un paragraphe de base. « Nous parlons de cinq phrases », dit-elle, stupéfaite. « Ils deviennent vraiment... très indisciplinés ». Et les journées cinéma ? Ce n'est plus le cas. « Ils veulent un film en arrière-plan pour faire du bruit pendant qu'ils naviguent sur leur téléphone, mettent leurs écouteurs et regardent TikTok », explique-t-elle.
Dans le même ordre d’idées, la Chine bloque les outils d’IA pendant les examens nationaux d’entrée à l’université pour empêcher la tricherie et garantir l’équité
La Chine exige de ses entreprises technologiques qu'elles désactivent les outils d'IA générative durant la période des examens nationaux d'entrée à l'université. Environ 13,3 millions d'apprenants passent chaque année les tests de quatre jours du Gaokao pour obtenir des places limitées dans les universités du pays. L'initiative vise à empêcher la tricherie ou toute aide induite par la technologie, et ainsi garantir l'équité de cette épreuve nationale de très haute importance.
Le Gaokao interdit déjà aux étudiants d'utiliser des appareils tels que les téléphones et les ordinateurs portables pendant les épreuves qui durent plusieurs heures. Cette année, l'accès aux chatbots d'IA a été bloqué. La désactivation des outils d'IA constitue un filet de sécurité supplémentaire pour empêcher la tricherie pendant la période des examens. Les entreprises chinoises spécialisées dans l'IA ont donc mis en pause certaines fonctions des chatbots pour empêcher les élèves de les utiliser pour tricher lors du Gaokao.
Plusieurs outils d'IA, dont Qwen d'Alibaba et Doubao de ByteDance, ont arrêté les fonctions de reconnaissance d'images pour répondre aux questions sur les copies d'examen, tandis que Yuanbao de Tencent et Kimi de Moonshot ont entièrement suspendu les services de reconnaissance d'images pendant la session 2025 de Gaokao. Les chatbots refusaient de répondre aux questions sur les épreuves d'examen, ajoutant que cela n'est pas conforme aux règles.
Certains intervenants de la filière préconisent plutôt des politiques d’utilisation ouvertes de l’intelligence artificielle dans le cadre des évaluationsAllegedly: Some Chinese AI models have shut down certain functions to ensure fairness and security during #Gaokao, the national college entrance exam.#AINews #DeepSeek #Qwen #Doubao #Kimi #gaokao2025 pic.twitter.com/ywdDrrRpGs
— Chengdu Hi-tech Zone (@ChengduHitech) June 9, 2025
Les chatbots sont capables de donner de façon directe des solutions à des problèmes complexes. C’est la raison pour laquelle certaines institutions universitaires en interdisent l’usage à leurs étudiants. Néanmoins, la décision ne fait pas l’unanimité. Des enseignants publient plutôt des politiques d’utilisation ouverte des chatbots à l’intention de ses étudiants.
Ethan Mollick en fait partie et sa décision d’opter pour une politique d’utilisation ouverte du chatbot ChatGPT s’appuie sur le fait que l'utilisation de l'intelligence artificielle est une compétence émergente. Il précise néanmoins au travers de cette dernière que l’intelligence artificielle peut se tromper. Les étudiants doivent donc vérifier les résultats qu’elle leur renvoie à l’aide d’autres et qu'ils seront responsables de toute erreur ou omission fournie par l'outil. De plus, les étudiants doivent faire preuve d’honnêteté intellectuelle en citant leur source (qui s’avère être ChatGPT) comme on le fait lors du montage d’une bibliographie. « Le manquement à cette obligation constitue une violation des politiques d'honnêteté académique », lit-on.
Source : Rapport du comité Ad Hoc du MIT
Et vous ?
Comment l'éducation peut-elle intégrer les outils d'IA comme ChatGPT de manière bénéfique, plutôt que de les percevoir uniquement comme des outils de triche ?
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