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Un professeur de mathématiques accuse OpenAI de s'être approprié ses travaux et juge que la puissance de calcul de l'IA rend désormais la course à la publication scientifique « dénuée de sens »

Le , par Mathis Lucas

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Une controverse oppose le mathématicien Tristan Buckmaster à OpenAI au sujet de la résolution du problème de Navier-Stokes. Alors que le chercheur et son partenaire approchaient d'une découverte majeure, OpenAI a soudainement annoncé avoir résolu l'énigme grâce à une armée d'agents IA. Tristan Buckmaster soupçonne OpenAI d'avoir indûment utilisé ses travaux non publiés, stockés via leurs outils d'IA, pour accélérer ses propres recherches internes. Cette affaire soulève des questions éthiques fondamentales sur la propriété intellectuelle et la protection des données dans le milieu académique, désormais dominée par des intérêts privés.

Tristan Buckmaster est originaire de Melbourne, en Australie. Professeur à l'Université de New York, il a consacré une grande partie de sa carrière à l'étude de « la dynamique des fluides et des équations aux dérivées partielles ». Il s'est penché sur l'un des sept problèmes du prix du millénaire définis par l'Institut de mathématiques Clay et dont chacun est assorti d'une récompense d'un million de dollars : les équations de Navier-Stokes.

Elles ont été élaborées au 19e siècle pour modéliser le mouvement des fluides comme l'eau ou l'air. L'enjeu central consiste à déterminer si les solutions à ces équations restent toujours lisses en trois dimensions ou si une singularité peut se former, entraînant une vitesse infinie en un temps fini.

En septembre 2025, le chercheur Levent Alpöge, mathématicien chez Anthropic travaillant à titre personnel, a proposé à Tristan Buckmaster d'associer leurs efforts pour s'attaquer à ce défi avec l'aide de l'IA. Les deux chercheurs ont notamment utilisé des sessions privées avec l'outil de développement Codex conçu par OpenAI et l'agent conversationnel Claude. Ils se sont appuyés sur ces outils pour guider et accélérer leurs réflexions théoriques.

En s'inspirant des travaux antérieurs des mathématiciens espagnols Diego Córdoba et Luis Martínez-Zoroa, ils ont réussi à obtenir une rupture pour les équations d'Euler, « une version simplifiée sans viscosité ». Tristan Buckmaster comparait la recherche sur le problème du millénaire à « une sorte d'étoile guide », ajoutant : « je voulais simplement faire partie de son histoire ». Cela dit, une controverse a récemment éclaté autour de cette percée.

L'offensive d'OpenAI et l'annonce de la résolution du problème

Pendant que les deux chercheurs analysaient et affinaient laborieusement les preuves générées par ordinateur, des rumeurs ont commencé à circuler en ligne affirmant qu'Anthropic avait résolu l'un des problèmes du prix du millénaire. Il s'agissait de ce problème en particulier. Incité par ces rumeurs et cherchant à devancer son rival, OpenAI a déployé le 1er septembre un essaim de systèmes d'agents autonomes basés sur un modèle non publié.


Environ dix mille agents travaillant en coordination pendant 90 heures ont généré trois cents milliards de tokens pour tenter de trouver une solution aux équations de Navier-Stokes. Puis, le 8 septembre, l'entreprise dirigée par Sam Altman a annoncé publiquement que ses systèmes d'IA avaient élaboré une preuve de 166 pages démontrant la formation d'une singularité, vérifiée formellement à l'aide du langage de programmation Lean.

Cette opération massive a mobilisé une puissance de calcul évaluée jusqu'à quinze millions de dollars aux tarifs commerciaux. D'autres évaluations estiment le coût à environ 22,5 millions de dollars en ressources de calcul, ou, comme l’a formulé Mark Chen d’OpenAI, « plusieurs millions de dollars ». De son côté, le PDG d'OpenAI, Sam Altman, s'est félicité de ce succès, tandis que l'entreprise a indiqué qu'elle ne réclamerait pas l'argent du prix.

Cependant, une vive polémique a rapidement éclaté en ligne après une réclamation formulée par Tristan Buckmaster. Les allégations du chercheur sont plus nuancées que de simplement affirmer qu’OpenAI a « volé » ses recherches. Le chercheur a déclaré que la société de Sam Altman a lancé ses efforts intensifs après avoir pris connaissance de leurs progrès et a finalement produit une démonstration en utilisant une approche technique très similaire.

Tristan Buckmaster a rappelé que Levent Alpöge et lui-même avaient passé près d’un an à travailler sur une approche spécifique du problème de Navier-Stokes, avec des brouillons, des calculs et des notes de recherche stockés dans des sessions privées de Codex. L’histoire suscite des préoccupations éthiques.

Plaintes d'appropriation et conflit sur la paternité des travaux

Tristan Buckmaster a publiquement mis en doute l'indépendance de la découverte d'OpenAI. Il s'est demandé si le modèle d'OpenAI n'avait pas exploité ses données d'utilisation pour orienter les agents IA vers la même démarche technique. La chronologie des événements est troublante. « Il s’est avéré qu’une équipe entière avait travaillé sur le problème et qu’une quantité folle de ressources de calcul avait été utilisée », a écrit Tristan Buckmaster.

Il a trouvé suspect qu’OpenAI ait choisi la même approche inhabituelle que son collègue et lui avaient discrètement explorée : « presque personne d’autre, à ma connaissance, ne travaillait là-dessus. Ce n’est pas une piste à laquelle on aboutit en quelques jours en soumettant l’énoncé du problème à un modèle ».

OpenAI a confirmé que ses propres travaux de recherche avaient débuté le 1er septembre 2026, après avoir entendu des rumeurs selon lesquelles deux problèmes du Prix du Millénaire avaient été résolus, une rumeur qui, comme il s’est avéré, était liée aux travaux des deux chercheurs. Tristan Buckmaster va encore plus en affirmant que Sébastien Bubeck, cadre chez OpenAI, a fait pression sur lui pour qu’il retire Levent Alpöge de la liste des auteurs.

La demande de Sébastien Bubeck serait liée au fait que Levent Alpöge est employé par Anthropic, qui est un laboratoire d’IA concurrent. Tristan Buckmaster a déclaré que lorsqu’il a menacé de rendre le différend public, on lui a demandé : « pourquoi voudrais-tu ruiner ta carrière ? » Sébastien Bubeck a toutefois contesté la version de Tristan Buckmaster et a qualifié ces allégations de « fausses et provocatrices ». L'affaire a suscité un tollé en ligne.

OpenAI nie tout accès abusif aux travaux des deux chercheurs

OpenAI a vivement réfuté cette version des faits. L’entreprise affirme que ses chercheurs n’ont pas eu accès aux travaux privés de Tristan Buckmaster et de Levent Alpöge avant leur publication et soutient que sa démonstration a été élaborée de manière indépendante. De son côté, Sébastien Bubeck a fait valoir que « la discussion relative à la paternité portait sur la question de savoir si un employé d’Anthropic pouvait participer à un article d’OpenAI ».

Ils ont néanmoins admis un bémol qui a maintenu la question de Codex à l'ordre du jour. OpenAI affirme qu'il ne peut pas exclure totalement la possibilité que des données anonymisées issues de l'utilisation des produits aient pu « contribuer indirectement à l'amélioration du modèle » utilisé lors de ses calculs intensifs. Cette formulation est très différente du fait de dire que le modèle a directement accédé aux sessions privées de Tristan Buckmaster.

Tristan Buckmaster est une figure respectée de la communauté

Tristan Buckmaster est un expert de premier plan en équations des fluides. Il est professeur de mathématiques à l’Institut Courant des sciences mathématiques de l’université de New York. Il a obtenu son doctorat à l’Université de Leipzig et à l’Institut Max Planck pour les mathématiques appliquées aux sciences en 2014, avant de passer plusieurs années à l'université de New York et à Princeton, puis de devenir professeur à l’université du Maryland.

Il est revenu à l’université de New York en tant que professeur et continue de travailler sur des problèmes liés à la dynamique des fluides et à la formation de singularités. Sa réputation ne s'est pas forgée du jour au lendemain. En 2019, il a partagé le prestigieux prix « Clay Research Award avec Philip Isett » et Vlad Vicol pour leurs contributions à l'analyse des équations aux dérivées partielles, en particulier les équations d'Euler et de Navier-Stokes.

Ses travaux menés avec Vlad Vicol ont montré que les solutions faibles des équations de Navier-Stokes pouvaient présenter des comportements étonnamment chaotiques et non uniques. Ses récents travaux, menés avec le chercheur Levent Alpöge, s'inscrivent donc dans la continuité de ses efforts historiques.

Réactions mitigées et remise en question des mathématiques

La réaction de la communauté scientifique est marquée par la perplexité et l'inquiétude face aux méthodes des géants technologiques. Des mathématiciens réputés, dont Javier Gomez-Serrano et Terence Tao, ont souligné que la preuve fournie par l'IA reste extrêmement difficile à déchiffrer, affirmant que le document est « incompréhensible ». Ils craignent notamment que cette affaire impacte négativement la publication des travaux de recherche.

Terence Tao a averti que l'intervention agressive d'entreprises privées inciterait les chercheurs à ne plus partager publiquement leurs travaux en cours, rompant ainsi avec des siècles de science ouverte. Déçu par cette histoire, Tristan Buckmaster a estimé que la course académique traditionnelle était désormais profondément altérée. Le chercheur australien a déclaré : « la course à la résolution des problèmes mathématiques est désormais inutile ».

Tristan Buckmaster a également mis en garde l’Australie contre la centralisation des ressources entre les mains d’un petit nombre d’entreprises privées étrangères, qui publient désormais des solutions à des problèmes mathématiques qui intriguaient les...
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Avatar de Anselme45
Membre extrêmement actif https://www.developpez.com
Le 16/09/2026 à 10:28
Si le malheureux mathématicien ne s'était pas aidé lui-même de l'IA, il n'aurait pas fourni à l'IA la possibilité de le flouer.

Et oui, bonnes gens, grands utilisateurs d'IA, vous oubliez juste un petit détail: A chaque requête que vous faites à l'IA, vous fournissez de nouvelles connaissances à l'IA!

Quand l'humain démarre une conversation avec l'IA, il oriente l'IA avec sa propre logique humaine... Il fournit ainsi une démarche que l'IA va pouvoir essayer lors d'autres requêtes...

Ou comment scier la branche sur laquelle on est assis!
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Avatar de kain_tn
Expert éminent https://www.developpez.com
Le 17/09/2026 à 9:03
Citation Envoyé par virginieh Voir le message
Tu as raison, mais en même temps pour vérifier sa solution, il l'aurait sans doute fait relire par un collègue avant l'IA qui aurait pu essayer de le flouer lui aussi.
Sans doute, mais entre le collègue qui pourrait éventuellement le flouer, et la compagnie d'IA qui va à coup sûr le flouer, le choix est vite fait.
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Avatar de Anselme45
Membre extrêmement actif https://www.developpez.com
Le 17/09/2026 à 11:29
Citation Envoyé par virginieh Voir le message
Tu as raison, mais en même temps pour vérifier sa solution, il l'aurait sans doute fait relire par un collègue avant l'IA qui aurait pu essayer de le flouer lui aussi.
Vous ne connaissez apparemment pas les pratiques académiques...

Le mathématicien (ou tout autre chercheur) qui fait une découverte va effectivement demander à des collègues de vérifier avant de publier officiellement ses résultats mais dans le document publié, il va citer clairement aussi bien les collègues qui ont participé à la découverte que remercier nommément les collègues qui ont pris la peine de vérifier ses résultats...

Une découverte se fait rarement seul...

Cela s’appelle un "retour d'ascenseur": La prochaine fois, c'est lui qui prendra de son temps pour vérifier les résultats d'un collègue...
2  0 
Avatar de virginieh
Membre expérimenté https://www.developpez.com
Le 17/09/2026 à 12:57
Citation Envoyé par Anselme45 Voir le message
Vous ne connaissez apparemment pas les pratiques académiques...

Le mathématicien (ou tout autre chercheur) qui fait une découverte va effectivement demander à des collègues de vérifier avant de publier officiellement ses résultats mais dans le document publié, il va citer clairement aussi bien les collègues qui ont participé à la découverte que remercier nommément les collègues qui ont pris la peine de vérifier ses résultats...

Une découverte se fait rarement seul...

Cela s’appelle un "retour d'ascenseur": La prochaine fois, c'est lui qui prendra de son temps pour vérifier les résultats d'un collègue...
D'accord, effectivement je suis pas dans ce monde donc je connais pas. Du coup c'est à se demander pourquoi il est passé par une IA
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Avatar de Anselme45
Membre extrêmement actif https://www.developpez.com
Le 17/09/2026 à 18:02
Citation Envoyé par virginieh Voir le message
D'accord, effectivement je suis pas dans ce monde donc je connais pas. Du coup c'est à se demander pourquoi il est passé par une IA
On peut supposer qu'il a utilisé l'IA afin de se faciliter la vie: Une découverte "mathématique" dépend de la démarche entreprise pour résoudre le problème et d'une succession de calculs et d'applications de formules complexes qui peuvent être très ardus à effectuer... Et là, l'IA peut apporter une aide intéressante...
1  0 
Avatar de virginieh
Membre expérimenté https://www.developpez.com
Le 16/09/2026 à 13:29
Citation Envoyé par Anselme45 Voir le message
Si le malheureux mathématicien ne s'était pas aidé lui-même de l'IA, il n'aurait pas fourni à l'IA la possibilité de le flouer.

Et oui, bonnes gens, grands utilisateurs d'IA, vous oubliez juste un petit détail: A chaque requête que vous faites à l'IA, vous fournissez de nouvelles connaissances à l'IA!

Quand l'humain démarre une conversation avec l'IA, il oriente l'IA avec sa propre logique humaine... Il fournit ainsi une démarche que l'IA va pouvoir essayer lors d'autres requêtes...

Ou comment scier la branche sur laquelle on est assis!
Tu as raison, mais en même temps pour vérifier sa solution, il l'aurait sans doute fait relire par un collègue avant l'IA qui aurait pu essayer de le flouer lui aussi.
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Avatar de weed
Membre chevronné https://www.developpez.com
Le 18/09/2026 à 21:36
Dans des domaines extrèmement pointus, très peu documentés, il est en effet possible de faire de la rétention d'info auprès de l'IA.

Dans l'IT, cela peut être pas exemple les vieux languages de programmation comme par exemple le Cobol. Comme il y a très de doc sur le net, l'IA a très peu de source pour s'alimenter en info. Et si les sachants n'informe pas l'IA, elle va toujours rien connaitre.

Mais par contre si on n'est pas sur un domaine peu confidentiel, malheureusement il y en aura toujours un pour donner un max d'info à l'IA, sans compter via les blogs, forum, et ... autres sites ouverts
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